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DW S08E11_Dark Water
Finalement, le moment le plus intense de l’insipide épisode précédent In The Forest Of The Night aura été le trailer tonitruant du double épisode final. Et entre la confrontation tant attendue avec la mystérieuse Missy, le retour d’anciens adversaires ou une Clara pétant un câble, difficile de ne pas être impatient de vérifier si toutes ces belles promesses sont tenues. Et la première partie intitulée Dark Water ne déçoit pas, mieux, elle parvient à bousculer les attentes et faire résonner un récit de machination à grande échelle avec la sensibilité de ses personnages, Clara en tête dont l’interprétation par Jenna Coleman est une nouvelle fois à saluer bien bas (incroyable et improbable de voir comment dans cette saison le gallyfréen et la fille impossible intervertissent régulièrement les rôles du Docteur et son compagnon). Et bien que généreux en péripéties et implications morales, on sent que l’épisode n’explore que la face visible de l’iceberg.

Mettre en place tous les enjeux et problèmes qui trouveront une résolution dans le finale tout en demeurant palpitant est une gageure ici superbement relevée. Même la surprise largement atténuée par le trailer de retrouver les cybermen reste accrocheuse grâce à des images marquantes (les logos en vis à vis sur les portes d’ascenseur se refermant sur un Docteur s’interrogeant sur ce qu’il a loupé ; les squelettes assis sur des sièges dans des cuves comme autant de sépultures translucides ou bien des alvéoles) et ce que cela implique comme répercussion importantes voire irréversibles pour un personnage majeur : Danny Pink qui vient de périr.

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Un choc inattendu qui ouvre l’épisode et le lance sur les chapeaux de roues en entraînant le récit vers des confins mythologiques si appréciés et familiers de Steven Moffat. Déterminée à jouer les Eurydice pour ramener d’entre les morts son Orphée de fiancé, Clara va littéralement entraîner le Docteur en enfer.
Afin de le persuader, plutôt le contraindre, à l’aider à faire revenir Danny, elle va menacer de jeter es sept clés ouvrant le TARDIS dans la lave d’un volcan, seul moyen de les détruire. Une confrontation remarquable d’intensité entre ces deux fortes personnalités. D’autant que cet environnement en fusion est un judicieux choix tant narratif que représentatif du bouillonnement intérieur de Clara. Ce face à face acquiert une certaine résonance symbolique car on sait que pour ouvrir les portes du TARDIS il suffit au Docteur (et Clara) de claquer des doigts mais ces sept exemplaires de la clé renvoient aux précédents compagnons qui en ont été détenteurs (une manière violente d’en finir avec le passé récent) et évidemment ce décor de volcan renvoie à l’épisode The Fires Of Pompei (4×02) qui marquait la première incursion de Peter Capaldi dans la série. Tandis que sa farouche volonté de réécrire le passé pour effacer la mort d’un proche rappelle ce que tentait Rose Tyler dans le poignant Father’s Day (1×08).
Il s’avère que tout n’était qu’une simulation onirique permise par le Docteur afin de déterminer jusqu’où Clara était prête à aller (plutôt loin puisqu’elle finira par jeter toutes les clés !) et ainsi mesurer son amour pour Danny.
Une séquence magnifique approfondissant les relations entre Clara et le Docteur, révélant ce qui les anime au plus profond (le « Do you think I care for you so little that betraying me would make a difference ? » du Doc est à fendre le coeur). Et l’on saisit à quel point l’affection du Timelord pour cette humaine est puissante car malgré sa trahison, il va l’accompagner pour tenter de récupérer son bien-aimé.

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Missy me ?
Après un tel roller-coaster émotionnel pour débuter, forcément, la suite de l’épisode va souffrir de la comparaison avec un rythme plus ralenti. Néanmoins, l’implication se situe à un niveau différent puisqu’en débarquant dans un mausolée gigantesque, ils vont découvrir en quoi consiste la Nethersphere ou le paradis ou encore la terre promise comme l’appelle aussi Missy, la maîtresse des lieux. L’immense projet de collecter les corps et les âmes, du moins les résidus de conscience, des personnes venant de mourir doit permettre de refaçonner l’enveloppe corporelle en l’enserrant dans une armure puis d’y télécharger ces esprits allégés de toute émotion stockés dans une espèce de serveur sphérique de technologie gallyfréenne afin de constituer une armée de cybermen (le processus de chargement des personnalités dans un espace informatique virtuel donnant l’illusion de réalité rappelle le double épisode de la quatrième saison Silence In The Library/Forest Of The Dead).
Mais ce qui fait évidemment tout l’intérêt et le plaisir de cette partie est de côtoyer de près cette fameuse Missy qui n’apparaissait jusque là que dans des pastilles concluant certains épisodes. C’est bien simple, dès qu’elle est à l’écran, elle éclipse le reste du casting.Michelle Gomez livre une performance éclatante, ses brusques changements de tons (de la pondération à l’exagération théâtrale en un claquement de doigts) sont hilarants tout en parvenant à dégager une certaine dangerosité.

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Et si Dark Water fini par révéler la véritable identité de cette Mary Poppins déglinguée (nul autre que le Maître, un Timelord disparu en fin de run de Russel T. Davies), ce n’est finalement pas le plus surprenant. Habile conteur, Moffat détourne l’attention par ce dévoilement tant attendu car le plus intrigant demeure l’absence totale de réactions de panique de la part de la population londonienne lorsque déferle l’armée de cybermen.
Qui dit Timelady dit compagnon et celui qui en fait office, le dénommé Seb chargé d’accueillir les morts récents est tout aussi savoureux, maniant avec grâce une affabilité suspecte.

Trois mots
Quant au pauvre Danny Pink, il prend difficilement conscience de son nouvel état et doit faire face à sa culpabilité toujours vivace sous la forme du jeune garçon qu’il tua lorsqu’il était soldat. Là encore, ce n’est pas tant la mise en lumière de son trauma qui importe (d’autant qu’il était assez aisé d’en deviner la teneur) mais son incapacité à prouver à Clara qu’il n’est pas une modélisation, un écho, de son amoureux. Leur conversation radiophonique est ainsi particulièrement poignante, Danny ne pouvant que réitérer inlassablement son amour lorsque Clara attend une preuve indéfectible qu’il s’agit bien de lui et pas le robot qu’elle entend. Leur échange prend alors une tournure tragique lorsque Clara menace de couper la transmission si il ne peut dire autre chose qu’il l’aime. Et Danny, par amour pour Clara qui a exprimé son désir de le retrouver coûte que coûte de l’autre côté, de le répéter une dernière fois.
Encore et toujours l’importance et la puissance des mots pour convaincre (Deep Breath), stopper une menace (The Caretaker, Mummy On The Orient-Express), rassurer (Listen), exprimer ses sentiments.

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Enfin, dernière diversion à mettre en exergue, celle entourant le nom de cette étrange comagnie dirigée par Missy, 3W. 3W pour Three Words (à moins que l’on apprenne dans le prochain épisode qu’il s’agit de Three Worlds ?…), trois mots essentiels pour son fondateur le docteur Skarosa dans sa découverte que même après la mort il demeure un lien entre le corps inanimé et le résidu de conscience : don’t cremate me. Incantation désespérée des âmes sans enveloppes qui ressentent encore les dommages physiques.
Moffat parvient ainsi à susciter une attente fébrile quant à la révélation de ces trois mots en la différant constamment jusqu’à agacement du Docteur qui, n’en pouvant plus, conjure le docteur Chang de lâcher enfin le morceau, reflétant à ce moment-là le propre ressenti du télespectateur.
Mais les trois mots véritablement essentiel sont le I love you prononcé par Clara pour lancer l’épisode puis repris par Danny. A l’état morbide de la crémation se confronte la vie contenue dans l’amour, une opposition qui anime en creux cette huitième saison qui, en explorant les sombres tréfonds de l’âme du Docteur sera parvenue à en extraire l’affection qui l’anime malgré ses choix radicaux.

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« Je t’aime »
comme expression de cet instinct de vie qui prévaut, comme expression d’un état sensitif terminal. Comme expression du sacrifice pour l’autre.
Après avoir éconduit Clara en répétant ces mots, Danny s’apprête dans le dernier plan à presser le bouton tactile d’effacement de son ressenti, de ce qui le constitue, de ses souvenirs. Soit devenir un robot sans mémoire, un cyberman, ulltime étape logique d’une saison rythmée par les robots et l’oubli (Deep Breath, Into The Dalek, Robot Of Sherwood, The Caretaker, Mummy On The Orient-Express) dont, malgré l’apparence sans coeur et les problèmes mémoriels, le Docteur représente le dernier rempart.

Enfin, si le titre de l’épisode du jour renvoie aux propriétés du liquide dans lequel les cybermen attendent leur réveil, il est peut être également une référence aux trois derniers mots du poème Sheep in Fog de Sylvia Plath.

The hills step off into whiteness
People or stars
Regard me sadly, I disappoint them

The train leaves a line of breath
O slow
Horse the colour of rust

Hooves, dolorous bells –
All morning the
Morning has been blackening.

A flower left out.
My bones hold a stillness, the far
Fields melt my heart.

They threaten
To let me through to a heaven
Starless and fatherless, a dark water.

Un poème datant de 1962 et qui a trait principalement à la solitude de son narrateur et son futur sans espoir où paradoxalement l’endroit menaçant dans lequel il est précipité est appelé un paradis. Soit peu ou proue la conclusion funeste qui pèse sur Danny Pink mais qui pourrait très bien concerner un autre personnage majeur.
Après tout, le season finale s’intitule A Death In Heaven.

Nicolas Zugasti

Doctor Who – Dark Water : extra


Doctor Who Saison 8 – épisode 09 : Flatline
Showrunner : Steven Moffat
Réalisation : Rachel Talalay
Scénario : Steven Moffat
Interprètes : Peter Capaldi, Jenna Coleman, Samuel Anderson, Ellis George, Michelle Gomez, Chris Addison…
Montage : William Oswald
Photo : Rory Taylor
Musique : Murray Gold
Origine: Royaume-Uni
Duréé : 45 mn
Diffusion BBC One: 01 novembre 2014

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Une réflexion sur “Doctor Who 8×11 – Dark Water : la voie des morts

  1. Pingback: Doctor Who 8×12 – Death in Heaven : Hammer time | Le blog de la revue de cinéma Versus

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