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Adapté du roman de David Vann, le film de Vladimir de Fontenay présente plusieurs différences avec le livre original. Ce que confiait le cinéaste lors de son passage à Lyon avec Swann Arlaud pour présenter Sukkwan Island.

« Au moment de l’adaptation du livre, j’ai découvert la BD d’Ugo Bienvenu tirée du même sujet. Lui a adapté stricto sensu le livre alors que nous nous en sommes libérés par moment. »

Swann Arlaud et Vladimir de Fontenay au cinéma Comoedia, à Lyon (Photo JCL)

Ce qui pose un problème n’est pas la fidélité à l’œuvre mais le choix de faire du récit un flashback, ce qui n’existe pas dans le livre. Un choix qui va à l’encontre de ce qui est raconté. Quoi qu’il en soit, cette histoire d’un père qui décide d’amener son fils de 13 ans sur une île déserte, où ils devront vivre pendant un an, a bouleversé — ce sont ses propres termes — Vladimir de Fontenay. « Par un heureux hasard, j’étais à Cannes pour présenter Mobile Homes quand un producteur m’a proposé Sukkwan Island. Nous avons fini l’écriture à la fin du Covid et il était compliqué de tourner aux États-Unis. Nous nous sommes reportés sur une option européenne, une grande coproduction avec plein de pays. J’avais moi-même vécu en États-Unis et cela correspondait au moment où je revenais m’installer en France. Cela avait du sens pour moi que ce soit une aventure européenne. »

S’il admet que, pour David Vann, le livre a dû être une catharsis — « J’ai découvert que c’était inspiré de son histoire personnelle » —, pour lui la question ne se pose pas : « Je ne sais jamais pourquoi je fais un film, sinon je ne le ferais pas ! Dans Mobile Homes, il y avait déjà l’idée de la marge et l’impossibilité de construire un foyer. »

Un père, formidablement interprété par Swann Arlaud, Français exilé en Norvège, est séparé de sa femme. En accord avec elle, il décide d’amener son fils (Woody Norman) sur une île déserte, pour que tous deux se retrouvent. Dur envers son fils comme il l’est envers lui-même, il va lui imposer un rythme de vie à l’opposé de ce que le gamin connaissait.

Woody Norman et Swann Arlaud

« Je ne sais pas, reconnaissait Swann Arlaud, si on se prépare vraiment à un rôle. J’ai beaucoup travaillé sur le texte parce que le film est entièrement en anglais et que je ressentais une grande difficulté envers la langue. Je n’ai pas la fluidité de parole. J’ai passé beaucoup de temps là-dessus. Le reste…, c’est du cinéma ! » Il ajoute en souriant : « Nous avons tourné en Norvège par des -30°. Moi qui suis frileux, à -5 à Paris je ressens plus le froid que là-bas. Les Norvégiens de l’équipe nous avaient expliqué comment bien nous couvrir. Quant au personnage du père, je ne suis pas sûr de l’avoir compris. Ma manière de l’aborder était de prendre les scènes une par une. Quand on joue, on n’est pas obligé de prendre en charge le personnage. Je n’ai pas le sentiment de le construire. Je crois qu’il projette quelque chose sur son fils qui n’est pas réel. » Et se tournant vers Vladimir : « Ce type, c’est notre enfant monstrueux à tous les deux ! »

Toujours à propos du personnage du père, le réalisateur confirme : « Dans le livre, le père était plus raide, ce que j’ai gommé dans l’adaptation. Je voulais qu’on arrive à comprendre ses failles. J’ai beaucoup de tendresse pour ce mec, il me touche. Je pense qu’on a droit à une deuxième chance quand on a saccagé son foyer. Je veux d’ailleurs donner leur chance à tous les personnages. »

Alma Pöysti, Swann Arlaud et Woody Norman

Malgré ce qui peut apparaître comme un défaut de construction (avec un flashback dispensable), Sukkwan Island offre suffisamment de beaux paysages et une interprétation au cordeau de Swann Arlaud et Woody Norman pour conquérir le spectateur. Avec, pour sujet, les rapports très prenants entre un père irresponsable et un enfant parfois plus mûr que lui.

Jean-Charles Lemeunier

Sukkwan Island
Année : 2025
Origine : Grande-Bretagne, Norvège, France
Réal. : Vladimir de Fontenay
Scén. : Vladimir de Fontenay d’après David Vann
Photo : Amine Berrada
Musique : Florent Chronie-De Maria
Montage : Nicolas Chaudeurge
Durée : 114 min
Avec Swann Arlaud, Woody Norman, Ruaridh Mollica, Alma Pöysti

Sortie en salles par Haut et Court le 29 avril 2026.

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