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Lors de la 18ème édition du festival Extrême Cinéma qui se tenait à la cinémathèque de Toulouse du 28 octobre au 5 novembre 2016, une carte blanche fut accordée au réalisateur Eric Valette (Maléfique, Une Affaire d’état, La Proie) qui en profita pour présenter deux perles peu connues des années 70, L’Homme de la loi et Le Piège infernal. Vu la tonalité des films, on pourrait plutôt parler d’une carte noire ! Parce que dans le genre rugueux et désespéré, les deux films projetés (dans d’excellentes copies vu leur ancienneté et bénéficiant d’une exquise version française) s’avèrent être de sacrés morceaux.

La soirée débute avec le western, genre de prédilection de Valette, L’Homme de la loi de Michael Winner, réalisateur surtout connu pour Un Justicier dans la ville (Death Wish) avec Charles Bronson et qui lui valut une réputation galvaudée de réactionnaire. Dommage car il est également responsable de belles pépites telles que La Sentinelle des maudits, Scorpio ou Le Flingueur. Et donc L’Homme de la loi, véritable western crépusculaire poursuivant le sillon creusé par La Horde Sauvage de Peckinpah en 1969.
Suite à une fiesta un peu trop arrosée dans la ville voisine, l’éleveur Bronson (Lee J. Cobbb) et ses hommestuent accidentellement un vieillard. Un crime que le shérif voyageur Maddox (impressionnant Burt Lancaster) ne laissera pas impuni. Problèmes, le représentant de la loi local (Robert Ryan), héros fatigué, se satisfait de son activité inexistante, lors de l’arrivée de Maddox à Sabbath, les habitants le prennent pour un chasseur de primes et les coupables prêts à se repentir voudraient engager le dialogue et la négociation plutôt que de recourir à la violence. Mais Maddox, au grand dam de tout le monde, demeure inflexible et intransigeant et se charge de commencer à régler leur compte à ceux qui le méritent et/ou qui s’opposent à son action. Cependant, il observe tout de même certaines règles, comme de toujours laisser à son adversaire l’opportunité de dégainer le premier et de ne jamais tirer dans le dos. Seulement, ceux qu’il provoque en duel n’ont pas sa maîtrise des armes et les duels deviennent de fait biaisés.

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La mise en scène est très télévisuelle avec peu de plans larges et une abondance de zoom intempestifs mais elle sert parfaitement l’interprétation d’un casting quatre étoiles où rivalisent les grands Lancaster, Lee J. Cobb, Robert Ryan et Robert Duvall. En demeurant au plus près de ses protagonistes, la réalisation circonscrit l’action à la vision froide de son justicier, véritable anti-héros perçu comme une menace mortelle pour quiconque s’y confronte mais également pour la paix sociale de la ville. Le film est d’autant plus surprenant qu’il n’y a pas vraiment d’antagonistes, Bronson et le marshall Cotton refusant de renouer avec les règles de l’ouest sauvage et dont Maddox est l’ultime représentant, le spectre de la violence venant les hanter une dernière fois. Et surtout, au vu de sa démarche et surtout sa progression inéluctable, il est une machine à tuer, un Terminator avant l’heure. Pourtant, il se montre sensible à une forme de remise en question initiée par un ancien amour et la quiétude affichée par Cotton, véritable reflet de ce que pourrait devenir Maddox s’il laissait tomber les colts. Mais sa nature finira par reprendre le dessus pour aboutir à un final apocalyptique et incroyablement nihiliste. S’il se montre malgré tout attachant, en rejetant ainsi toute possibilité d’échappatoire, Maddox se mue en véritable fossoyeur d’une ère.


LAWMAN

Réalisateur : Michael Winner
Scénario : Gerald Wilson
Production : Michael Winner
Photo : Robert Paynter
Montage : Frederick Wilson
Bande originale : Jerry Fielding
Origine : États-Unis
Durée : 1h39
Sortie française : 21 juillet 1971

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Autre belle découverte, Le Piège infernal de Michael Apted. Et une sacrée claque aussi. Rien que le synopsis donne le ton. Abandonné par sa femme Jill, renvoyé de la police pour alcoolisme, Jim Naboth (Stacy Keach) n’est plus qu’une épave et vivote comme détective privé. Un soir, il reçoit la visite de Foreman, le nouveau mari de Jill, qui lui annonce qu’elle et sa fille Christine ont disparu. Les ravisseurs contactent Foreman pour lui demander de fermer les yeux sur un braquage qu’ils prévoient de faire s’il veut revoir Jill et Christine. Mis au courant, Jim surmonte ses difficultés pour venir au secours de son ancienne épouse. Aidé par Teddy, son fidèle homme de main, il identifie les ravisseurs et se prépare à l’action. Mais son penchant pour la bouteille risque à tout moment de compromettre ses projets… On pourrait s’attendre à une histoire classique qui verrait la rédemption de l’anti-héros mais la construction inhabituelle du métrage laisse plutôt une large part à la noirceur d’un récit iconoclaste et dérangeant au possible. Un polar urbain qui ne cesse de provoquer l’inconfort et l’étonnement devant certaines séquences qui s’apparentent parfois à un pétage de câble caractérisé. Même dans le contexte des seventies, le récit est détonant. La surprise est d’autant plus totale que Michael Apted n’est pas reconnu pour un cinéma transgressif (Gorilles dans la brume, Cœur de tonnerre, Le Monde ne suffit pas, etc.).

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Déjà, la première longue scène du film introduit le personnage de Keach, Jim Naboth, comme un véritable clodo pris en charge par deux policiers. Et tout le métrage ne sera qu’une succession de moments pathétiques mettant en vedette Naboth. L’intempérance chronique de cet ex flic de Scotland Yard fera ainsi régulièrement déraillé l’intrigue, Naboth parvenant laborieusement à suivre quelques pistes avant de finir par sombrer, emporté par le démon de la bouteille. Et pourtant, la vie de son ex et surtout sa fille son en jeu ! Les bifurcations éthyliques de Naboth ne cessent alors de faire paradoxalement monter la tension car en parallèle de son incapacité d’action, les bad guys menés par David Hemmings semblent inarrêtables et peuvent tout se permettre avec leurs otages. Heureusement que le fidèle Teddy, le side-kick de Naboth, est là pour tenter de le remettre sur les rails de l’enquête. En tous cas, il aura recours à un remède radical pour le secouer définitivement après l’avoir retrouvé errant parmi un regroupement d’ivrognes. Une scène quasiment surréaliste en tous cas stupéfiante puisque ce brave Teddy ne trouve rien de mieux que de combattre le mal par le mal et d’offrir à son patron et compagnon drogue et prostituée pour le revigorer !
Mis en scène avec efficacité et surfant sur un faux rythme déconcertant mais pas déplaisant, Le Piège infernal bénéficie d’une conclusion rageuse et hargneuse à souhait et qui livrera un ultime moment d’écarquillement des yeux. Sans concession, le film de Michael Apted saura surprendre jusqu’au bout et on ne se lassera pas de s’interroger sur ce qui a bien pu arriver par la suite au réalisateur pour livrer une carrière si tiède.

Nicolas Zugasti


THE SQUEEZE

Réalisateur : Michael Apted
Scénario : Leon Griffiths d’après le roman de James Tucker
Production : Stanley O’Toole
Photo : Dennis Lewiston
Montage : John Shirley
Bande originale : David Hentschel
Origine : Grande Bretagne
Durée : 1h44
Sortie française : 30 novembre 1977

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Une réflexion sur “« L’Homme de la loi » de Michael Winner et « Le Piège Infernal » de Michael Apted : sombres héros

  1. Pingback: « Le Serpent aux mille coupures » d’Eric Valette : Total sud-ouestern | Le blog de la revue de cinéma Versus

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