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Injustement boudé par l’Académie des Césars, Éric Valette, réalisateur du meilleur film français de l’année passée (au moins !) avec Une Affaire d’Etat a gentiment répondu à quelques questions. Et afin de tordre le cou au sempiternel cliché, bien qu’il soit toulousain d’origine, cette brève rencontre ne s’est pas déroulée devant un bon cassoulet, non !

Versus : Comme Carpenter, le western semble être un genre qui t’attire. Où en est le projet Dark Guns que l’on a évoqué très tôt après Maléfique ?

Éric Valette : J’adore le western, des classiques aux petits films d’Audie Murphy des 60s, de Ford à Sergio Garrone. Tout n’est pas bon partout évidemment, mais chaque période et chaque pays a ses perles.
Le projet Dark Guns était pas mal avancé après Maléfique puis le ciel nous est tombé sur la tête avec Blueberry qui a foutu un sérieux coup à ce genre même si le film de Kounen n’est pas un western et encore moins une adaptation de Blueberry mais les financiers n’ont pas cette largesse d’esprit.
Le temps a depuis fait son œuvre et des producteurs se sont proposés de remettre le film sur les rails. Je reste prudent, rien n’est fait.

Versus : À défaut de réaliser un pur western, tu as donc détourné certains motifs dans Une Affaire d’État. Notamment tout ce qui définit le personnage de Gérald Laroche. Son influence reste pourtant diffuse puisque l’on pense plutôt aux fictions paranoïaques des années 70 signées Pakula notamment.

Éric Valette : Oui, au delà des petites références qui sont moins des clins d’œil que des outils destinés à définir le personnage par ailleurs assez mutique de Bonfils (Gérald Laroche), c’est le rapport à la morale et au code d’honneur qui me semble le plus westernien dans Une Affaire d’État, que l’on retrouve chez les personnages et dans leurs trajectoires. Il y a un côté crépusculaire que certains spectateurs semblent avoir bien ressenti.
Les fictions paranoïaques américaines et européennes des 70’s sont un autre versant du film. Ce sont des modèles de « thriller politique ».

Versus : Est-ce vraiment le personnage de Thierry Frémont, Fernandez, qui a dérangé les télés pour le financement du film ? N’était-ce pas plutôt un prétexte pour repousser une fiction en prise directe avec des affaires encore brûlantes et des réseaux toujours actifs ?

Éric Valette : Honnêtement, je ne crois pas. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une conscience politique très affirmée chez les chaînes hertziennes, même si elles ne sont jamais très clientes ni de l’ambiguïté ni de la complexité. Un autre argument est aussi qu’on a souvent l’impression de venir faire l’aumône avec un film de genre. On a entendu aussi : « on peut pas donner, on a déjà donné à Secret Défense« . Entendez par là, « on ne peut pas donner à deux thrillers la même année, mais on peut donner à trente comédies de couples parisiens« …

Versus : Un autre film dans la même veine t’intéresserait ? Franchement, un actioner aussi engagé et enragé dans le paysage cinématographique français, ça fait du bien !

Éric Valette : J’y travaille et ça m’excite bien sûr. Je co-écris avec un partenaire scénariste un thriller sur le terrorisme sous fausse bannière, un peu comme certains attentats très sanglants prêtés à l’extrême gauche en Italie pendant les années de plomb et qui se sont révélés être l’œuvre de réseaux d’extrême-droite pilotés par des services secrets de l’État en vue de renforcer son autorité. Encore une fois, il s’agit de traiter du sujet dans un cadre contemporain et mondialisé, pas de faire un film d’époque.

> Propos recueillis par Nicolas Zugasti

Merci à Eric Valette donc pour sa disponibilité et ces quelques « révélations » qui en font définitivement un réalisateur à suivre de près. À bientôt dans les pages de la revue ?…
Retrouvez une session de questions/réponses exclusives chez Madame L’Ouvreuse, toujours aussi accueillante.

Bande-annonce de Hybrid, deuxième film réalisé aux Etats-Unis par Valette et toujours sans date de sortie programmée.



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3 réflexions sur “Brève rencontre avec Eric Valette, un des meilleurs réalisateurs français

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