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Oubliez l’hommage télévisuel au années 80 et autres super-cheries comic-book, la véritable sensation de l’été 2016 vient de Corée. Réalisé par Yeon Sang-ho, Dernier Train pour Busan est une série B énergique agglomérant des genres aussi disparates que le mélodrame, le film de zombie, ou le film catastrophe et son caractère enragé ne provient pas seulement de la nature de ses infectés.
Père peu impliqué dans la vie de sa fille, Seok-woo va tenter de se racheter en l’accompagnant en train pour rejoindre sa mère vivant à Busan. La contamination des passagers à cause de la montée inopinée d’une personne infectée par un mystérieux virus va grandement perturber ses plans et l’obliger à évoluer aussi vite que le déferlement de zombies à travers les wagons. Financier sans scrupules et individualiste (en pleine apocalypse, il prône à Soo-ahn, sa fille, les vertus du chacun pour soi), il va devoir changer de registre et surtout de mode de pensée s’il veut parvenir à protéger son enfant. On assiste alors à une contamination progressive de Seok-woo par l’empathie et l’entraide, des valeurs propagées au contact d’un personnage bourru et père en devenir (sa femme enceinte est proche du terme). Pour garantir une immersion maximale, la caractérisation doit être aussi efficace que crédible et Yeon Sang-ho s’y emploie à merveille. Certains aspects sont certes outranciers mais c’est un des principes du cinéma coréen d’appuyer certaines réactions comiques ou tragiques. Néanmoins, les personnages archétypaux que l’on rencontre habituellement dans ce type de film acquièrent rapidement ici une certaine autonomie, en tous cas suscitent des émotions liées à leurs statut. On est ainsi plus facilement embarqué dans ce roller-coaster qui dépasse son postulat de huis-clos en faisant notamment une halte en milieu de parcours qui permet de rebattre les cartes et relancer l’action dans de nouvelles directions.

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Jusque là on était plongé en plein survival zombiesque où le groupe de survivants était confronté aux zombies entourant le wagon où ils se sont réfugiés. L’arrêt dans une gare, où l’espoir d’être sauvé par l’armée vole aussi violemment en éclats que les vitres traversées par les zombies, amène les passagers à revenir dans le train mais l’urgence de la situation les oblige à se séparer et à remonter à des endroit différents. Une séquence dantesque où le réalisateur fait feu de tous bois à la fois en termes d’interactions entre les protagonistes et de menace entre les infectés difficilement contenus derrière un sas vitré et ceux se déversant par le toit, le quai, sur le train redémarrant. Les cadrages et la mise en scène accentuant superbement le danger surgissant littéralement de partout.

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Dès lors, la poursuite du voyage vers Busan va prendre une toute autre dimension. Déjà, le choix de cette ville comme refuge préservé de la catastrophe n’est sans doute pas hasardeux. En effet, cela renvoie à la zone tenue en 1950 par les sud-coréens et les américains face à l’avancée des troupes nord-coréennes durant la guerre de Corée.
Ensuite, en terme de rythme, le film va grandement accélérer car maintenant, outre la survie, l’enjeu majeur sera de rejoindre les personnes chères dont on a été séparés. Seok-woo, un jeune baseballer et le futur père vont devoir se frayer un chemin jusqu’à l’endroit où leurs proches se sont réfugiés puis vers le dernier groupe situé dans un des wagons de tête. On pense alors au Snowpiercer du cinéaste coréen Bong Joon-ho dans l’articulation de cette seconde partie mais Yeon Sang-ho parvient à proposer sa propre musique, à maximiser son terrain de jeu pour en faire un lieu moins figuratif et plus ludique. Les passages dans l’obscurité perturbant les déplacements des zombies sont notamment l’occasion de séquences tendues à souhait.
Et si il y a désormais trois groupes, il faut aussi compter sur une seconde menace plus pernicieuse mais tout aussi mortelle représentée par un chef d’entreprise retournant complètement ceux coincés avec lui en leur faisant épouser son point de vue sur le risque à accueillir des personnes remontant les wagons jusqu’à eux. Par le biais de cet odieux personnage, pour qui absolument aucune vie n’est plus précieuse que la sienne (les scènes les plus insoutenables ne sont pas celles démonstratives de boullotage d’humains mais celles impliquant son comportement immoral), et la révélation que la propagation du virus mortel est indirectement liée au sauvetage boursier d’une firme biochimique, Yeon Sang-ho se permet un parallèle gonflé et parfaitement intégré au récit en faisant finalement de la doctrine capitaliste un agent pathogène éminemment mortifère. Comme pour The Host de Bong Joon-ho (où là aussi un père devait sauver sa fille d’un monstre issu des rejets de déchets industriels), la remise en cause sociétale n’est pas une fin en soi mais permet avant tout de renforcer la narration en lui conférant une dimension politique.

Le succès rencontré par Dernier Train pour Busan, aussi bien localement que dans nos contrées est de bonne augure pour une éventuelle sortie de Seoul Station, préquelle animée, toujours réalisée par Yeon Sang-ho, plus âpre et subversive puisque les premières victimes de la contamination et ensuite responsables de sa propagation sont des clochards. Soit un parfait complément à ce Dernier Train pour Busan déjà bien agité.

Nicolas Zugasti

 

BUSANHAENG
Réalisation : Sang-ho Yeon
Scénario : Yeon Sang-ho
Production : Kim Yeon-ho
Photo : Lee Hyung-deok
Montage : Yang Jin-mo
Bande originale : Jang Yeong-gyoo
Origine : Corée du Sud
Durée : 1h58
Sortie française : 17 août 2016

 

 

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