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Bryan Singer, celui qui avait pavé la voie aux adaptations de comic-books suite au succès rencontré par le premier X-Men, revient à ses premiers amours mutants pour une histoire se déroulant dans la continuité du précédent opus de la franchise, X-Men : Le commencement. Un film réalisé par le talentueux Matthew Vaughn (Kick Ass !) qui avait très largement redoré le blason de la super équipe salement terni par l’épisode signé Brett Ratner (The Last Stand) et le spin-off revenant aux origines de Wolverine réalisé par Gavin Hood. Singer devait le réaliser mais pris sur d’autres projets, s’était contenté de rester dans l’ombre en tant que producteur, laissant le soin à Vaughn de mettre en images le mirifique retour sur le devant de la scène. Cette fois, Singer repasse derrière la caméra, avec Vaughn pas loin puisqu’il est crédité en tant que scénariste, et propose un spectacle parfaitement distrayant, servi par de solides interprétations et une construction du récit prenant le temps d’incorporer ses éléments narratifs (une façon de faire que l’on pourrait presque qualifier de old school tant la plupart des comic-movies qui se sont succédés étaient structurés en dépit du bon sens) pour formaliser une redéfinition et une relance assez maline de la franchise. Malgré quelques redondances et grippages narratifs qui donnent un petit coup de mou certain en milieu de métrage, Singer livre un récit spectaculaire en diable, à peine plombé par certaines notes d’humour tombant à plat, qui poursuit l’évolution du formidable trio Xavier-Mageto-Mystique déjà au cœur des enjeux du film de Vaughn. On ne parlera pas de chef-d’œuvre du genre mais en l’état X-Men Days of Future Past est un bon film de super-héros, ce qui est déjà beaucoup. Et ce n’était clairement pas gagné d’avance sachant que le scénario s’appuie sur rien moins que l’un des arcs les plus populaires de la BD américaine, ce fameux double-épisode Days of Future Past écrit par Chris Claremont et superbement mis en image par John Byrne qui voyait nos x-men adorés tenter de changer l’avenir funeste dans lequel ils sont décimés par les Sentinelles, robots géants chasseurs de mutants, en envoyant la conscience de Kitty Pride dans leur passé afin d’empêcher Mystique et sa confrérie d’attenter à la vie du sénateur Kelly dont la mort précipita la mise en place du programme gouvernemental d’éradication du gène X. Évidemment, le film ne suit pas stricto sensus le fil de ces fameuses quarante quatre pages et propose un joli travail d’adaptation, permettant en plus grâce à cette histoire de voyage temporel de faire le lien entre deux générations de x-men apparues à l’écran, ceux des trois premiers films et leurs jeunes incarnations du Commencement.

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Ici, c’est Wolverine dont la conscience est envoyée dans son corps cinquante ans plus jeune, en 1973, afin d’empêcher la jeune Mystique d’assassiner Bolivar Trask (Peter Dinklage, star montante grâce à la série Game of Thrones), le concepteur des Sentinelles. Car en le tuant, d’une part elle jetterait définitivement l’opprobre sur la race mutante, et d’autre part elle sera capturée dans la foulée, l’analyse de son pouvoir de métamorphe permettant alors de conférer aux exterminateurs de métal la capacité létale de s’adapter à toutes sortes d’attaque. Dans son entreprise, Wolverine doit convaincre Xavier, en plein renoncement de son rêve d’espoir, et Magneto, plus belliqueux que jamais, de lui prêter main forte afin de faire entendre raison à Raven. Le mutant griffu est donc une sorte de passeur entre les époques, ce que son statut de quasi immortel (grâce à son pouvoir de régénération expresse) et de personnage ultra populaire au cinéma (surfant ainsi sur la vague du deuxième film solo, le plaisant The Wolverine de James Mangold) lui confèrent. Il sert d’amorce mais sera finalement et finement remisé au second plan, le scénario s’intéressant plus particulièrement aux relations conflictuelles entre Magneto et Xavier et l’électron libre Mystique qui adapte à ses méthodes la volonté de préservation de l’espèce mutante, le rêve partagé par ses deux mentors. Ce tiraillement entre la recherche du bien commun et l’action à employer pour y parvenir est d’autant plus prégnant et pertinent que le récit se déroule au moment de la fin de la débâcle américaine au Vietnam. Le contexte géopolitique donne ainsi du relief au film sans s’avérer trop pesant. De plus, X-Men : Days of Future Past traite également de la difficulté à accepter sa nature, de l’embrasser pleinement afin d’œuvrer à un objectif qui dépasse sa propre individualité, son ego. Cela passe notamment par Charles Xavier ayant retrouvé l’usage de ses jambes alors que la fin du Commencement le laissait handicapé dans un fauteuil roulant. Grâce à un sérum du Fauve agissant sur la moelle épinière, il peut remarcher mais en contrepartie voit son pouvoir télépathique mis en sourdine. Un renoncement (pour sa tranquillité mentale, les « « voix » dans sa tête étant devenue difficilement supportables, d’autant plus suite à l’échec de n’avoir pu réconcilier Magneto avec son humanité) qui sera l’enjeu personnel de Xavier, perso sur lequel ce film est plus spécifiquement centré alors que le précédent s’attardait sur la montée en puissance de la haine de Magneto et son propre renoncement. Un joli travail de symétrie thématique.

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Niveau mise en scène, pas de quoi s’extasier outre mesure, cela reste fonctionnel mais c’est plutôt agréablement emballé. On n’est pas pris d’un irrépressible mal de tête en sortie de projo car les séquences d’action ont le mérite d’être lisibles. Et Singer n’est peut être pas un génie visuel de la trempe de Sam Raimi mais il est suffisamment doué pour emballer proprement les affrontements. Certains combats sont même assez violents pour ce genre de spectacle grand public, notamment dans le climax où les x-men du futur se font méchamment éliminés. Par contre, la séquence d’évasion de Magneto mettant en jeu Quicksilver (Vif-Argent) est grandiose, utilisant parfaitement l’effet bullet-time. Dommage que le perso de cet impudent jeune homme rapide comme l’éclair ne soit pas utilisé par la suite.
Niveau ambiance visuelle, on observe une belle démarcation chromatique entre le passé « lumineux » (en termes de couleurs) des seventies et le futur sombre. En tout cas, Singer a appris de ces erreurs et manques sur ses deux premiers épisodes car non content de pouvoir enfin utiliser les Sentinelles (1), le réalisateur parvient enfin à mettre en scène des affrontements où les x-men font preuve d’une véritable coopération, ils agissent enfin de concert dans le feu de l’action, en équipe. Ce n’est plus une succession d’action individuelle. Et que cela survienne dès la séquence introductive rassure immédiatement. On y découvre d’ailleurs quelques nouveaux mutants (Warpath, Blink, Bishop) sans que leurs pouvoirs soient explicités autrement que par l’image (les passages dimensionnels créés par Blink permettant à ses partenaires de riposter ou s’échapper ; Bishop se chargeant en énergie…).

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X-Men : Days of Future Past abuse parfois d’un certain verbiage (les dialogues rappelant régulièrement les enjeux pour ceux qui auraient décrochés entre deux poignées de pop-corn, sic) mais globalement va droit à l’essentiel.
Un blockbuster pas comme les autres car il s’appuie surtout sur une caractérisation impeccable. Ainsi, le film donne la part belle à Mystique, profitant du talent de Jennifer Lawrence pour lui donner de l’épaisseur. Un personnage doublement intéressant car elle personnifie à la fois l’enjeu émotionnel et idéologique motivant respectivement Xavier et Erick. De sorte que Mystique agit aussi bien en tant que personnage aux implications physiques et métaphoriques, incarnant le rêve et le cauchemar d’une entente pacifique et intégration possible des mutants avec les humains.
Mais l’intérêt du film se déploie dans des petits détails et notamment un symbolisme et une correspondance remarquables. Dans X-Men : Le commencement, le geste simple d’une main tendue représentait avec puissance la volonté d’unification au coeur du récit, métonymie de l’idée d’union pour le bien de tous dont chacun se réappropriera le sens (le geste est repris par Xavier, Erick mais également le leader du club des damnés, Sebastian Shaw). On observe le même genre de signification rapportée à un élément mais ici il s’agit d’une balle. La balle que doit tirer Mystique pour abattre Trask représente la fin du rêve de Xavier et le début de son pire cauchemar. Une balle que Magneto retournera contre elle afin de la tuer et donc d’éliminer le problème, geste représentant parfaitement pour lui l’inutilité du dialogue pour changer les choses. Une balle capable de modifier le cours de l’histoire, comme celle qui acheva JFK en 1963. Et que le film se place dans l’ombre de cet événement traumatisant et fondateur en faisant de Magneto un assassin potentiel (il est enfermé depuis 10 ans dans une geôle secrète du Pentagone, accusé de ce crime) est très bien vu et donne un peu plus d’importance encore au geste répété de Mystique de mettre en joue son adversaire. Dans le climax spectaculaire montant en parallèlle le massacre final des mutants du futur et le combat présent de Wolverine, le Fauve et Xavier contre Magneto embrassant totalement son statut de super vilain en menaçant le président Nixon, tout est lié, tout est ramène à ce geste létal de Mystique, sa capacité à baisser le bras, à déposer les armes pour mieux saisir la main tendue de Xavier. Une résolution émotionnelle qui implique superbement le terreau idéologique de la saga.

(1) : seul grief personnel les concernant, j’aurai plutôt vu et apprécié des robots géants comme dans le comic-book et dont on avait eu une impressionnante incarnation dans la seule séquence intéressante de Terminator 4, lorsque un Terminator gigantesque saisissait par poignée des humains débusqués de leur refuge de fortune

Nicolas Zugasti

X-MEN DAYS OF FUTURE PAST
Réalisation : BrYan Singer
Scénario : Simon Kinberg, Jane Goldman, Matthew Vaughn
Interprètes : Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Peter Dinklage…
Photo : Newton Thomas Sigel
Montage : John Ottman
Musique : John Ottman
Pays : Etats-Unis/Angleterre
Durée : 2 heures 11
Sortie française : 21 mai 2014

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Une réflexion sur “« X-Men : Days of Future Past » de Bryan Singer : Franchise recomposée

  1. Pingback: «Logan» de James Mangold : Walk the line | Le blog de la revue de cinéma Versus

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