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Ce n’est bien sûr pas un hasard si le très beau À pied d’œuvre de Valérie Donzelli, sorti en BRD, DVD et VOD chez Diaphana ce 2 juin, débute par un mur qui explose à coups de marteau. Comme cette paroi, Paul, le héros — incarné par un Bastien Bouillon formidable d’intériorité et de résilience —, brise sa vie : photographe à succès, il décide de tout lâcher pour écrire. Et se retrouve à vivoter, en quête de petits boulots qui lui laissent assez de temps pour s’adonner à son art.

Tiré du roman éponyme et autobiographique de Franck Courtès, le scénario de Valérie Donzelli et Gilles Marchand montre la ténacité de leur personnage. Obligé d’abord de vendre ses biens (tel un scooter), il accepte ensuite tout ce qu’il trouve (un déménagement, du jardinage, une tonte de pelouse au ciseau, chauffeur…), confronté à l’ubérisation. Paul est surtout tenu par ce besoin d’écriture, qui consiste à « entretenir un feu qui ne demande qu’à s’éteindre ».

Poussé par son éditrice (Virginie Ledoyen) à s’atteler à « son grand roman », Paul est mal compris et critiqué par son père (André Marcon) et sa sœur (la bien nommée Marion Lécrivain), repoussé par sa femme (Valérie Donzelli) et traité avec indifférence par ses enfants qui sont au Canada (Oscar Tillette et Ève Oron). Mais il ne bronche pas et accepte tout. Ce qui nous donne une série de rencontres, pathétiques ou comiques, avec ceux qui lui commandent des travaux sous-payés. On prendra plaisir à reconnaître parmi eux Philippe Katerine, Christopher Thompson, le cinéaste Michel Gondry ou Claude Perron, muse des premiers films d’Albert Dupontel.

Bastien Bouillon

Valérie Donzelli filme avec beaucoup de sensibilité cette spirale dans laquelle s’enfonce son héros, comme s’il était emporté en pleine mer par un maëlstrom sans être sûr de pouvoir un jour remonter à la surface. Mais, cette déchéance inéluctable recèle aussi plusieurs notes d’humour et une mise en scène ingénieuse. Comme lorsque, en pleine séance d’écriture, Paul imagine le visage de sa femme parlant avec la voix de son père ou celle de sa sœur.

À pied d’œuvre questionne également sur la place d’un artiste dans notre société : doit-il être nanti, pouvoir se consacrer à son art en toute quiétude et laisser libre cours à son imagination ? Ou faut-il qu’il se frotte aux difficultés de l’existence, trouvant là la matière de sa future œuvre ? Valérie Donzelli et son scénariste Gilles Marchand abordent un autre sujet : la paupérisation des travailleurs et l’horreur de l’ubérisation. Paul s’est inscrit sur un site, Jobber, qui recense des offres d’emplois. Ceux qui sont intéressés proposent une indemnité et c’est la plus basse qui emporte le job.

La grande force du film est également de s’inscrire dans notre société contemporaine, dans laquelle le romantisme n’est plus de mise. Tout le monde a vu ces biopics d’artistes tourmentés : citons La Vie passionnée de Vincent Van Gogh de Vincente Minnelli ou Montparnasse 19 de Jacques Becker dans lequel Gérard Philipe incarnait Modigliani. Van Gogh ou Modigliani plongeaient dans l’alcool et la folie et ne connaissaient la gloire et la reconnaissance qu’après leur trépas. Dans À pied d’œuvre, Paul n’est ni fou ni alcoolique. Juste un type qui tente de s’en sortir par n’importe quel moyen, pourvu qu’il puisse écrire. Très belle, très émouvante, la fin du film est bien la preuve que, dans notre monde surfait et superficiel d’influenceurs en tous genres, les véritables artistes existent toujours. Et cela fait du bien !

Jean-Charles Lemeunier

À pied d’œuvre
Année : 2025
Origine : France
Réal. : Valérie Donzelli
Scén. : Valérie Donzelli, Gilles Marchand d’après Franck Courtès
Photo : Irina Lubtchansky
Musique : Jean-Michel Bernard
Montage : Pauline Gaillard
Durée : 92 min
Avec Bastien Bouillon, Virginie Ledoyen, André Marcon, valérie Donzelli, Marie Rivière, Philippe Katerine, Claude Perron, Michel Gondry, Christopher Thompson…

Sortie par Diaphana Édition Vidéo en BRD, DVD et VOD le 2 juin 2026.

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