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Tout commençait pourtant bien, dans Disclosure Day, le nouveau film de Steven Spielberg qui a cumulé de nombreuses bonnes critiques de la part de la presse et de beaucoup moins bonnes venant du public. Oui, tout commençait bien avec ce match de MMA qui inaugure le film et ne tient pas ses promesses. Pourquoi le MMA ? Est-ce une petite flèche en direction des goûts souvent contestables de l’actuel président des États-Unis ? Même pas ! Spielberg ne fait aucun commentaire sur son choix — cela aurait pu être tout aussi bien un match de basket, un combat de boxe ou une course de voitures.

Un adulte, on le sait, conserve ses rêves d’enfant. Le petit Steven est né en décembre 1946, soit huit mois avant le supposé crash extraterrestre de Roswell qui a nourri l’imaginaire de tous les gamins de sa génération voire au-delà. Malgré les autres représentations d’Aliens plus récentes — pensons à celles de Ridley Scott, Paul Verhoeven ou, plus près de nous, de Denis Villeneuve avec son génial Arrival (Premier contact), sans parler même, sur le mode comique, des envahisseurs filmés par Tim Burton —, Spielberg s’en tient à une image de l’alien proche de celle popularisée à Roswell, une image datée qui a nourri tous les films de SF des années cinquante et dont Spielberg semble être resté très friand. La preuve étant qu’il a même réalisé le remake de La Guerre des mondes, un des chefs d’œuvre du genre.

On pourra réfuter que, dans toute sa filmographie, c’est ainsi que Spielberg a représenté le troisième type. Certes, on trouve ici une fidélité certaine à une imagerie qui a fait ses preuves. Qui fera applaudir les inconditionnels peut-être, mais sourire le plus grand nombre.

Avec Disclosure Day, Spielberg nous embarque donc dans une histoire de conspirateurs qui détiennent La Vérité et que pourchassent les sbires d’une agence d’état, menés par Colin Firth. Le problème est que ce genre de scénario, traité sur un mode ultra-classique, a pris un sacré coup de vieux, d’autant plus que l’on garde en mémoire le Midnight Special de Jeff Nichols. Et lorsque Spielberg croit nous offrir la séquence haletante du siècle, avec une voiture projetée lentement contre un train en marche, il nous prend alors une subite envie de pleurer au souvenir de cette autre voiture qui glissait d’arbre en arbre dans sa chute, avec des enfants à bord et des dinosaures alentour. Quelque chose d’autrement terrifiant que cette pseudo-cascade cheap de Disclosure Day qui nous laisse de marbre.

Rien ne prend ici et c’est douloureux de l’écrire. Quant à l’extraterrestre sortant de l’Ehpad qu’on nous sert sur un plateau en dernier recours, on est en droit de se demander s’il était bien utile de nous le montrer. Alors que les Américains nous ont habitués à baigner leurs films d’action d’un humour omniprésent, celui-ci est ici complètement absent… Ou pire, involontaire. Car s’il nous prend l’envie de rire, c’est devant la naïveté de certaines séquences. Que dire en effet de la déclaration d’amour saugrenue à Walt Disney qui débarque de façon impromptue avec l’arrivée tout à fait normale d’un renne et d’un renard dans une chambre où l’héroïne chante Un jour, mon prince viendra ? Et de cette idée de Spielberg qui, dans un réflexe cecilbdemillien ultime, nous sert une équation biblique divino-aliénesque qui fera hausser les sourcils d’étonnement à certains et enrager beaucoup d’autres ? N’oublions pas que Disclosure Day peut se traduire par Jour de la Révélation. La science et le dogme pourraient-ils enfin se réconcilier ? Laissons la réponse en suspens, par charité.

Jean-Charles Lemeunier

Disclosure Day
Année : 2026
Origine : États-Unis
Réal. : Steven Spielberg
Scén. : David Koepp d’après Steven Spielberg
Photo : Janusz Kaminski
Musique : John Williams
Montage : Sarah Broshar
Durée : 145 min
Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hewson, Colman Domingo…

Sortie en salles par Universal Pictures le 10 juin 2026.

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