
Avec La Guerre des prix, son premier film en tant que réalisateur — il est aussi acteur et scénariste —, Anthony Dechaux s’attaque à un sujet pas vraiment cinégénique : comment une fille d’agriculteurs, passée dans la grande distribution, va devoir se battre pour faire baisser les prix tout en s’efforçant de favoriser la filière bio menée par son frère.
Audrey (Ana Girardot) est formée par le rude et impitoyable Fournier (Olivier Gourmet), un négociateur intransigeant, peu enclin aux bavardages et qui ne s’assoit jamais. La force d’Anthony Dechaux est de nous faire pénétrer imperceptiblement dans les rouages du capitalisme dans ce qu’il a de plus dur. Et de nous montrer aussi combien il est difficile de fixer un prix, ou plutôt d’obtenir un prix compétitif, coincé dans un étau entre le consommateur, dont le porte-monnaie diminue à vue d’œil, et le producteur (ici laitier) qui, vu les frais qu’il a pour rester bio, ne peut accepter un prix d’achat trop bas.

Monté comme un vrai polar, avec ses perquisitions policières et ses codes noirs, ses rapports de force passant par la séduction et l’espionnage, le scénario de La Guerre des prix glisse quelques références quasiment subliminales. Parce qu’Audrey regarde, fugitivement à la télé, un film de Charlie Chaplin, on comprend bien qu’il s’agit ici, comme le personnage de Charlot était constamment en lutte contre plus puissant que lui, d’un combat entre un pot de fer et un autre en terre. Un combat inégal, dans lequel quelqu’un perdra forcément des plumes, le tout étant de demeurer du bon côté. « Réfléchissez, conseille Fournier à Audrey quand elle doit prendre une décision, l’indépendance, c’est bien aussi. »
Anthony Dechaux nous entraîne dans des luttes quasi fratricides qui, si elles n’ont pas le panache mythologique de la guerre de Troie ou des flingages entre Horaces et Curiaces, sont tout aussi meurtrières, au moins psychologiquement. Sans s’enfoncer dans le conspirationnisme, le réalisateur nous montre que la directrice du groupe de supermarchés a été à la même école qu’un attaché ministériel et que ce petit monde s’entend. Mais peut aussi, le cas échéant, se faire des crasses. Un petit monde qui comprend les industriels, les politiques et les médias. Et qui a pour devise une phrase toute simple : « À la fin, c’est toujours une question d’argent ! »
Jean-Charles Lemeunier
La guerre des prix
Année : 2026
Origine : France
Réal. : Anthony Dechaux
Scén : Anthony Dechaux, Maël Piriou, Benjamin Charbit, Mathilde Belin
Photo : Pierre Dejon
Musique : Benjamin Grossmann
Montage : Cécile Staes-Lacommère
Durée : 87 min
Avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Jonas Bloquet, Aurélia Petit, Yannick Choirat…
Sortie en VOD, DVD et BRD par Diaphana Editions Video le 21 juillet 2026.