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Si le nom du cinéaste suédois Roy Andersson n’a pas encore gagné ses galons auprès du grand public, il a néanmoins déjà attiré sur lui l’attention de la critique et des spectateurs qui ont pu voir Chansons du deuxième étage (2000), prix du jury à Cannes, ou Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (2014), Lion d’or à Venise.

Malavida ressort en salles ce 2 septembre son premier film, tourné en 1970. En Kärlekshistoria, traduit en français par Une histoire d’amour suédoise, sera donc sur les écrans sous le titre anglais d’A Swedish Love Story. Sélectionné à la Berlinale de 1970, ce film avait obtenu cette même année le prix Guldbagge à Stockholm, principale récompense du cinéma suédois.

C’est étonnant cette façon qu’ont les films scandinaves (pensons également à ceux du Danois Thomas Vinterberg)‌ de décrire le malaise d’une société. Ici, la caméra oppose en quelque sorte le monde des adultes à celui de deux jeunes amoureux, Annika (Ann-Sofie Kylin) et Pär (Rolf Sohlman). Ils ont 14 ans et, bien qu’attirés l’un par l’autre, ils n’osent se l’avouer. Leur univers n’est toutefois pas aussi idyllique et pur qu’on pourrait le penser. Les deux adolescents trainent avec une bande dont les rapports sont plus ou moins conflictuels. Ainsi, Pär se fait-il casser la figure par un plus grand. À noter que, parmi les copains de Pär, se trouve Björn Andrésen qui, l’année suivante, se hissera aux sommets en incarnant le jeune héros de Mort à Venise de Visconti, qui trouble tant le personnage incarné par Dirk Bogarde.

S’il est question ici d’un amour de jeunesse, Andersson s’écarte totalement du modèle construit par Bergman en 1953 avec Monika. Pas question pour les jeunes, dans A Swedish Love Story, de s’affranchir de la famille. Dans Monika, la nature et le bord de mer symbolisaient une pureté que pouvaient revendiquer les deux jeunes amoureux.

Ici, les jeunes ne s’affranchissent pas des parents et le summum est atteint lorsque les deux familles et des amis se retrouvent dans une maison de campagne. Le constat est alors assez effroyable : les beuveries et les réactions qu’elles entraînent prouvent que tout ce petit monde ne va pas si bien. Il est question de chasse, de gens avinés, d’autres qui se perdent, et aussi d’un feu d’artifice. Mais, surtout, de personnes en pleine dépression. Comme l’est la mère d’Annika. Ou le père qui annonce : « J’ai gâché 45 ans de ma vie ! »

La question des classes sociales est également très présente, la politique aussi. Tel ce vieillard qui proclame : « Quand on aura un gouvernement socialiste, tu verras que tout changera ! » Quant aux classes sociales, le père n’annonce-t-il pas : « On ne va pas faire une paysanne de ma fille… Elle sera riche ! »

Au cours de cette soirée arrosée digne, répétons-le, de certains films de Vinterberg, les tensions montent sans qu’on ne comprenne vraiment comment tout cela va finir. Y aura-t-il un mort ? Grâce à cette longue séquence, Andersson se hisse au sommet lui, qui, c’est une évidence, maîtrise sa mise en scène. On peut parfois penser à du Godard, telle cette séquence où la jeune fille et sa tante discutent devant un mur blanc, semblable à ce que l’on voit dans Pierrot le fou.

Bien sûr, dans ce match adultes/ados, ce sont ces derniers qui s’en sortent le mieux, eux qui ont tant besoin de liberté et de choix, ce dont semblent avoir manqué leurs parents. Malgré tout, quelque chose nous dit, plus malin encore que notre petit doigt, que leur destin est inéluctable et que, pris par le mouvement, ils auront toutes les peines du monde à se sortir de leur condition. Et sombreront dans la déprime.

Cette société suédoise, déjà mise à mal dès les années cinquante par Bergman et qui volera en éclat devant la caméra de Bo Widerberg deux décennies plus tard, est déjà fortement questionnée par Roy Andersson, à l’aube des années soixante-dix. Une époque où, faut-il le rappeler, la jeunesse s’est réveillée dans le monde entier et a tenté de secouer le joug qui pesait sur ses épaules. Des films comme A Swedish Love Story, qui se déroule à la campagne, loin du fracas des villes, montrent l’état de cette société qu’il faudra à tout prix changer.

Jean-Charles Lemeunier

Sortie en salles par Malavida Films le 2 septembre 2026.

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