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Summertime, le film de David Lean que Carlotta sort (pour la première fois) en Blu-ray dans une très belle restauration 4K, est une charnière entre la période anglaise du cinéaste — avec une histoire proche de Brève rencontre — et sa carrière internationale. Dès son film suivant (Le Pont de la rivière Kwaï, en 1957), Lean va suivre un chemin nourri de grosses productions : Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago, etc.

Baptisé en français Vacances à Venise, sans doute pour rappeler aux spectateurs le succès des Vacances romaines (1953) de William Wyler, Summertime suit l’arrivée à Venise d’une Américaine (Katharine Hepburn). La grande actrice a délaissé les rôles de riche héritière fofolle qu’elle incarnait brillamment dans les années trente au profit, surtout depuis African Queen (1951), de vieilles filles qui se méfient de l’amour.

Écrit par Lean lui-même et H.E. Bates, le scénario est adapté de la pièce d’Arthur Laurents, The Time of the Cuckoo. Ayant également collaboré à l’élaboration des personnages, Donald Ogden Stewart — qui vient d’être mis sur la liste noire du maccarthysme — connaît bien Katharine Hepburn, lui qui a régulièrement collaboré à Hollywood avec George Cukor et est l’un des auteurs de The Philadelphia Story (1940, Indiscrétions), l’un des grands rôles de l’actrice.

Véhiculant une romance attachante, Summertime donne également de Venise, ville magnifique et magnifiée par le film, une image très différente de ce que la Sérénissime est devenue aujourd’hui. Chaque fois qu’un personnage ouvre une porte ou une fenêtre, la vue sur la ville est grandiose. Ce qui n’empêche pas David Lean, en contrepoint, de montrer également les ordures balancées du haut des balcons dans ces canaux si jolis.

Mais ce qu’il y a sans doute de plus étonnant, c’est qu’il filme des touristes — ce qui est normal à Venise — mais aussi beaucoup d’Italiens qui semblent vivre là. Or, aujourd’hui, lorsqu’on se promène à Venise, mis à part les commerçants, rares sont les véritables Vénitiens que l’on croise du côté de l’Accademia (où habite Katharine Hepburn dans le film) ou de la place Saint-Marc (où elle se rend souvent pour s’attabler dans un café).

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Qu’on ne s’y trompe pas, Jane Hudson (Katharine Hepburn) est une véritable touriste. Munie de sa caméra, elle filme tout et se plaint déjà d’avoir tourné cinq bobines alors qu’elle franchit à peine en train le pont sur la lagune. Contente de se trouver à Venise, elle redoute la solitude et tente de gagner l’amitié des autres occupants de la pension où elle réside. Mais, sitôt qu’elle est abordée par un bel Italien (Rossano Brazzi), la voici qui se cambre et le repousse tout en le recherchant, une fois qu’elle a compris qu’il tient un magasin d’antiquités. Et qu’il est donc un charmant marchand de Venise.

Malgré tout, Jane Hudson n’est pas une femme totalement coincée. Elle aime prendre l’apéro et, dès son arrivée, quand Isa Miranda (qui joue la propriétaire de la pension) lui propose un Cinzano ou un whisky, Jane préfère carrément mélanger les deux dans le même verre. Sans le dire explicitement, Lean nous fait comprendre que l’Américaine est une femme qui a souffert de l’amour.

On se doute que la beauté de la ville va contaminer la visite de Jane. Mais Venise a beau se napper de romantisme, il existe un pragmatisme américain qui sait remettre les pendules à l’heure. Venise est-elle une ville triste parce que ceux qui y vivent vraiment ne passent pas leur temps à roucouler dans les gondoles ? Summertime affiche cette mélancolie qui sied tant à ces magnifiques palais au bord des canaux. Venise n’est ni Rome ni Naples et l’on sait qu’elle s’enfonce progressivement dans l’eau.

David Lean signe un beau film et l’on comprend, dans une interview livrée dans un supplément, qu’il dise autant de bien de son interprète Katharine Hepburn. En femme parfois revêche et parfois tendre, en solitaire ayant le sens de l’humour, elle compose un personnage attachant et hors des sentiers battus.

Jean-Charles Lemeunier

Summertime
Année : 1955
Origine : États-Unis, Royaume uni, Italie
Réal. : David Lean
Scén. : David Lean, H.E. Bates, Donald Ogden Stewart d’après Arthur Laurents
Photo : Jack Hildyard
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Peter Taylor
Durée : 100 min
Avec Katharine Hepburn, Rossano Brazzi, Darren McGavin, Isa Miranda, Mari Aldon, Gaetano Autiero…

Sortie en Blu-ray par Carlotta le 20 août 2026.

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