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Sans vouloir comparer ce film à l’assassinat du président Kennedy ou au 11 septembre 2001, il n’est pas rare que l’on se souvienne exactement du moment où l’on a découvert sur grand écran The Hills Have Eyes (1977, La Colline a des yeux). Carlotta a eu l’excellente idée de ressortir ce chef-d’œuvre du film horrifique dû au talent de Wes Craven dans un inédit en 4K UHD. L’éditeur propose également dans une édition prestige (4K UHD et Blu-rays) le film avec sa suite (The Hills Have Eyes Part II, soit La Colline a des yeux 2), tournée par Craven en 1984.

Si le second volet s’avère sympathique mais anecdotique et nettement moins original, le premier film n’a rien perdu de sa puissance et n’a pas pris une ride. Certes, on reconnaît la façon de tourner de l’époque mais l’on est tout de suite pris par l’action.

Robert Houston et Susan Lanier dans « La Colline a des yeux »

On se retrouve en présence d’une famille typique américaine qui s’engage dans le désert californien de Mojave. Nous avons là le père (Russ Grieve), ancien flic sûr de lui, la mère (Virginia Vincent), un fils (Robert Houston) et deux filles (Susan Lanier et Dee Wallace), le gendre (Martin Speer) et un bébé (Brenda Marinoff). Sans oublier les deux chiens bergers allemands, Belle et la Bête, qui s’avèreront bien utiles. Autant dire que chaque spectateur peut s’identifier à l’un ou l’autre des personnages.

Dans ce lieu inhabité ou presque, Craven filme les rares êtres vivants, mygales et serpents. Et des voix qui chuchotent à travers l’immensité pierreuse et qui s’appellent par des noms de dieux antiques : Jupiter, Mars, Mercure et Pluton. Comme si l’être humain, à force de bêtise, se retrouvait confronté à des forces telluriques qui le dépassent, perdu dans une nature comme elle devait l’être au commencement du monde. Ou comme elle le sera à sa fin.

Tout nous dit qu’ici, la civilisation ne signifie plus rien. Il n’y a plus aucune pitié qui prévaut, pas plus pour les êtres humains, du vieillard au bébé, que pour les animaux. Et, face à la cruauté, les humains pris en otage dans la bestialité de leurs adversaires, ne peuvent se comporter que comme eux.

Michael Berryman et Kevin Spirtas dans « La Colline a des yeux 2 »

Car si la tension monte au fur et à mesure, c’est surtout la barbarie et la violence auxquelles la famille va être confrontée qui laissent le spectateur médusé. D’autant que, parmi les méchants du film, on reconnaît l’acteur Michael Berryman, au physique effrayant, repéré dans Vol au-dessus d’un nid de coucous.

John Bloom dans « La Colline a des yeux 2 »

Berryman, on le retrouve également dans le deuxième film, aux côtés d’un autre personnage peu ragoûtant, le Faucheur (dans la v.o. The Reaper). Il est interprété par John Bloom, un gaillard haut de 2,24 m. Mais cette deuxième partie de La Colline a des yeux, avec cette bande d’ados en proie à de terrifiants méchants, fait penser à tout ce que le cinéma horrifique contemporain a déjà montré, avec les séries Halloween (commencée en 1978 par John Carpenter), Vendredi 13 (commencée en 1980 par Sean S. Cunningham) ou Freddy (commencée en 1984 par Wes Craven).

D’une manière quasi biblique, dans ce décor désertique, les deux films retracent le combat du Bien et du Mal, de la civilisation contre le primitivisme. Mais ces deux camps qui inventent des pièges judicieux pour venir à bout de leurs adversaires ne se ressemblent-ils pas, finalement ? La Colline a des yeux prend des atours métaphysiques et pose des questions sur le comportement humain qui ne peuvent que rester sans réponse. Sous peine de se dire que cette espèce ne vaut pas grand chose, pas plus qu’un serpent ou qu’une mygale. De quoi transformer le fameux « Humain, trop humain » de Nietzsche en « Humain, pas assez humain ».

Jean-Charles Lemeunier

La Colline a des yeux et La Colline a des yeux 2 de Wes Craven, sortie en 4K UHD par Carlotta Films le 2 juin 2026.

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