Home

Quelquefois, les titres en disent long sur le contenu d’une œuvre. C’est le cas avec Un flic explosif, film policier italien de 1978 que sort Artus en combo Blu-ray/DVD. Effectivement, le commissaire Olmi incarné par Maurizio Merli mérite ce dénominatif. Et, pour les habitants de la péninsule, le titre original est doublement explicite : Un poliziotto scomodo, qui signifie « un policier gênant », montre bien l’embarras que crée ledit commissaire auprès de sa hiérarchie, sorte d’inspecteur Harry romain à la gâchette tout aussi facile que son homologue de San Francisco. Le terme même de « poliziotto » renvoie à un sous-genre made in Italy du film policier : le poliziottesco, typique des années de plomb, dans lequel les flics ont fort à faire avec des malfrats en tous genres et avec la corruption qui gangrène l’ensemble de la société.

On retrouve donc, dans le film de Massi, cette ambiance « années de plomb » avec, par exemple, cette fusillade qui se déclenche dans la rue entre flics et voyous. Dans la réalité italienne, fusillades, attentats et prises d’otages sont le lot du quotidien. Pour un éditeur qui se proclame posséder « le meilleur de la série B » — ce qui n’est, somme toute, pas loin de la vérité —, on ne s’étonnera donc pas de trouver des qualités aux séries B proposées. C’est vrai que, lorsqu’on parle d’un cinéaste, on a tendance à traquer chez lui des tendances auteuristes.

Si Stelvio Massi n’est pas à proprement parler un auteur, il glisse dans son film plusieurs éléments qui laissent à penser que le gars n’est pas indifférent à ce qu’il nous livre en pâture. Ainsi, après un démarrage à Rome, Un flic explosif se poursuit à Civitanova Marche, un petite port de l’Adriatique qui n’est autre que la ville natale de Massi. Continuons : dès les premiers plans, la découverte d’un cadavre sur les bords du Tibre, le cinéaste sait où placer sa caméra. Il filme en gros plan le SDF qui découvre le corps dans l’eau et saisit le tremblement de ses mains, dû à de multiples causes (fatigue, alcool, froid du petit matin), quand il essaie d’allumer une cigarette.

De même, Massi a des partis-pris étonnants, se servant de subterfuges vivifiants pour éviter les trop classiques et ennuyeux champs-contrechamps. Ainsi la conversation entre Olmi et un journaliste, attablés dans un restaurant et où sont échangées quelques critiques de bon aloi envers la police (en gros, le journaliste remarque que le peuple a faim, que les gangsters font la loi et que la police n’arrête que le petit gibier) : le flic est filmé de face tandis que l’on voit en même temps le reflet de son interlocuteur dans un miroir. Massi reprend le même tour de force lorsque le commissaire se retrouve face au juge Garganese : celui-ci est de face et Olmi est, là encore, vu dans un reflet. Il faudrait encore parler du montage, signé Mauro Bonanni, qui élimine les scènes explicatives pour ne pas perdre de temps. L’ellipse devient reine, pour que tout aille toujours plus vite.

On l’a dit, le commissaire italien ressemble par ses méthodes au Harry incarné par Clint Eastwood. On pourra, suivant le cas, s’étonner ou ricaner des baffes qu’il distribue pendant ses interrogatoires pour le moins musclés. Quand les mains sont courantes, ce n’est pas au sens administratif du terme. Sauf qu’Olmi n’est pas le plus fort, face à la corruption généralisée, et qu’il va se voir contraint de baisser les bras. La fameuse opération Mani pulite (Mains propres) ne bousculera les règles que dans les années quatre-vingt-dix et le cinéma, plus de dix ans avant, fait déjà état du problème. Et quand le petit flic s’attaque à plus fort que lui, sa hiérarchie lui rétorque qu’il va se faire écraser et que c’est une question de classe sociale.

Les films de genre nous renvoient aujourd’hui l’image d’une époque. Ici, les voyous ont des allures de hippies et, pour mieux les stigmatiser, Massi prend bien soin de filmer devant une tente de camping une jeune fille qui fume, sans doute de l’herbe. Comme pour bien insister sur le fait que tout cela n’est que du menu fretin. De même, le cinéaste montre une émission de télé tardive au cours de laquelle des filles se déshabillent… Berlusconi n’est pas loin. Lorsque le commissaire doit surprendre des gangsters dans un bâtiment, il grimpe le long de la façade, agrippé à une corde. Sur le mur, le sigle LC (Lotta comunista) est bien visible, accompagné de la faucille et du marteau. Massi s’appuie ainsi sur de nombreux détails qui rappellent ce qu’étaient les années soixante-dix en Italie. Et c’est sur un détail, qui a son importance, qu’il clôt son film.

Jean-Charles Lemeunier

Un flic explosif
Titre original : Un poliziotto scomodo
Origine : Italie
Année : 1978
Réal : Stelvio Massi
Scén : Gino Capone, Teodoro Agrimi d’après Danilo Massi
Photo : Sergio Rubini
Musique : Stelvio Cipriani
Montage : Mauro Bonanni
Durée : 100 min
Avec Maurizio Merli, Olga Karlatos, Massimo Serato, Mimmo Palmara, Attilio Duse…

Sortie en combo Blu-ray/DVD par Artus Films le 8 novembre 2022.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s