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Avec la sortie en DVD Digipack de Jesus Lopez, un film argentin de Maximiliano Schonfeld sorti en juillet dernier dans les salles françaises, Tamasa enrichit sa collection en provenance des pays d’Amérique latine.

Jesus Lopez est un jeune homme qui aime à ce point les motos et la vitesse qu’il se tue dans un accident, dès les premières images du film. La question du suicide n’est jamais abordée mais elle flotte sur l’ensemble du récit. La caméra va suivre alors Abel, le cousin, dans son désarroi et dans le désir, de plus en plus fort et appuyé par le père de la victime, de ressembler au disparu.

La force de Jesus Lopez tient en son principal interprète, Joaquin Spahn, qui tient le rôle d’Abel. Cet adolescent à l’air obtus, assez transparent, timide et laconique, va progressivement évoluer et se rapprocher du défunt, interprété par Lucas Schell, jusqu’à prendre son identité. Abel change alors du tout au tout, se met par exemple à fumer et à parler d’un traumatisme d’enfance qu’il n’avait jamais abordé avec son père. Il devient véritablement Jesus le bien nommé, grand barbu dégingandé aux longs cheveux. Oui, comme le chante Patrick Bouchitey dans La vie est un long fleuve tranquille, Jésus revient. Toute blague mise à part, ce glissement de personnalité va permettre à Abel de régler quelques-uns de ses problèmes.

Dès le générique du film, Maximiliano Schonfeld opte pour l’inversion visuelle des noms de famille, comme si chacun pouvait avoir son double opposé. Car, d’après ce que l’on comprend, Jesus était très différent d’Abel. Pour filmer ces problèmes d’identité, que l’on peut également appréhender sous un angle beaucoup plus politique, Schonfeld et son chef op’ Federico Lastra nous offrent de splendides images rougeoyantes, prises au crépuscule sans effets spéciaux.

« Le film parle aussi de l’exode rural vers les villes, explique le cinéaste dans un supplément, à cause de l’industrialisation et des terres empoisonnées. » Cet attachement à la terre, malgré la pauvreté qu’elle impose, est au cœur du film. Les plus jeunes préfèrent, eux, s’éloigner et devenir urbains jusqu’à cette phrase décisive : « Le seul moyen de partir est peut-être de mourir. » Ce qu’a fait Jesus Lopez.

On sait combien l’Argentine, comme toute l’Amérique latine, est catholique. Le film prend des allures mystiques qui ne peuvent nous étonner et les questions de paradis et d’enfer, de présence des morts reviennent souvent dans les dialogues. Et quel désenchantement sait peindre Schonfeld quand, au moment où un personnage parle d’« ici et là-haut », il filme des carcasses de voitures dans une casse automobile pour symboliser l’ici.

C’est une évidence : Jesus Lopez ne peut nous laisser indifférents !

Jean-Charles Lemeunier

Jesus Lopez
Année : 2021
Origine : Argentine
Réal. : Maximiliano Schonfeld
Scén. : Selva Almada, Maximiliano Schonfeld
Photo : Federico Lastra
Musique : Jackson Souvenirs
Montage : Ana Remon
Durée : 86 min
Avec Lucas Schell, Joaquin Spahn, Sofia Palomino, Romina Pinto…

Sortie par Tamasa en DVD Digipack le 29 novembre 2022.

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