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Les amateurs de cinéma britannique savent qu’il faut toujours avoir un œil sur le catalogue de Tamasa. La preuve avec cette sortie en combo DVD et Blu-ray de Dead of Night (Au cœur de la nuit), film qui, en 1945, marqua le renouveau d’une industrie touchée par la guerre. Une ressortie — le film était disponible il y a très longtemps dans la collection Cinéma de quartier de Canal + — agrémentée d’un livret de seize pages.

La carrière internationale d’Alberto Cavalcanti ne pouvait que le faire transiter par l’Angleterre. Ce Brésilien démarre son travail de cinéaste en France, où il donne entre autre une brillante version muette du Capitaine Fracasse, tourne des documentaires en Grande-Bretagne avec John Grierson avant de donner aux studios Ealing quelques-uns de ses excellents films — citons Went the Day Well ? en 1942 et Champagne Charlie en 1944.
Cavalcanti redonnera également un coup d’envoi au cinéma de son pays d’origine dans les années cinquante avant d’aller tourner en Allemagne de l’Est et en Autriche, avec une version qui fit date de Maître Puntila et son valet Matti de Brecht, en 1960.

Jamais là où on l’attend, Cavalcanti tourna encore en Italie Les noces vénitiennes, puis un sympathique film avec un dinosaure en Angleterre (The Monster of Highgate Ponds), sur un scénario de Joy Batchelor, avant de repartir au Brésil et en Israël pour achever sa carrière à la télévision française. Plus cosmopolite, tu meurs !

Revenons à l’année 1945 et à Au cœur de la nuit. En cinq sketches et un récit de liaison, Cavalcanti agglomère autour de lui tout la fine fleur de ce qui sera le cinéma britannique des années cinquante et soixante : Robert Hamer, Basil Dearden et Charles Crichton, Cavalcanti lui-même signant deux épisodes de ce réjouissant film d’horreur.

Au cœur de la nuit inaugure en outre un style, le film d’horreur à épisodes, qui fera plus tard les beaux jours de la Amicus avec des titres tels que Le train des épouvantes (1965), Histoires d’outre-tombe (1972), Asylum (1972), Frissons d’outre-tombe (1973), Le caveau de la terreur (1973), Tales That Witness Madness (1973)…

Cinq histoires, donc, et pas des moindres, que se racontent les invités d’une soirée étrange. Avec un pilote qui a des visions, une partie de cache-cache inquiétante, un miroir ne reflétant pas la pièce dans laquelle il se trouve, une partie de golf fantomatique et une marionnette qui hante son ventriloque. Cette dernière est, je l’avoue, ma préférée, réalisée par le grand Cavalcanti lui-même, comme il a dirigé aussi l’épisode de la partie de cache-cache.

L’intelligence d’Au cœur de la nuit est de ne pas empiler des histoires différentes, sans lien entre elles. Les différents récits viennent se greffer sur l’épisode qui sert de fil conducteur et qui, partant de l’impression de déjà vu, se transforme en cauchemar. Et le héros de cet épisode (Mervyn Johns) traverse les différentes histoires racontées, les liant toutes les unes aux autres.

Un seul sketch dénote parce qu’il manie davantage l’humour que l’horreur : celui de la mésaventure des deux golfeurs joués par les inénarrables Basil Radford et Naunton Wayne, déjà vus dans des rôles similaires dans Une femme disparaît de Hitchcock. Il est réalisé par Charles Crichton, beaucoup plus à l’aise dans le domaine comique. Cette histoire apporte une respiration nonsensique à un scénario beaucoup plus inquiétant.

Au cœur de la nuit, on l’a déjà précisé, est un parfait panorama du cinéma britannique en devenir. Robert Hamer et Charles Crichton vont plus tard tourner Noblesse oblige pour le premier, De l’or en barre, Tortillard pour Titfield et, plus tardivement, Un poisson nommé Wanda pour le second. Quant à Basil Dearden, dans une carrière dont il n’a pas à rougir, on retiendra — c’est le plus connu chez nous — Khartoum, avec Charlton Heston et Laurence Olivier.

Jean-Charles Lemeunier

Au cœur de la nuit
Titre original : Dead of Night
Année : 1945
Origine : Grande-Bretagne
Réal. : Alberto Cavalcanti, Basil Dearden, Robert Hamer, Charles Crichton
Scén. : John Baines, Angus MacPhail, T.E.B. Clarke
Photo : Jack Parker, Stanley Pavey, Douglas Slocombe
Musique : Georges Auric
Montage : Charles Hasse
Durée : 103 min
Avec Michael Redgrave, Mervyn Johns, Frederick Valk, Roland Culver, Googie Withers, Miles Malleson…

Sortie en combo Blu-ray & DVD par Tamasa le 8 mars 2022.

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