Home

Les experts se disputent souvent l’origine du slasher, ce genre cinématographique où l’on découpe plus sûrement en rondelles les jeunes protagonistes de l’histoire qu’un saucisson sur une table d’apéro. Quelle que soit son année de naissance, c’est généralement aux États-Unis, dans les golden eighties comme dirait Chantal Akerman qui, pourtant, n’a rien à voir avec ce sujet, que le style se développe avec la série des Vendredi 13 ou des Halloween.

Le genre fait aussi fureur dans d’autres pays et c’est là où je voulais en venir avec la sortie, chez Le Chat qui fume, d’un beau coffret Blu-ray contenant Evil Dead Trap (1988) de Toshiharu Ikeda et Evil Dead Trap II (1992) d’Izô Hashimoto. Des films qu’Oliver Stone, dans l’introduction du premier opus, juge « obsédants ».

Quelle est la définition du slasher ? Des jeunes, pas toujours très malins, sont éliminés les uns derrière les autres par un psychopathe que le public ne découvre souvent que masqué (Vendredi 13, Halloween) ou le visage fripé (Freddy). Son but, zigouiller tout ce qui bouge, généralement de la façon la plus sanglante et vicelarde possible. Et Evid Dead Trap, que l’on découvre donc grâce à cette sortie, entre tout à fait dans le vif du sujet. Même, pour être plus correct orthographiquement, dans le vif des sujets. Ikeda pousse même le vice jusqu’à copier le puritanisme américain des films dont il s’inspire. Dans toutes ces œuvres, quelles qu’elles soient, on trouve toujours un couple d’ados ayant envie de s’isoler pour se laisser aller à des penchants bien naturels que la morale — et le sadique — réprouvent. Et bien, ça ne manque pas, à chaque fois, c’est eux qui se font trucider les premiers. Et d’ailleurs, dans Halloween (1978, La nuit des masques) de Carpenter, la seule à s’en tirer est Jamie Lee Curtis, dont on ne voit jamais le moindre bout de peau à découvert. Wes Craven va encore plus loin dans la démonstration avec Nightmare on Elm Street (1984, Les griffes de la nuit). Une jeune fille prend son bain lorsque soudain les griffes de Freddy apparaissent entre ses jambes : c’est donc bien de là que vient le danger.

Visiblement, avec Evil Dead Trap, Toshiharu Ikeda connaît bien son sujet. Parce qu’elle reçoit une cassette vidéo montrant une femme torturée, avec en amont le chemin exact pour la trouver, une animatrice d’émission télé part avec son équipe (trois filles, un homme) à la recherche du scoop : est-ce un vrai meurtre ou est-ce simulé ? Ils se retrouvent dans une usine désaffectée et vont commencer à disparaître, en ne suivant pas l’ordre alphabétique mais bien l’ordre sexuel : ceux qui veulent s’ébattre seront punis les premiers.

Dans ce film, plus encore que dans sa suite, beaucoup moins rythmée, ce ne sont pas les meurtres eux-mêmes qui surprennent — puisqu’on s’y attend à chaque minute — mais bien l’ambiance du lieu, bien filmé, et la façon sanguinolante dont tout cela se déroule. Il existe dans chacun des slashers, et les Evil Dead Trap n’échappent pas à la règle, un questionnement métaphysique et très plaisant pour le spectateur : a-t-on affaire à un tueur simplement cinglé ou les meurtres que l’on voit appartiennent-ils à une dimension surnaturelle ?

Ikeda truffe de références la cruauté de ses plans. On reconnaîtra facilement Buñuel ou la caméra glissante d’Evil Dead (1981). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le titre occidental (Evil Dead Trap) fait un appel direct du pied à Sam Raimi. En japonais, le titre original est Shiryo no wana alors qu’Evil Dead était devenu là-bas Shiryô no harawata.

Contrairement à l’adage « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », un slasher est meilleur quand son réalisateur fait preuve d’originalité. Ici, les images d’Ikeda sont fortes : d’une séquence violente vue à travers une série de flashes à ce qui attend Rie (Eriko Nakagawa) lorsqu’elle sort de la voiture. Sans parler du sadisme qui fait qu’en voulant sauver quelqu’un, on accroit sa souffrance ou l’on provoque sa mort.


Véritable cauchemar dont on n’a pas vraiment envie de sortir — le côté sado-maso de tout amateur de slasher —, Evil Dead Trap rend claustrophobe, l’essentiel de l’action se déroulant dans des lieux clos. Autant dire que chaque sortie à l’air libre des personnages est perçue comme une bouffée d’oxygène. Oxygène dont ils seront fatalement privés d’ici peu.

Filmée quatre ans plus tard par Izô Hashimoto, la séquelle, malgré des longueurs, comprend des séquences perturbantes qui ne sont pas spécialement horrifiques. Ainsi, l’héroïne, qui est projectionniste, regarde par la fenêtre de la cabine la salle où est projeté le film. Tous les personnages sont tournés vers l’écran sauf… Vous ne voulez quand même pas qu’on vous raconte tout, non ?

Jean-Charles Lemeunier

Coffret Blu-ray Evil Dead Trap I et II, sorti par Le Chat qui fume le 15 février 2022.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s