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Peggy Sue s’est mariée, le film de Francis Ford Coppola que Carlotta sort en Blu-ray et DVD, explore une filière qui est un genre en soi : celui du voyage dans le temps qui fascine tout à la fois les auteurs et les spectateurs. À plus forte raison s’il permet de corriger les erreurs du passé.

Ainsi, Peggy Sue Got Married (Peggy Sue s’est mariée) en 1986 ouvre la voie à quantité de films. Citons Deuxième vie (2000) de Patrick Braoudé, où le héros fait le chemin inverse et passe de 1982 à 1998. Dans Camille redouble (2011) de Noémie Lvovsky, dont le scénario se rapproche fortement de celui de Peggy Sue, l’héroïne (Noémie Lvovsky) passe de 2008 à 1985. Dans Bis (2015) de Dominique Farrugia, Franck Dubosc et Kad Merad font le grand plongeon en 1986. Ils retrouvent leurs 17 ans mais conservent (sauf dans les miroirs) leurs visages de quinquagénaires. Citons encore la série Il était une seconde fois où Gaspard Ulliel et Freda Mayor vont revivre leur passé.

À l’origine de ce courant scénaristique, on peut sans doute placer le mythique Back to the Future (Retour vers le futur) de Robert Zemeckis, qui sort aux États-Unis en juillet 1985, soit quinze mois avant Peggy Sue. Grâce à la DeLorean supersonique de Doc, Marty McFly passe de 1985 à 1955 et fait en sorte que ses parents se rencontrent. Nom de Zeus !

Le temps n’est-il pas, ainsi que le suppose l’un des personnages de Peggy Sue interprété par Barry Miller, « comme un burrito pouvant se replier » ? C’est là où Peggy Sue diffère quelque peu du reste des autres films cités. Comme le souligne Jean-Baptiste Thoret dans les bonus, le personnage principal ne profite pas de l’incursion inattendue dans son passé pour corriger celui-ci. Kathleen Turner, qui incarne Peggy Sue, lance juste au début du film : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, j’aurais fait les choses différemment. »

On note, dans Peggy Sue s’est mariée, un élément crucial, déjà très présent dans le cinéma classique hollywoodien et qui va à contre-sens du courant contestataire des années soixante-dix : l’importance de la sacro-sainte famille. Et ces choses différentes que Peggy Sue aurait pu faire concernent justement sa famille et, plus précisément, son couple. Avec ce film de commande destiné d’abord à Jonathan Demme puis à Penny Marshall , dans lequel devait jouer Debra Winger, Coppola s’est retrouvé possesseur d’un scénario qu’il s’est mis à aimer de plus en plus et à s’approprier, celui d’un couple qui se sépare et se retrouve, ce qui était déjà le sujet de Coup de cœur (1982). S’y ajoute le voyage temporel.

C’est là où le film, et Jean-Baptiste Thoret fait bien de le préciser dans son intervention, s’inscrit dans un corpus reaganien qui remet au goût du jour des concepts, voire des vertus, oubliés la décennie précédente. Il faut voir la fierté de Peggy Sue lorsqu’elle doit chanter l’hymne national. Coppola ajoute à cela une nostalgie des années soixante qui tient à la tranquillité de la vie décrite, à la beauté de la lumière qui éclaire la petite ville, aux couleurs des voitures qui la parcourent. Ces dernières d’ailleurs, magnifiques et on ne peut plus lustrées, pourraient sortir de la série Ratched où, là encore, l’accent est mis sur cette nostalgie du passé — sauf que, dans Ratched, la beauté cache le sordide.

Coppola choisit au contraire de retracer la vie d’une lycéenne par quelques incontournables séquences de l’épreuve de maths ou des majorettes, qui appuient cette « innocence perdue » là encore mise en avant par J.-B. Thoret. C’est avec le conflit vietnamien et les assassinats successifs des Kennedy et de Martin Luther King que l’Amérique a perdu son innocence. Peggy Sue se réveille en 1960 et rien de tout cela n’est encore arrivé.

C’est certain qu’en accomplissant ce bond dans le temps de 25 années, Peggy Sue ne va pas chercher à refaçonner l’Histoire, à la manière du héros du bouquin de Stephen King, 22/11/63. Même pas à corriger sa vie. Juste à revivre, d’une meilleure façon, ses rapports aux autres. N’oublions pas que, dans les années quatre-vingt, Coppola subit une série de revers, tant financiers que critiques, malgré l’énorme succès que fut Apocalypse Now en 1979. Aurait-il aimé lui-même pouvoir parcourir une nouvelle fois le chemin en agissant différemment ? Rien ne permet de le dire, lui qui affirma un jour qu’il avait été chanceux d’échouer quelques fois dans sa vie en étant trop ambitieux, plutôt que de réussir de façon banale.

Notons encore que Carlotta sort également en DVD/Blu-ray un autre Coppola de la même époque, Gardens of Stone (Jardins de pierre), sur des militaires affectés au cimetière d’Arlington en pleine guerre du Vietnam.

Jean-Charles Lemeunier

Peggy Sue s’est mariée
Année : 1986
Titre original : Peggy Sue Got Married
Origine : États-Unis
Réal. : Francis Ford Coppola
Scén. : Jerry Leichtling, Arlene Sarner
Photo : Jordan Cronenweth
Musique : John Barry
Montage : Barry Malkin
Durée : 103 min
Avec Kathleen Turner, Nicolas Cage, Barry Miller, Catherine Hicks, Joan Allen, Kevin J. O’Connor, Jim Carrey, Don Murray, Sofia Coppola, Helen Hunt, Maureen O’Sullivan, Leon Ames, John Carradine…

Sortie en DVD et Blu-ray par Carlotta Films le 17 février 2021.

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