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S’il ne fallait retenir qu’une qualité de cette Blonde émoustillante, ce serait le sens du détail. Projeté au festival Lumière, à Lyon, ce 14 octobre, le film de Jiri Menzel datant de 1981 va ressortir en salles le 11 novembre avec deux autres fleurons de la filmo du cinéaste tchèque, Trains étroitement surveillés (dont nous avons parlé dans ces colonnes) et Alouettes, le fil à la patte.

Pourquoi le sens du détail ? Parce qu’ils sont nombreux, souvent cocasses, et qu’ils nourrissent les personnages, font avancer le récit, donnent de nombreuses indications et rendent très denses les humains qui peuplent le film. Il y a ces petits gestes que la caméra surprend sur le vif, comme si elle s’était attardée un peu trop alors que le scénario la demandait ailleurs.

Le héros du film, Francin (Jiri Schmitzer), marié à Maryska (Magda Vášáryová), l’émoustillante blonde du titre, est gérant d’une brasserie dans un village tchèque, aux alentours de 1920. Et, comme le liquide qu’il vend, il est lui-même sous pression constante. Au début du film, plusieurs administrés cravatés font l’inspection des lieux. Plutôt que suivre le groupe, la caméra reste en arrière. Le dernier du peloton regarde autour de lui avant de chiper un objet qu’il fourre dans sa veste. Il y a encore ce frère, Pepin (Jaromír Hanzlík), qui débarque subitement et qui s’époumone chaque fois qu’il ouvre la bouche pour raconter une histoire. Et il en raconte, des histoires. Et cette colle à bois que Pepin utilise pour fabriquer des chaussures et dont Francin, qui vient pour le faire taire, s’enduit les doigts. Colle qu’il refile, à la manière du capitaine Haddock avec son sparadrap, aux notables en plein conseil d’administration.

Une phrase, un geste, un tic, une maladresse suffisent pour établir un portrait précis de tous les personnages, petites gens ou bourgeois suffisants. Citons encore la moto pétaradante de Francin que les villageois sont obligés de pousser chaque fois qu’il veut repartir. Ou ces deux gamins que le coiffeur met à la porte pour recevoir Maryska. L’un des deux n’a qu’une moitié de coupe. Tout cela étoffe le film sans aller spécifiquement dans le sens du scénario. Ce ne sont que de petits détails qui sont très importants pour rendre tout ce petit monde attachant et proche de la vraie vie.

Un seul personnage semble totalement irréel, c’est Maryska, sorte de fantasme rêvé qui tourne la tête à tous les mâles des environs. Cette jolie blonde émoustillante, avec sa longue chevelure qui lui descend jusqu’aux fesses, n’a pas de tic qui la particularise, pas de geste qui la ridiculise. Elle est, au centre de tous ces péquenauds, telle une déesse, une star hollywoodienne et la séquence du bain la consacre en tant que telle.

Tout au long du film, un érotisme bienveillant, bon enfant, se glisse, célébrant la femme et la beauté, du bain déjà cité au pied bandé et à la fessée finale. « La femme est le mal », proclame un villageois à son ami. Maryska passe alors en vélo devant eux. « Qu’est-ce que je disais ? Ah oui, la femme est le seul bien que nous ayons. »

La belle Maryska est malgré tout sujette à un gag lorsque sa longue chevelure blonde qu’une main caresse devient, quand la caméra s’éloigne, tout à fait autre chose. Là encore, la technique, un travelling arrière, se fait la complice de Menzel et de son petit jeu avec le spectateur. Et si le cinéaste a de la tendresse pour tous, certains de ses personnages se rebiffent parfois : « Le corps de sapeurs pompiers est constitué de bénévoles, affirme leur chef. Ce ne sont pas les pompiers d’une comédie à la Lupino Lane. » Alors que la séquence qui précède est digne de la grande époque du burlesque américain.

Nettement moins politique que les deux autres films de Menzel qui ressortent en même temps en salles, Une blonde émoustillante ressemble à une fraîche parenthèse, comme si le cinéaste avait envie de poser sa caméra dans une campagne qui appartient au passé et de regarder ce qui s’y passe avec un sourire bienveillant. Encore qu’en cherchant la petite bête, on pourrait voir en Pepin, le frangin gueulard et plein de vie, celui qui fait virevolter Maryska quand il danse avec elle, celui qui grimpe au sommet des toits, le symbole d’une jeunesse décidée à secouer le joug qui pèse sur sa tête, tandis que Francin, sage et réfléchi, occupé par ses responsabilités, peureux devant tout, reste un concept qu’il faut dépasser. D’autant plus qu’il est dit que les membres du conseil d’administration appartiennent au Sokol, un mouvement qui s’appuie sur la gymnastique et le patriotisme. N’allons pas nous méprendre. Menzel ne montre ici aucun signe de rébellion, aucune distance ironique par rapport à son sujet. Il évoque juste, en passant, le modernisme et, aussi, la liberté. Ce besoin de liberté qui était vrai tout autant dans la Tchécoslovaquie des années vingt que dans celle des années quatre-vingt. Et qui le reste n’importe où, à n’importe quelle époque. Et, heu, oui, même en période de couvre-feu, ce qui n’est plus du tout facile à mettre en pratique.

Jean-Charles Lemeunier

Une blonde émoustillante
Année : 1981
Titre original : Postřižiny
Origine : Tchécoslovaquie
Réal. : Jiri Menzel
Scén. : Jiri Menzel d’après Bohumil Hrabal
Photo : Jaromir Sofr
Musique : Jiri Sust
Montage : Jiri Brozek
Durée : 93 min
Avec Magda Vášáryová, Jiri Schmitzer, Jaromir Hanzlik, Rudolf Hrusinsky, Bohumil Hrabal…

Sortie en salles par Malavida le 11 novembre 2020 avec deux autres films de Jiri Menzel, Trains étroitement surveillés et Alouettes, le fil à la patte.

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