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Une tragédie burlesque plutôt qu’une comédie dramatique, c’est ainsi qu’Albert Dupontel, réalisateur, scénariste et interprète d’Adieu les cons, a défini son film lors de l’avant-première qui était programmée à Lyon à l’occasion du festival Lumière.

Malgré son titre rentre-dedans, ce n’est pas à un jeu de massacre que nous convie Dupontel mais à un film d’amour. « C’est l’histoire d’un inhibé dépressif que je connais bien au quotidien », résume-t-il. Venu rencontrer le public à l’issue de la projection — il n’aime pas parler avant, alors que personne n’a encore vu le film —, Dupontel parle à cent à l’heure, raconte des anecdotes, évoque ses influences sans jamais prendre la posture de l’artiste sûr de lui. Il se considère comme un artisan et il reconnaîtra le lendemain, lors de sa master class, qu’« Adieu les cons est le dommage collatéral de Brazil« . Il poursuit : « Je suis un condensé de plein de choses, ce qui donne à mon cinéma ce que certains appellent de l’originalité. »

La master class à la Comédie Odéon de Lyon, avec Thierry Frémaux, directeur du festival Lumière

Adieu les cons prend le parti de personnages en perdition, incarnés à la perfection par Virginie Efira, Dupontel lui-même, Nicolas Marié (génial en aveugle), Jackie Berroyer (formidable en vieux docteur accablé d’Alzheimer) et quelques autres. Cela ne fait aucun doute que Dupontel est un véritable auteur et que son univers évolue avec le temps. L’acteur-réalisateur semble s’être calmé depuis Bernie et le personnage qu’il interprète dans Adieu les cons ne montre ici pas même l’ombre d’un énervement, tel qu’il en avait encore un peu dans 9 mois ferme. La rébellion est toujours là, l’infinie lassitude devant ce monde qui nous échappe de plus en plus mais c’est à la tendresse que JB, le cadre en informatique d’Adieu les cons, se laisse aller après le désespoir, à la tendresse plus qu’à la colère.

Les gens qui peuplent les films d’Albert, ceux que les vagues ont déposés sur la berge et qui ne suivent plus le courant, se retrouvent toujours. Fatalement. Comme des aimants, ils s’attirent. À tel point qu’ils ont beau être entraînés d’un bout de la ville à l’autre, ils se recroiseront au détour du chemin.

Et c’est ce qui arrive à Suze (Virginie Efira), condamnée par une maladie, à JB (Albert Dupontel), dépassé par plus jeune que lui au sein de son entreprise, et à M. Blin (Nicolas Marié), l’archiviste aveugle. Face à eux, et plutôt contre que pour, quasiment tous les autres à de rares exceptions près. On pourrait reprocher au cinéaste la sagesse qui semble s’emparer de ces délaissés. Ceux-là, bien que beaucoup moins fêlés que ceux de Bernie ou Enfermés dehors, laissent néanmoins passer encore quelque lumière. Et cette tendresse qui s’empare du scénario contamine de son plein gré le spectateur. Qui se dira, à l’issue de la projection, que oui, il a aimé aimer le trio bringuebalant et qu’il ne regrette pas de ne pas l’avoir vu terrasser du con aussi sûrement que la dialectique cassait des briques dans les années soixante-dix.

Comme pour donner raison à ceux qui sont contents d’avoir vu Adieu les cons, dont je fais partie, Dupontel affirme que « le meilleur goût, c’est votre goût ». « Dans ce film, explique-t-il encore, pensé il y a sept ans et écrit il y a deux ans et demi, je ne pointe personne du doigt.. »

« Le cinéma me fait outrageusement voyager. »

Cela ne surprendra pas grand monde, Dupontel est un cinéphile. Un de ceux qui, enfant, découvrait des joyaux à la télé pendant que le reste de la famille achevait le repas et qui cachait son émotion aux autres. Ainsi la mort de Joanna Shimkus dans Les aventuriers de Robert Enrico, « sur la musique de François de Roubaix ». Il cite ainsi parmi ses films de chevet, et ils sont très nombreux, ceux des frères Coen, de Terry Gilliam (qui apparaît dans Adieu les cons), de Max Ophuls, Panique de Duvivier, Le dernier des hommes de Murnau, tout Chaplin, avec une préférence pour Le Kid, 8 1/2 de Fellini, La grande belleza de Sorrentino, Mulholland Drive, Buffet froid, Quand passent les cigognes, tout Miyazaki , Ken Loach, Bresson… Et c’est bien à cela qu’on reconnaît un vrai cinéphile, « un cinéphage devenu cinéphile », corrige-t-il, à cette démangeaison de citer le plus possible de titres, de ne pas en oublier, ce serait trop injuste, de rebondir de l’un à l’autre. « La France est peut-être le dernier bastion cinéphile au monde. »

Alors qu’il est élève d’Antoine Vitez à Chaillot, Dupontel sèche beaucoup les cours de théâtre pour courir à la cinémathèque voisine, « pour voir les films de von Stroheim ». « Le cinéma me fait outrageusement voyager. C’est peut-être lié à ma peur atavique de la réalité. »

Plus que jamais, Dupontel revendique l’aspect artisanal du métier  : « La mise en scène, c’est la maçonnerie, l’écriture l’architecture. Je suis un autodidacte, ce qui signifie chercher dans une culture ce dont on a besoin. » Cet « optimiste sceptique », ainsi qu’il se qualifie, continue à croire au genre humain. « Je crois qu’on peut parler à un supporter mais que c’est compliqué de le faire à un stade entier… Je commente l’époque déviante que je traverse, je traduis le monde tel que je le perçois. »

Jean-Charles Lemeunier

Adieu les cons
Année  : 2020
Origine  : France
Réal., scén.  : Albert Dupontel
Photo  : Alexis Kavyrchine
Musique  : Christophe Julien
Montage  : Christophe Pinel
Durée  : 87 min
Avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Michel Vuillermoz, Jackie Berroyer, Bouli Lanners, Philippe Uchan, Laurent Stocker, Terry Gilliam,, Kyan Khojandi, Grégoire Ludig, David Marsais…

Sortie en salles le 21 octobre 2020.

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