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Christopher Nolan, qui a truffé le scénario de son dernier film d’une quantité d’éléments scientifiques qui pourront en perdre plus d’un, connaît certainement le chat de Schrödinger. Dans cette expérience menée par un physicien autrichien en 1935 et relevant de la mécanique quantique, on enferme un chat dans une boîte avec un flacon de gaz mortel et une source radioactive. Le chat peut mourir mais il peut aussi demeurer vivant. Donc, selon Schrödinger, l’animal est à la fois vivant et mort.

 

 

Il en va de même pour le spectateur de Tenet qui est, à la fois, dans et hors du film, à la fois tenu et paumé par le scénario, à la fois concerné et perdu. Tenet ressemble à un James Bond tant y sont présents beaucoup d’éléments bondiens : une ouverture fracassante à laquelle on ne comprend pas grand chose et où on a du mal à saisir qui se bat contre qui, un héros indestructible, un méchant parfait, une jolie femme qui se retrouve entre les deux camps, des tas de mines patibulaires qui secondent le méchant, quelques mecs sympathiques du côté du gentil, une autre femme entre deux âges et, elle aussi, entre deux camps, des explosions, ah, ça oui, des explosions, et des bastons. Et n’oublions pas l’adversaire russe qui nous renvoie au bon temps de la guerre froide. Bref, voilà de quoi faire un bon Bond. Avec, cerise sur le gâteau qui prouve que la candidature d’Idris Elba dans le rôle de 007 était tout à fait fondée, c’est John David Washington qui incarne le héros de Tenet. Fils de Denzel Washington, le comédien noir a été révélé au cinéma par BlacKkKlansman de Spike Lee et il est très bien et très crédible dans son rôle d’agent. Et donc, comme son nom ne pouvait Bond, James Bond, le personnage que joue JDW ne porte pas de nom. Il est, simplement, le protagoniste.

 

Notorious (Les enchaînés) d’Alfred Hitchcock

 

Hitchcock s’en était amusé, peu importe le MacGuffin, c’est à dire la chose après laquelle courent tous les personnages d’un film d’action, pourvu que le spectateur prenne du plaisir à suivre leurs aventures. Pour sir Alfred, ce pouvait être une chanson, un secret planqué dans la mémoire d’un artiste de music-hall ou de l’uranium en bouteille, peu importait le flacon pourvu que le public ait l’ivresse. Dans Tenet, bons et méchants courent eux aussi après un MacGuffin au parfum scientifique mais qui échappe totalement aux spectateurs comme leur échappaient dans le temps la chansonnette, le savoir de Mister Memory ou cette poudre noirâtre radioactive cachée dans du Pommard.

 

 

Force est quand même de constater que le spectateur de ce début de XXIe siècle, tout masqué qu’il soit, est beaucoup plus demandeur d’informations que ses parents ou grands-parents qui n’allaient au cinéma que pour passer du bon temps. Lui, il veut comprendre. Et bon, ce temps à rebours inventé dans Tenet est une très bonne idée visuelle mais est-ce que cela tient mieux la route qu’un plus simple voyage dans le temps, comme on en a vu tant et plus depuis H.G. Wells ? Certes, le voyage dans le temps ne permet pas une course poursuite en arrière — mais est-ce que cela apporte vraiment quelque chose de plus ? — ni des mecs allant dans un sens et d’autres dans l’autre, si vous voyez ce que je veux dire. Est-ce que tout cela n’est pas plutôt feintes scénaristiques pour rendre moins classiques des séquences vues et revues cent fois ? La question reste posée.

 

 

On ne peut reprocher à Nolan la teneur et la tenue de son Tenet. Il n’y a rien à redire — sauf sans doute que c’est parfois un peu long, surtout le combat final. Parlons enfin de Robert Pattinson, sans doute plus mystérieux encore que son personnage, et de la belle et immense Elizabeth Debicki, qui dépasse d’une tête tout le monde. Tout est donc bien foutu, bien joué, le gentil est très bien et le méchant, composé avec délectation par Kenneth Branagh, digne de celui de… Ah, j’ai son nom sur le bout de la langue… Vous savez, cet agent secret britannique qui possède un permis de tuer et qu’on nomme aussi par trois chiffres. Enfin, bref, le méchant de Tenet est à la hauteur du Dr No, de Blofeld et autres Tiago Rodriguez.

 

 

Branagh, puisqu’on parle de lui, est un grand acteur shakespearien qui a aussi réalisé pas mal de films d’après le grand dramaturge élisabéthain. Dont un qui s’appelait Beaucoup de bruit pour rien. S’il vous plaît, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Tenet ? Et si c’était plutôt, au risque d’en choquer plusieurs, beaucoup de bruit pour… pas grand chose ?

Jean-Charles Lemeunier

Tenet
Année : 2020
Origine : États-Unis
Réal. et scén. : Christopher Nolan
Photo : Hoyte van Hoytema
Musique : Ludwig Göransson
Montage : Jennifer Lame
Prod. : Warner
Durée : 150 min
Avec John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki, Kenneth Branagh, Dimple Kapadia, Michael Caine, Martin Donovan, Clémence Poésy…

Sortie en salles le 26 août 2020.

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