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Quelle belle idée a eu BQHL Éditions de ressortir en DVD/Blu-ray The Poseidon Adventure (L’aventure du Poséidon), la vraie, celle de 1972 signée Ronald Neame, pas le remake de Wolfgang Petersen de 2006. L’air de rien, en 1972, le producteur Irwin Allen relança une mode, celle des films catastrophe qui, outre Le Poséidon, donna également La tour infernale en 1974, deux fleurons du genre. Allen n’en était pas à ses débuts puisqu’en 1961, il avait lui-même réalisé Voyage to the Bottom of the Sea (Le sous-marin de l’Apocalypse) qui mixait voyage sous les mers, fin du monde et monstres en tous genres.

L’aventure du Poséidon et La tour infernale marquèrent le gamin que j’étais alors et ces deux films, malgré toutes ces années qui auraient pu les rider comme de vieux pruneaux, conservent un charme intact et un suspense toujours puissant. Et puis, l’air de rien, Le Poséidon réunit à lui tout seul des éléments des futurs Titanic (le Nouvel An à bord d’un bateau, la catastrophe maritime, l’armateur incompétent en lutte contre le commandant, les passagers qui cherchent à s’en sortir par leurs propres moyens, souvent contre l’avis de l’équipage) et un tsunami qu’on connaissait mal à l’époque, malheureusement dans l’esprit de tous aujourd’hui.

Il est vrai que les premières scènes du Poséidon peuvent susciter le sourire. Non pas à cause d’un défaut du film ou du scénario. C’est que Ronald Neame a confié le rôle du commandant du vaisseau à Leslie Nielsen, un acteur tout ce qu’il y a de sérieux puisqu’il avait été le jeune premier de Planète interdite et l’interprète de quantité de films. Le hic, c’est qu’à partir de 1980 et de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? des frères Zucker et de Jim Abrahams, Nielsen est devenu une vedette comique et que, sitôt l’apparition de son visage à l’écran, on ne peut s’empêcher de penser à la série des Y a-t-il un flic ? Ici, en tout cas, il n’y aura pas de flic pour sauver le Poséidon, pas même un commandant, mais un curé.

 

 

C’est en effet dans ce rôle qu’apparaît tout de suite après Gene Hackman, qui venait juste d’atteindre la célébrité l’année précédente avec French Connection. Face au curé à l’ancienne (Arthur O’Connell), Hackman incarne ici un prêtre moderne, opposé aux prières pleurnichardes. Aide-toi et le Ciel t’aidera semble être son mot d’ordre. « Dieu aime les winners » clamera-t-il encore. Ce personnage est très significatif de l’époque. Il ne faut pas oublier que, quelques mois avant la sortie du Poséidon, les spectateurs américains venaient d’apprécier Robert Mitchum dans La colère de Dieu de Ralph Nelson, dans lequel sa soutane se rapprochait plus des fringues d’un baroudeur que de celle de l’abbé Pierre. Les temps changeaient et les prêtres aussi.

 

 

Ronald Neame passe ensuite à la présentation des différents personnages : les couples Ernest Borgnine-Stella Stevens, Shelley Winters-Jack Albertson, le célibataire Red Buttons, la jeune fille Pamela Sue Martin et son petit frère Je-sais-tout Eric Shea, la chanteuse Carol Lynley, le serveur Roddy McDowall. Un petit mot sur les pectoraux de Borgnine, apprécié dans les films de Peckinpah et ici placé au premier plan, et sur ceux de Stella Stevens, mis en valeur par une curieuse robe bleue.

 

Ajoutons encore l’impressionnante prestation de Shelley Winters en grosse dame de service, dont se moque assez cruellement Stella Stevens. Et la séquence du passage de tous les rescapés à travers un étage du bateau rempli d’eau reste formidable. Mais n’anticipons pas.

 

 

Assez rapidement après les séquences d’introduction des personnages, c’est la catastrophe. Sur son trajet New York-Athènes, le Poséidon est déjà au large de la Crète lorsqu’une vague gigantesque le percute et le retourne comme une crêpe un jour de Chandeleur. Séquence qui fait encore son petit effet aujourd’hui. À partir de là, l’aventure humaine peut commencer, navigant entre humour et tension extrême et tenant le spectateur aux tripes plus d’une fois. Le tout accentué par la musique de John Williams.

 

 

Il faut saluer les inventions scénaristiques, dues sans doute tout autant à l’auteur du roman d’origine, Paul Gallico, qu’aux scénaristes Stirling Silliphant et Wendell Mayes. Saluer aussi le chef décorateur (William Creber) qui invente un salon de coiffure ou des toilettes à l’envers et les effets spéciaux qui rendent tout cela bien réel.

C’est bête mais c’est ainsi : les films catastrophe, on ne s’en lasse pas. Ajoutons à ce plaisir les nombreux bonus que propose BQHL : des commentaires audio, le making-of, des reportages sur Irwin Allen et Ronald Neame et une comparaison entre le storyboard et certaines séquences.

Jean-Charles Lemeunier

L’aventure du Poséidon
Titre original : The Poseidon Adventure
Année : 1972
Origine : États-Unis
Réal. : Ronald Neame
Scén. : Stirling Silliphant, Wendell Mayes d’après Paul Gallico
Photo : Harold E. Stine
Musique : John Williams
Montage : Harold F. Kress
Prod. : Irwin Allen
Distr. : Twentieth Century Fox
Durée : 117 min
Avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Carol Lynley, Roddy McDowall, Stella Stevens, Shelley Winters, Jack Albertson, Pamela Sue Martin, Arthur O’Connell, Eric Shea, Leslie Nielsen…

Sortie en DVD et Blu-ray chez BQHL Éditions le 25 avril 2019.

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