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On l’attendait, ce Dead Don’t Die dont Jim Jarmusch nous gratifiait et qui allait ouvrir le 72e festival de Cannes. On l’attendait d’autant plus que le soleil était au rendez-vous de ce premier jour — ça n’allait pas durer — et que, alors que les stars montaient les marches d’un côté, la presse faisait le pied de grue devant la salle Debussy. Allait-on pouvoir entrer ou pas, vu le nombre ? À Cannes, la question se pose toujours. Enfin, tout dépend de votre accréditation et de sa couleur (il existe une hiérarchie dans les badges « Presse »). Et faut avouer que lorsque vous grimpez à votre tour les marches de Debussy, vous ne regardez pas derrière vous s’il y a plus malchanceux.

 

 

Les lumières s’éteignent et, déjà, vous savourez à l’avance toutes les promesses du générique : un film de zombies de Jarmusch avec Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Tom Waits, Danny Glover, Iggy Pop, Chloë Sevigny… Il va pourtant falloir déchanter assez rapidement. Hélas, le canular subversif n’est pas vraiment dans les cordes du pauvre Jim et les zombies ne seront pas à la hauteur des vampires précédemment mis en scène dans Only Lovers Left Alive. Car la poésie inhérente à la filmographie du cinéaste est ici absente.

 

 

Romero nous y a habitués : un film de zombies ne peut être que critique envers la société et ceux qui, dans Zombie (1978), poussaient tristement leurs caddies au sein d’un supermarché se sont sacrément imprimés dans nos mémoires. Alors, voir ici des zombies réclamer du wifi en sortant de la tombe, un smartphone à la main, n’a plus la même force séditieuse. Et ce n’est pas la présence parmi eux d’Iggy Pop et de Carol Kane qui nous console du gâchis. Reconnaissons qu’Iggy ne fait en tout et pour tout que deux-trois grimaces avant de disparaître et que Tom Waits, en homme des bois et après un « Fuck » lancé aux flics, se contente de regarder ce qui se passe à la jumelle. Sans rien de plus. Quant à Tilda… La grande Tilda Swinton, elle hésite, hélas, entre Kill Bill et le désespoir.

Plus morts que vifs

La déception est trop forte. Comment tant de talents réunis peuvent-ils donner quelque chose d’aussi plat et bavard, finalement vu et revu depuis des décennies ? Que de parlotte entre le shérif Bill Murray et son adjoint Adam Driver dans leur voiture de police ! Les acteurs sont bien, on ne peut se permettre de critiquer les deux précités, mais Jarmusch leur laisse peu de choix dans ce scénario assez téléphoné, même s’il se veut critique de l’administration Trump et de son climato-scepticisme. Ainsi en est-il des trois jeunes qui débarquent dans la ville (dont Selena Gomez en petit short) : ils ne servent à rien et Jarmusch n’en fait rien. Quel dommage. De même, quelques gags récurrents n’amènent qu’un sourire tant leur sujet (les protagonistes qui parlent du film qu’on est en train de visionner) ont une sonorité déjà entendue ailleurs. Certains critiques (dont François Forestier) ont évoqué la paresse à propos du scénario et c’est vrai que Jarmusch ne semble pas avoir été chercher très loin la plupart des idées qui l’émaillent.

 

 

Parmi tous ces excellents acteurs, j’en retiendrai deux : Danny Glover et Steve Buscemi. Deux qui, dans le film, se détestent parce que Buscemi incarne un fermier obtus et raciste et que Glover est l’objet de cette intolérance stupide. Découle de cet affrontement une très belle scène, sur la fin, entre Bill Murray et Danny Glover, lorsque (attention, spoil), Murray refuse d’abattre un Glover zombifié parce que Glover, malgré ce sort funeste, reste un type bien. Alors que le même Murray se réjouit de ce qu’il advient à Buscemi. C’est sans doute la séquence — celle entre Murray et Glover — qui mérite de rester jusqu’au bout de ce film au finale improbable, rajouté, griffonné sur un coin de table pour dire qu’il fallait trouver une chute.

 

 

Les morts ne meurent pas, annonce littéralement le film. Les films sur les morts-vivants, en revanche, semblent parfois, malheureusement, plus morts que vifs.

Jean-Charles Lemeunier

The Dead Don’t Die
Année : 2019
Origine : États-Unis
Réal. et scén. : Jim Jarmusch
Photo : Frederick Elmes
Montage : Alfonso Gonçalves
Durée : 103 minutes
Avec Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Caleb Landry Jones, Rosie Perez, Iggy Pop, Sara Driver, RZA, Carol Kane, Selena Gomez, Tom Waits, Austin Butler…

Film d’ouverture du festival de Cannes présenté le 14 mai 2019, sorti en salles le 15 mai 2019.

 

2 réflexions sur “« The Dead Don’t Die » de Jim Jarmusch : Les morts sous l’Estérel

  1. Mais il y a longtemps que Jarmusch est chiant, depuis son épouvantable « Stranger than paradise ». Regardez la sequence du train dans « Dead man » où Depp est filmé n’importe comment. Jarmusch est une créature médiatique et capillaire. C’est un paresseux, branleur, sous substance. Mais avec des acteurs connus, tu es à Cannes, alors pourquoi se crever le ciboulot…

    • Je vous trouve la dent un peu dure… Je garde un bon souvenir de « Paterson », par exemple, même s’il ne s’y passe pas grand chose. Mais ce sont des questions de goûts et de couleurs (de cheveux).

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