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A Bron, en région lyonnaise, la 28e édition du festival Drôle d’endroit pour des rencontres ne désemplit pas. Ce 26 janvier, au cinéma Les Alizés, Pierre Godeau présentait son nouveau film, Raoul Taburin, adapté de la bande dessinée de Sempé (voir interview de Pierre Godeau ici).

Dans un petit village (le film a été tourné à Venterol, dans la Drôme) symbolique de cette France profonde tant vantée par Astérix (contemporain des premières aventures du Petit Nicolas), le fils du boucher devient boucher, la fille de l’opticien opticienne et il est logique que le fils du facteur chevauche à son tour un vélo. Seulement, Raoul Taburin, le fils du facteur, a un problème : il n’est pas fichu de tenir sur deux roues sans chuter. Ce qui, vous l’avouerez, pour le fils d’un facteur de village, ça se pose là. Donc Raoul, feignant d’être un champion du biclou (les gens ne voyant finalement que ce qu’ils veulent bien voir), se rabat sur la réparation de vélos. Et quelle est jolie cette image de l’enfant, puis de l’adolescent, et de l’homme enfin qui parcourt les chemins en tenant son vélo à la main, marchant à côté. Ou, parfois, devant, comme par magie. Car il y a beaucoup de magie dans une histoire simple.

 

 

Raoul ne montera finalement que très peu sur son vélo, quelquefois sur la selle et pas du tout en danseuse. De celle-ci, le personnage a malgré tout la grâce et la fragilité, la poésie du cygne blessé. Le film de Pierre Godeau suit ainsi gentiment Raoul à tous les âges (adulte, c’est Benoît Poelvoorde) sans que jamais il n’ait pu avouer à qui que ce soit son handicap. On pourrait reprocher bien sûr à cette micro-société d’être un peu rance, franco-française, éloignée des vrais problèmes mais aurait-on le culot de faire les mêmes griefs au Jour de fête de Jacques Tati, par exemple, que Pierre Godeau avoue avoir revu pour la préparation de son film ainsi que de nombreux autres longs-métrages du grand Monsieur Hulot, un personnage avec qui Tati se confond ? Non, bien sûr. Bon, n’exagérons pas : Godeau n’est pas Hulot, Raoul n’a pas récupéré son vélo chez Tati mais l’ombre et l’âme de Sempé, sa poésie, flottent sur ce film qui se bonifie chaque fois que l’on pense à lui. Car, comme chez Sempé, ce qui paraît gentillet et simple à première vue prend de l’étoffe, de l’épaisseur. Les personnages qui peuplent le village ne sont ni gais ni tristes, ils se contentent de vivre dans un simili-confort, sans problème apparent (alors que, c’est bien connu, les enjeux métaphysiques restent cachés), tellement accrochés à leur vie sans histoire qu’ils se croient obligés de transformer les mots, de les sacraliser en les désignant par le nom de celui qui les représente. Vous ne comprenez pas ? Puisque les lunettes sont vendues par M. Bifaille, on les appelle désormais des bifailles. Le vélo, ce sera le taburin puisque Raoul les répare et la photo, la figougne, une fois qu’aura débarqué dans le village Hervé Figougne (Édouard Baer), photographe de son état. On ne peut pas nier cet aspect Amélie Poulain qui colle à Raoul Taburin, ce qui est somme toute normal, Guillaume Laurant ayant participé à l’écriture des deux opus.

 

 

Le temps ne semble pas avoir prise sur le village mais il en a sur le spectateur. Au fur et à mesure que le récit se déroule, celui-ci s’apprivoise, perçoit de mieux en mieux la poésie qui baigne l’histoire, lâche son guidon et se laisse prendre par la main, entraîner et donner à son tour un coup de pédale pour que Raoul se sorte de son désarroi. Ce que Pierre Godeau dit de Sempé et de « son regard plein de tendresse, d’humour, de mélancolie, de poésie sur les petites situations de la vie », on le retrouve dans le film. Et cette « fable sur les petits combats » dépasse finalement la première impression.

Jean-Charles Lemeunier

« Raoul Taburin » de Pierre Godeau, sortie le 17 avril 2019 par Pathé Distribution

 

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