Home

Comme la Nola Darling de Spike Lee, sa presque homonyme Claire Darling n’en fait qu’à sa tête. Incarnée par Catherine Deneuve, elle est l’héroïne du nouveau film de Julie Bertuccelli, La dernière folie de Claire Darling. La réalisatrice était présente avant-hier, lors de l’inauguration du festival Drôle d’endroit pour des rencontres, organisé par le cinéma Les Alizés à Bron, dans la banlieue lyonnaise.

Dans sa belle maison bourgeoise de l’Oise, Claire Darling se réveille un matin en se disant qu’elle va vivre son dernier jour. Elle décide donc d’organiser un vaste vide-grenier au cours duquel seront vendus à bas prix ses souvenirs.

 

 

Lorsque les lumières se rallument, on se dit que cette Dernière folie, pour touchante qu’elle soit, est un peu trop appuyée, le drame côtoyant les fantômes, les moments d’égarement se confondant avec ceux de lucidité, pour convaincre vraiment. L’interprétation de Catherine Deneuve n’est pas en cause ni celle de Chiara Mastroianni qui joue sa fille. Il se pose sans doute le même problème avec Moi, maman, ma mère et moi de Christophe Le Masne, présenté lui aussi pendant le festival et où, là encore, un fantôme – ou plutôt une vérité trop rapidement enfouie dans le subconscient – amène une révélation. Mais Christophe Le Masne traite son sujet sur le ton de la comédie, une comédie certes psychanalytique et prenant des allures tragiques, mais comédie tout de même. La dernière folie creuse davantage le sillon poétique, qui n’est pas absent de Moi, maman, sans toujours parvenir à son but.

 

 

Il faudra toute l’intelligence et la délicatesse de Julie Bertuccelli pour nous ouvrir quelques autres portes au sujet de sa Claire Darling. La réalisatrice avoue appartenir à une famille de collectionneurs et précise que La dernière folie traite, comme beaucoup de ses autres films, de la famille, des relations mère-fille et du deuil. Avec Sophie Fillières, la réalisatrice a donc adapté et s’est réapproprié le livre de la Texane Lynda Rutledge, Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling. « Nous avons changé beaucoup de choses, y compris dans le choix des objets qui entourent Claire Darling. Dans le livre, n’existaient pas les automates ni les animaux empaillés ni même le cirque qui arrive dans le village. Les objets sont de petits cailloux qui nous font suivre un chemin. L’héroïne était plus ouvertement Alzheimer et je ne voulais pas que le film soit réduit à la description de cette maladie émouvante et forte. Je préférais qu’il y ait le vertige de tout ce qu’une vie peut amener de rêves, de visions, d’oublis. On peut se demander si Claire Darling perd vraiment la mémoire, joue ou manipule. »

Sur les objets, qui ont aussi leur importance dans le livre, surtout « la bague et l’horloge-éléphant », Julie Bertuccelli précise : « Ma grand-mère collectionnait les automates, une madeleine très puissante pour moi. Si nous étions nous-mêmes des automates, quel plaisir alors d’être remontés et de toujours danser. Quant au papillon, c’est mon hommage personnel à Vladimir Nabokov. »

 

 

Et l’on comprend alors comment peuvent s’entremêler dans un film, sans que le spectateur comprenne toutes les allusions, la fiction et l’intimité de son auteur.

Jean-Charles Lemeunier

La dernière folie de Claire Darling de Julie Bertuccelli, sortie le 6 février 2019 (Pyramide Distribution).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s