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Quiconque s’est un jour intéressé à la jungle sait très bien que Tarzan n’en est pas la seule attraction touristique. Que dire de Panther Girl, de Lona (La sauvageonne), de Sheena et, à partir des florissantes années soixante et soixante-dix, de ces sylvestres héroïnes : Luana (Fille de la jungle), Liane (La sauvageonne et L’esclave blanche), Samoa (Reine de la jungle ou Fille sauvage suivant le titre original ou la traduction française), Gungala (La vierge de la jungle et La panthère nue), Tarzana (Sexe sauvage) et de tant d’autres ?

Artus Films vient de lancer l’excellente idée de faire revivre dans une collection DVD Filles de la jungle ces beautés farouches dont on ne retrouve plus que quelques traces éparses sur Internet, sans pouvoir se mettre sous la dent leurs croquignolesques aventures forestières. Seule, à ma connaissance, Samoa eut droit à un DVD M6 Vidéo, couplée avec L’esclave de l’Orient. On en rêvait donc, Artus l’a fait et tant pis si, souvent, les films sont moins à la hauteur que les fantasmes que leur titre peut faire naître. On pourra néanmoins toujours les voir et les avoir, ce qui est normal dans toute bonne vidéothèque qui se respecte de fou de cinéma, comportant un vaste lot de films allant du chef-d’œuvre au nanar. Qui souvent se confondent d’ailleurs dans le cœur du cinéphile.

 

 

Les deux premiers titres mis sur le marché sont donc les deux Gungala, La vierge de la jungle (1967, La vergine della giungla) réalisé par Romano Ferrara sous le nom de Mike Williams et La panthère nue (1968, La pantera nuda) signé par Ruggero Deodato sous celui de Roger Rockfeller. Même si une femme dans la jungle a souvent été érotisée (souvenir ému de Tarzan et sa compagne, 1934), les Italiens décident, en cette fin d’années soixante, de passer à la vitesse supérieure. Pensée par un certain L.A. Rolhemann — qui, selon le site Archivio del cinema italiano, serait le scénariste Mino Roli —, Gungala (interprétée par la Danoise Kitty Swan, de son vrai nom Kirsten Svanholm) est une fille de la jungle qui se balade entièrement nue — mis à part un cache-sexe couleur chair filmé en gros plan par Deodato. La vierge de la jungle démarre donc au sein d’une tribu, symbolisée par des danseurs africains devant une idole. L’un s’approche de la divinité en bois et lâche une série de mots qui pourraient tout aussi bien être un idiome du continent africain que des noms de marques ou de joueurs du Lazio : Mango, Muru, Upepo, Moyo, Pena. Ce qui est bien avec ces films, c’est que le moindre buisson de la campagne romaine est susceptible de pousser là où le scénario le demande : la Malaisie de Samoa ou le Congo de Gungala. Et lorsqu’on voit de la savane, des crocodiles plongeant dans un fleuve ou des hippopotames, ils proviennent naturellement de stockshots. On sera en revanche très étonnés d’admirer, dans le second épisode, la toujours aussi jolie et aussi dénudée Gungala (toujours Kitty Swan, filmée au téléobjectif) gambader devant une montagne qui ressemble fort au Kilimandjaro, sur fond de troupeau de zèbres. C’est que, explique Ruggero Deodato dans l’excellente interview qui sert de bonus et qui est réalisée par Freak-O-Rama, il a obtenu de la production dix jours de tournage au Kenya. D’où la présence de crocos ou d’éléphants — et là, de zèbres — auprès des acteurs.

Gungala respecte la règle tacite imposée par les premiers Tarzan aussi sûrement qu’un théorème de Pythagore : le héros qui donne son nom au film doit apparaître au bout de la vingtième minute. On en parle avant, des plans sont pris en plongée comme si les personnages, une fois dans la jungle, étaient observés par quelqu’un placé en haut des arbres, mais on ne voit ni Tarzan ni Gungala. Du moins pas avant un long temps étiré pour mettre le spectateur en appétit. Gungala est vue exactement à la vingt-cinquième minute et, comble de malheur pour le spectateur mâle venu dans la salle de cinéma de l’époque guidé par son flair et par l’affiche, la jeune sauvageonne porte rapidement son regard sur la blonde Linda Veras. Qui, ce qui est normal puisque c’est une Européenne, est habillée. Alors Gungala, dont la caméra avait bien pris soin de filmer le diamant reposant entre ses deux seins nus, s’affuble d’oripeaux tricotés à même les lianes et scotchés sur sa poitrine et sur ses cuisses. Ce qui fait qu’elle aura beau par la suite bondir en tous sens, les fanfreluches resteront bien en place. Le hashtag balance ton porc n’existait pas encore sous peine de voir englober sous ce qualificatif toute une salle de cinéma.

 

 

Inscrit également au cahier des charges, le récit doit comporter une autre jolie fille, une Européenne. La blonde Linda Veras a déjà été citée, dans le deuxième film ce sera la brune Micaella Pignatelli. Il doit aussi y avoir un gentil et un méchant. Dans le premier film, Conrad Loth sera du bon côté tandis que Poldo Bendandi, une sorte de Folco Lulli qui aurait mal tourné, sera le gredin. Dans le second, Angelo Infanti et Jeff Tangen se partagent les rôles. Enfin, c’est une évidence, les Africains sont distribués sans ambiguïté : d’un côté, les porteurs gentils et serviles ; de l’autre, les tribus sauvages et méchantes, ici les Bakendas. Nouveauté dans Gungala, la panthère nue : la présence d’un Arabe (Alberto Terrani) qui, désirant unifier l’Afrique contre les Blancs, se place forcément dans le camp des méchants.

 

 

Si La vierge de la jungle se regarde par curiosité et sans déplaisir, force est de constater que La panthère nue est menée plus énergiquement par Deodato avec moult combats et, ce qui ajoute à l’intérêt, des sables mouvants. Deodato joue également sur la similitude entre les deux héroïnes et leurs désirs équivoques : la fille sauvage veut ressembler à l’Occidentale et l’Occidentale à la sauvage. Et puis, il y a tous ces détails qui sonnent tellement fin des sixties ou seventies. L’un des aventuriers, qui a pris fait et cause pour Gungala, veut prouver qu’elle est l’héritière d’une grande fortune (Tarzan n’est pas loin). Il se met donc à photographier la simili Lady Greystoke sous toutes les coutures, appuyée à l’épave d’un avion, sur fond de fleuve, digne de David Hemmings dans Blow Up.

 

 

Une fois ces deux DVD visionnés, serons-nous ivres de la jungle ? Certainement. Et l’on espère avec impatience les prochaines sorties, si tout se passe bien avec les deux premiers titres, de Liane la sauvageonne (1956) d’Eduard von Borsody, Liane l’esclave blanche (1957) de Hermann Leitner et Liane, die Tochter des Dschungels (1961) de Leitner et Borsody, de Luana, fille de la jungle (1968) de Roberto Infascelli, de Tarzana, sexe sauvage (1969) de Guido Malatesta. Et sans doute de quelques autres aux titres tout aussi appétissants.

Jean-Charles Lemeunier

« Gungala, la vierge de la jungle » et « Gungala, la panthère nue », édités en DVD par Artus Films le 4 décembre 2018.

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