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Vendu par Lobster Films, qui vient de l’éditer en DVD, comme « l’un des premiers films catastrophe de l’histoire du cinéma en version restaurée », Deluge (1933, Déluge) pourrait être résumé par une phrase. The place to be disent les Américains à propos de ces endroits où il convient d’être pour éviter les ennuis ou pour réussir dans la vie. The place to be, voilà une expression que l’on pourra utiliser de nombreuses fois à propos de cet étonnant et excitant film de Felix E. Feist et d’une de ses interprètes, Peggy Shannon.

 

 

Œuvre que l’on croyait perdue jusqu’à ce que le génial Forrest J. Ackerman en déniche une copie au fin fond d’une cinémathèque italienne, au début des années 80, Déluge démarre sur les chapeaux de roue par une catastrophe météorologique prévue par les scientifiques. Comme si l’on était dans Le jour d’après… mais avant. C’est là que j’en reviens à cette expression, l’endroit où être. Au début de ce film produit par la RKO, il vaut en effet mieux être où l’on est que dans le reste du monde, puisqu’on nous annonce des destructions au fur et à mesure. Plutôt à New York qu’en Californie submergée. Dans une maison que dans un gratte-ciel détruit par les séismes. Dans un tunnel que dans une cabane prise d’assaut par des individus aux mauvaises intentions et ainsi de suite. C’est là, au bon endroit, que nous faisons la connaissance de Claire, une très jolie nageuse, puisqu’incarnée par la très jolie Peggy Shannon, qui renonce à un record de natation parce qu’on vient la prévenir, alors qu’elle est en pleine préparation de son futur exploit, qu’il faut renoncer à cause de la catastrophe imminente.

 

 

Plus tard, elle et un autre homme (Sidney Blackmer, que l’on retrouvera en 1968 dans Rosemary’s Baby) seront toujours au bon endroit pour échapper au pire. L’autre intérêt de Déluge, outre la réussite des trucages (la destruction de New York vaut le coup d’œil) et l’originalité, pour l’époque, d’un tel scénario, est que le film est réalisé en 1933, soit un an avant la mise en place du code de censure. L’avantage de ces films Pré-Code, c’est qu’ils offrent des situations qu’on ne retrouvera plus guère par la suite dans le cinéma hollywoodien. Ainsi en est-il de ce plan qui voit un couple se coucher côte à côte ou de ces représentations frontales du désir sexuel (représenté par le talentueux et inquiétant Fred Kohler, mais pas seulement) et de l’infidélité avec même, en sous-entendu, l’idée d’un possible ménage à trois.

 

 

Curieusement, après ce film fort qui en dit long sur la nature humaine et son besoin égoïste de profiter des autres ou de suivre un chef, Felix Feist n’a pas particulièrement brillé dans le firmament californien. Malgré une carrière qui s’étend de 1930 à 1955, c’est tout juste si l’on retient de lui, après Déluge, quelques films noirs et le Donovan’s Brain inspiré de Curt Siodmak. En France, on connaît surtout son western avec Kirk Douglas, The Big Trees (1952, La vallée des géants). Sans doute parce que, tombé dans le domaine public, le film a été édité à moindre frais en DVD.

 

 

La plus grande découverte du film reste donc Peggy Shannon. L’actrice a débuté comme danseuse au sein des Ziegfeld Follies et la légende veut que la Paramount l’ait embauchée deux jours seulement après son arrivée à Hollywood, en 1931, en remplacement de Clara Bow, alors vedette incontournable du studio, victime d’une dépression nerveuse. The place to be ! Le travail intensif (16 heures par jour, si l’on en croit wikipedia) eut raison de la santé de la jeune Peggy, comme elle l’avait eu des nerfs de Clara Bow. Peggy devint alcoolique ce qui, progressivement, l’éloigna des feux de la rampe. En 1941, son second mari, le cameraman Albert Roberts, la retrouva affalée sur la table de son domicile, un verre vide à la main, morte d’une crise cardiaque à l’âge de 34 ans. Trois semaines plus tard, Roberts s’assit sur la même chaise et se fit sauter la cervelle à la 22 long-rifle. A cet endroit elle est morte, écrivit-il, et, par révérence, c’est à ce même endroit qu’il choisit de mourir. The place to be, je vous dis.

Jean-Charles Lemeunier

Déluge

Titre original : Deluge

Année : 1933

Origine : Etats-Unis

Réal. : Felix E. Feist

Scén. : Warren B. Duff, John F. Goodrich, d’après S. Fowler Wright

Photo : Norbert Brodine

Musique : Val Burton

Montage : Martin G. Cohn, Rose E. Loewinger

Prod. : RKO

Avec Peggy Shannon, Sidney Blackmer, Lois Wilson, Matt Moore, Fred Kohler…

Déluge est sorti en DVD chez Lobster Films le 8 décembre 2017.

 

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