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Si l’on est prêt à voir un gars se balader sur un rocher volant, quelques méchants avec des tenues de crocodiles en caoutchouc et un héros gentil passer son temps à affronter assez mollement son quasiment jumeau méchant — même brushing, même air niais, même pendentif —, alors on peut sereinement se frotter les mains à la vision du Justicier contre la reine des crocodiles, une œuvre de 1984 tout juste sortie en DVD chez Bach Films.

 

 

Il est vrai que ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de voir un film indonésien. Celui-ci, réalisé par un certain Ratno Timoer, porte le titre original de Golok setan et est aussi connu sous l’autre titre de Koral le justicier, alors que le justicier en question, incarné par Barry Prima qu’il ne faut surtout pas confondre avec son homologue américain Barry Primus, se nomme Mandala. Faut-il voir dans ce titre de seconde zone un vague jeu de mot et une encore plus vague allusion à une certaine lessive lavant plus blanc et éliminant les taches en douceur ? Tout est possible ! Bref, pour résumer l’action du Justicier: une méchante reine des crocodiles, l’affriolante Gudi Sintara, envoie un tout aussi méchant homme de main, Banyunjaga (Advent Bangun), kidnapper au cours d’une noce le jeune marié, malgré la résistance héroïque de sa future épouse (Enny Cristina) et d’un mec qui passait par là par hasard, Mandala (Barry Prima, donc).

 

 

Hormis quelques effets spéciaux à peine croyables (tant ils sont cheap), on doit bien avouer que l’action se languit de combats en combats, beaucoup moins intrépides que ceux auxquels se livrait Bruce Lee une dizaine d’années auparavant. Alors, outre les rochers qui planent aussi bien que le tapis d’Aladin, les têtes volent à grands coups de sabres, les corps aussi, mus par la seule volonté magique. Des mains s’envolent non pas des colombes mais des rayons laser et le cyclope qui apparaît soudain a l’œil qui luit comme une enseigne de sex-shop dans la nuit. Pourquoi choisir cette boutique plutôt qu’une autre ? Parce que la reine est un rien lubrique et se tape, si vous me permettez ce raccourci, tout ce qui bouge. Malgré tout, la poésie s’installe parfois, avec par exemple cette belle image de fleuve embrumé sur lequel les héros doivent s’embarquer au moyen d’un radeau. Et puis, certains détails, si vous regardez le film avec des amis et quelques packs, vous feront rigoler pas mal : ainsi, le meilleur remède à trouver pour un pauvre vieux malmené par des tortionnaires est… de lui couper les jambes. C’est aussi simple que cela et le pauvre homme couvert de sang se retrouve tout guilleret. Vénère, certes, d’avoir été amputé mais guilleret tout de même !

 

 

Mandala se laisse tourner la tête par la reine mais saura jusqu’au bout lui résister : un vrai anar dans ce nanar ! Le mot est lancé et c’est vrai que Le justicier contre la reine des crocodiles fait partie de ces sujets dont raffolent nos confrères de Nanarland. Et qui dit nanar dit petit pincement au cœur à la vision de tels films : on ne peut, certes, les encenser mais on ne peut non plus les descendre, tant leur conviction et leur naïveté désarment.

 

 

En bonus, Bach Films nous offre un second film en provenance de Chine et des Philippines celui-là, Au pays de la magie noire (1975) de Chin-Ku Lu et Wen Po Tu. Là encore, naïveté et malice font bon ménage. L’intrigue nous amène dans la jungle de Bornéo où le héros Man-Ying (Jason Pai Piao) part retrouver l’épave d’un avion et le trésor qu’il contient. Entre des confrontations avec des lépreux zombis et d’autres avec une tribu locale, le brave garçon tombe sur une très jolie native, Filona (Pinky De Leon), et en devient très rapidement amoureux. Un amour par ailleurs partagé. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le méchant sorcier du coin n’y trouvait à redire. Je ne vous l’ai pas dit, mais la jeune femme aussi est un peu sorcière. Donc, quand le gentil Man-Ying décide de rentrer au bercail tout en promettant de revenir, Filona lui fait jurer un amour éternel. Sous peine de quoi mourront les filles à qui il fait l’amour.

 

À mon avis, quand on a vu dans la jungle ce que Man-Ying a vu, on se méfie et on ne prend pas à la légère les menaces d’une amoureuse laissée pour compte dans sa forêt natale. Au pays de la magie noire est une plaisante série B, sans grands moyens, qui rassemble les divers éléments du cinéma d’exploitation, avec une intrigue peu avare de coups de poing, de dangers, d’érotisme et de magie. Malgré quelques séquences qui se voudraient érotico-romantiques, les deux réalisateurs, Chin-Ku Lu et Wen Po Tu, ne cherchent pas à duper le spectateur : leur héros Man-Ying a beau être amoureux, il n’en est pas moins homme. D’où problèmes !

 

 

Un seul regret : que ce film, Au pays de la magie noire, de même que Le justicier contre la reine des crocodiles, soient en vf. On aurait tellement aimé entendre les personnages s’exprimer en betawi, en tagalog ou en chinois, quels que soient leurs idiomes d’origine. Le plaisir n’en aurait été que plus grand.

Jean-Charles Lemeunier

Le justicier contre la reine des crocodiles et, en bonus, Au pays de la magie noire : DVD sorti chez Bach Films le 30 octobre 2017.

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