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Présenté lors du dernier festival Lumière de Lyon dans le cadre d’une rétrospective Clouzot, Miquette et sa mère — le film de 1950 sort à présent en combo DVD/Blu-ray chez Pathé — détonne dans la filmographie du cinéaste. Même si l’on y retrouve Louis Jouvet, son interprète de Quai des Orfèvres (1947), et, dans un rôle beaucoup moins important, Jeanne Fusier-Gir (apparue dans Le corbeau et Quai des Orfèvres), le sujet ne s’apparente pas du tout à l’univers noir auquel Clouzot nous a habitués. Il est vrai qu’à la même époque, Claude Autant-Lara signe une brillante adaptation de Feydeau avec Occupe-toi d’Amélie.

 

 

Miquette et sa mère est, avant tout, une comédie de Flers et Caillavet. Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet font partie de ces auteurs très prisés du théâtre de boulevard de la Belle Époque. Ils furent abondamment adaptés au cinéma, L’habit vert (1937) de Roger Richebé restant sans aucun doute l’un des films les plus connus tirés de leurs comédies. Le récit de cette jeune fille, aimée dans son village par un noble benêt et qui part à Paris devenir comédienne, devait plaire puisqu’il fut l’objet de trois adaptations entre 1934 et 1950, signées Henri Diamant-Berger, Jean Boyer et Henri-Georges Clouzot.

 

 

Miquette est donc une comédie désuète dans laquelle les acteurs cabotinent à tout-va, ce qui est inscrit, somme toute, dans le cahier des charges. Le surjeu est ici en surchauffe. Il n’est qu’à voir l’ouverture de Miquette, qui démarre sur une représentation du Cid donnée par Monchablon et sa troupe, un « drame en cinq actes de M. Pierre Corneille et Monchablon », comme on peut le lire sur l’affiche. Une troupe qui déclame, roule les « r », et les airs, gesticule. Il ne faut pas oublier que le rôle de Monchablon, le comédien quelque peu ringard que joue Jouvet et qui entraîne Miquette à Paris, fut créé sur scène par le grand Max Dearly et repris à l’écran par le non moins grand Michel Simon dans la version de 1934. Quant au marquis de La Tour Mirande, vieux beau sur le retour à qui Saturnin Fabre donne tout son panache, il a été interprété dans la version de 1940 par André Lefaur. On se doute que Jouvet et Fabre se sont glissés avec délice dans les défroques de ces personnages déjà si bien habillés par le passé.

 

 

Mais, redisons-le, la comédie n’est pas vraiment du ressort de Clouzot, en tout cas pas la comédie boulevardière (car il y a bien évidemment de belles scènes de comédie dans L’assassin habite au 21, par exemple). C’est donc qu’il faut chercher ailleurs l’intérêt du cinéaste pour la pièce de Flers et Caillavet. Déjà dans la description d’une troupe de théâtre de seconde zone. Ce sont sans doute là que se situent les meilleurs moments du film. Un peu comme si l’on voyait travailler ces comédiens décrits avec beaucoup de tendresse par Duvivier dans La fin du jour. Avec beaucoup d’intelligence, Clouzot et son scénariste Jean Ferry poursuivent leur histoire et les démêlés sentimentalo-comiques entre Danièle Delorme et Bourvil tout en nous montrant un spectacle joué par la troupe théâtrale de Monchablon, tant côté scène que côté coulisses. Entre l’interprète du cardinal de Richelieu qui a perdu son bouc (impayable Maurice Schutz à la voix complètement enrouée), ceux qui continuent à dire leur texte derrière le rideau tout en se changeant, celui qui produit les coups de tonnerre à grands coups de plaque métallique, les vagues que les acteurs sur scène reçoivent par seaux d’eau, tout est formidablement écrit et mis en scène.

 

 

Autre point qui a dû intéresser Clouzot, c’est le personnage de Miquette. Miquette, petite midinette qui rougit des atermoiements amoureux d’Urbain de La Tour Mirande (Bourvil) mais s’en agace aussi. Miquette qui va entrer à Paris dans ce monde si décrié à l’époque, si dévergondé des gens de théâtre. Et plus ou moins se laisser compter fleurette par l’oncle de son amoureux, le vieux marquis (Saturnin Fabre). En confiant le rôle à Danielle Delorme, Clouzot met le pied de la jeune actrice à l’étrier des personnages beaucoup plus complexes qu’elle va camper devant la caméra de Jacqueline Audry dans Gigi, Minne l’ingénue libertine ou Mitsou, trois films adaptés des écrits de Colette. Dans le film de Clouzot, Miquette devient une ingénue perverse, jamais sincère parce qu’amoureusement déçue et qui tourmente à loisir le pauvre Urbain/Bourvil (voir la scène fort drôle où ce dernier se met à tout casser). Alors, Miquette est amère ? Seule la candeur de Danièle Delorme peut, à certains moments, contredire ce que Clouzot lui fait jouer.

Jean-Charles Lemeunier

Miquette et sa mère
Année : 1950
Origine : France
Réal. : Henri-Georges Clouzot
Scén. : Henri-Georges Clouzot, Jean Ferry d’après Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet
Photo : Armand Thirard
Musique : airs de 1900
Montage : Monique Kirsanoff
Durée : 96 minutes
Avec Danièle Delorme, Bourvil, Louis Jouvet, Saturnin Fabre, Mireille Perrey, Pauline Carton, Jeanne Fusier-Gir, Madeleine Suffel, Jean Temerson, Maurice Schutz, Philippe Nicaud, Louis Seigner…

Le combo DVD/Blu-ray sorti chez Pathé le 22 novembre 2017.

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