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Dans cet hommage que rend Malavida aux Tziganes avec la ressortie en salles de deux films, on s’intéresse immédiatement à celui qui fit connaître son auteur, Aleksandar Petrovic, en 1967 : J’ai même rencontré des Tziganes heureux. Et qui, programmé à Cannes Classics, au festival Lumière à Lyon, à Cinémed à Montpellier et au festival d’Arras, n’a rien perdu de sa gouaille. Avec en poche le Grand Prix du festival de Cannes 1967 et la nomination à l’Oscar du meilleur film étranger la même année, le Yougoslave Petrovic put poursuivre une carrière internationale. Annie Girardot faisait partie de la distribution de Il pleut dans mon village (1968), Ugo Tognazzi, Mimsy Farmer et Alain Cuny de celle du Maître et Marguerite (1972), Romy Schneider, Michel Galabru et Brad Dourif de celle de Portrait de groupe avec dame (1976) et Isabelle Huppert, Richard Berry, Bernard Blier et Erland Josephson de celle de Migrations (1989).

En revoyant aujourd’hui J’ai même rencontré des Tziganes heureux, on pense forcément au cinéma d’Emir Kusturica, que Petrovic a naturellement nourri. Présence des Tziganes, truculence, longues plages chantées, beuveries et personnages se battant contre la misère à grands coups d’arnaques, de bagarres, de raki et de femmes qu’on embrasse.

 

 

Tiré d’une chanson entendue dans le film, le titre n’est évidemment pas à prendre au pied de la lettre. Au contraire, Petrovic décrit une communauté qui vit dans la misère et, au-delà des plans folkloriques de vieilles femmes fumant la pipe ou d’enfants de 4-5 ans la clope au bec, il met l’accent sur la boue, la débrouille, les coups échangés tout autant entre hommes qu’entre hommes et femmes. Dans un autre film sorti également sur grand écran par Malavida, Rêves en rose (1977) de Dusan Hanak et qui lui aussi traite des relations épineuses avec la communauté tzigane, il est d’ailleurs dit : « Si les Tziganes ne battaient pas leurs femmes, elles penseraient qu’ils ne les aiment pas ! » Mais, plus encore que dans Rêves en rose, il y a du picaresque dans les images de J’ai même rencontré des Tziganes heureux mais aussi un constat social politiquement peu correct, surtout à l’époque et dans le pays — la Yougoslavie titiste — où le film a été tourné.

J’ai même rencontré des Tziganes heureux fait partie de cette vague contestataire apparu dans les années soixante et qui a bousculé les pays du bloc soviétique. Tant Les petites marguerites (1966) et les films de Milos Forman en Tchécoslovaquie que les premiers Polanski en Pologne, Jancso en Hongrie ou, bien sûr, Tarkovski en URSS, ne mettent plus l’État au-dessus de tout. Petrovic, quant à lui, dépeint une société archaïque dans laquelle les villes — voir les séquences à Belgrade — n’ont rien à envier aux campagnes. Malgré tout, l’humour est omniprésent, ainsi que la vie, dans cette sociologie qui devient ici un sport de combat.

 

 

Parmi les personnages, certains ont renoncé, telle la chanteuse (Olivera Vuco, connue aussi sous le nom d’Olivera Katarina), d’autres espèrent encore, comme la jeune Tisa, incarnée par Gordana Jovanovic. Bora (Bekim Fehmiu), le héros, veut seulement vivre comme il l’entend. Marchander des plumes d’oie et trousser les femmes de ses amis suffisent à son bonheur, en ajoutant l’alcool et les bagarres permanentes avec son épouse. Jusqu’au moment où il se met à désirer Tisa. Il faut louer les acteurs, tous formidables. Fehmiu, le plus connu, profitera de la renommée acquise grâce aux Tziganes pour interpréter Ulysse dans la mini-série franco-italo-germano-yougoslave L’Odyssée (1968). On aurait tort d’oublier les autres : Olivera Katarina, Gordana Jovanovic et Bata Zivojinovic qui joue le père de Tisa.

C’est, dit-on, le premier film où l’on entend les Tziganes parler leur langue. Petrovic signale aussi que dans le pays, plusieurs idiomes existent que les gens comprennent plus ou moins bien. Ces différences entre les communautés montrent l’absence d’unité qui aboutira, un peu plus de vingt ans plus tard, à d’effroyables combats.

 

 

Un petit mot sur Rêves en rose, sorte de Roméo et Juliette entre Tziganes et Slovaques. Les deux communautés se détestent et voient d’un mauvais œil l’amour qui lie Jakub (Juraj Nvota) à Jolanka (Iva Bittova). Dusan Hanak décrit une réalité finalement moins emplie de bruit et de fureur que chez Shakespeare, dans laquelle la relation amoureuse peut s’épuiser sans empêcher que tout ne finisse en chansons. Un film dont on ne saluera jamais assez la fraîcheur !

Jean-Charles Lemeunier

 

« J’ai même rencontré des Tziganes heureux » d’Aleksandar Petrovic et « Rêves en rose » de Dusan Hanak : sorties en salles par Malavida le 15 novembre 2017.

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