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Ancêtre de films déjantés comme Dude, Where’s My Car ? (2000, Eh mec, elle est où ma caisse ?) de Danny Leiner ou Kaboom (2010) de Greg Araki, Miracle Mile connut dans les salles françaises une première sortie en 1989 sous le titre Appel d’urgence. Grâce à Blaq Out, le film de Steve De Jarnatt débarque en DVD/Blu-ray avec une réputation qui n’est pas outrepassée. Car cet étrange opus fluctue sans cesse d’un genre à l’autre, de la comédie romantique à la comédie tout court, avec une sorte de malaise grandissant et pas mal d’incongruités — où a-t-on vu des morts dans une comédie ?, se questionne de plus en plus le spectateur étonné — pour parvenir à un finale apocalyptique.

 

 

Tout démarre pourtant gentiment avec un jeune héros, lui-même dans l’entre deux puisqu’il est tout à la fois accompagnateur d’enfants au musée de La Brea, à Los Angeles, et musicien à ses heures. La Brea Tar Pits est par ailleurs connu grâce au film de John McTiernan avec Schwarzenegger, Last Action Hero, où une sculpture de mammouth baigne dans une mare de bitume. On comprendra, au fur et à mesure que l’action avance, que Harry, notre héros incarné par Anthony Edwards, physique de jeune premier passe-partout, baigne lui aussi progressivement dans une matière visqueuse et collante, entendez dans une série d’embrouilles de plus en plus fatidiques.

 

 

Le vrai sujet commence lorsque Harry loupe le rendez-vous qu’il a donné à Julie (Mare Winningham), l’élue de son cœur rencontrée seulement quelques heures plus tôt, devant le restaurant où celle-ci travaille. Ils devaient se retrouver à minuit et, à déjà quatre heures du matin, la jeune femme est allée se coucher. Harry tente de l’appeler depuis la cabine téléphonique sur le trottoir mais ne parvient à la joindre. Tandis qu’il s’éloigne, c’est alors que le téléphone sonne. Il décroche et un inconnu qui pense avoir son père au bout du fil lui apprend que des missiles viennent d’être tirés et qu’ils atteindront Los Angeles dans un peu plus d’une heure. Info ou intox ? Fact or Faked, en reprenant le titre d’une célèbre émission de la TV américaine ? Ou, pour repartir sur une base plus connue dans l’Amérique des années quatre-vingt, Believe It Or Not (au départ, un journal créé par un certain Ripley qui fut décliné en shows télévisés et musées dans tout le pays, présentant des objets ou des événements sujets à caution) ? Car toute la question est là : Harry a-t-il surpris une conversation top secret ou n’est-ce qu’une blague ?

 

 

Ni une ni deux, Harry prend pour argent comptant ce qu’il vient d’entendre, fait part de sa découverte téléphonique à l’ensemble des consommateurs et employés du resto de sa copine — il y en a encore quelques-uns, à 4 heures du matin — et enclenche une succession de péripéties farfelues et critiques. Dans cette escalade de problèmes où, quoi qu’il arrive (et il arrive des tragédies, avec accidents à la clef), Harry veut retrouver Julie et fait tout pour parvenir par n’importe quel moyen à Miracle Mile, le quartier où elle vit, le spectateur ne sait que penser. Car le vent de folie que sème le jeune homme est contagieux. Nous sommes dans l’excès digne des meilleures comédies, comme dans les Blues Brothers, sur fond de catastrophes dont la plus grande est le risque nucléaire. Et, jusqu’au bout, ce même spectateur ne va pas savoir si Harry a été ou non victime d’un canular.

Scénariste de deux épisodes d’Alfred Hitchcock présente et réalisateur de l’un d’entre eux, auteur également de Cherry 2000 (1987), un nanar qui se déroule en 2017 dont l’héroïne musclée n’est autre que Melanie Griffith, Steve De Jarnatt sait, comme il est de coutume dans ce genre de films, placer en guest stars des acteurs/actrices qui ont fait leurs preuves. Ainsi le grand-père de Julie, joué par un John Agar méconnaissable. Lui, on l’avait quelque peu perdu de vue depuis ses prestations dans les films de cavalerie de John Ford, les merveilles de Jack Arnold style Tarantula et son mariage avec Shirley Temple. On retrouve aussi, dans le rôle d’une femme d’affaires intrépide Denise Crosby, petite-fille de Bing, et, dans celui d’un pompiste, l’écrivain Edward Bunker (l’auteur d’Aucune bête aussi féroce et d’Animal Factory sera trois ans plus tard le Mr Blue de Reservoir Dogs).

 

 

La force de Miracle Mile est de nous faire parcourir avec ses héros les rues désertes de Los Angeles la nuit, à l’ombre d’une tour qui devient leur unique porte de sortie vers la fuite de l’apocalypse, sur fond de Tangerine Dream, groupe planant allemand. Quelle contraste alors quand la panique s’installe et fait place aux embouteillages ! Devenu culte au fil du temps, ce film surprenant mérite le détour, tant on ne sait pas où il nous mène.

Jean-Charles Lemeunier

Miracle Mile
Année : 1989
Origine : États-Unis
Réal. et scén. : Steve De Jarnatt
Photo : Theo Van de Sande
Musique : Tangerine Dream
Montage : Stephen Semel, Kathie Weaver
Avec Anthony Edwards, Mare Winningham, John Agar, Lou Hancock, Mykelti Williamson, Kurt Fuller, Denise Crosby, Robert DoQui, Kelly Jo Miner, Edward Bunker…

Édité par Blaq Out en DVD/Blu-ray le 13 novembre 2017.

 

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