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Une plongée dans le passé, c’est bien le mot ! Non pas le passé historique du temps de Louis XIII, époque à laquelle se déroulent les deux films d’André Hunebelle que Pathé sort en DVD et Blu-ray, mais celui de notre enfance. Celle des porteurs de culottes courtes des années soixante-dix, qui se régalaient de ces aventures de cape et d’épée diffusées inlassablement à la télé. Et à la suite desquelles on se mettait à ferrailler tout seul face à de méchants gardes du cardinal imaginaires. Revoir aujourd’hui Les trois mousquetaires (1953) et Le Capitan (1960) procure toujours le même plaisir. Pareil que pour le petit Marcel et ses madeleines, son « édifice immense du souvenir », et ces saveurs qui soudain réinvestissent votre mémoire.

Ne me faites pas dire que Hunebelle aurait pu se mettre, pour le grand écran, en quête du temps perdu. Hunebelle n’est pas un auteur, il ne s’est d’ailleurs jamais revendiqué comme tel, mais un très bon artisan dont le cinéma populaire a ravi des générations. Il n’y a qu’à voir ses Fantômas avec de Funès et Jean Marais qui font encore de belles soirées télévisées les soirs d’été. Hunebelle ne triche pas avec les spectateurs. Ses héros, qu’ils soient le d’Artagnan incarné par Georges Marchal ou le François de Capestang, alias Le Capitan, à qui Jean Marais donne son panache, ne présentent aucune ambiguïté. Ils sont du bon côté. À partir des années cinquante, avec des films tels que Les trois mousquetaires, Le Bossu, Le Capitan et Le miracle des loups — tous avec Jean Marais, sauf Les trois Mousquetaires —, Hunebelle devient le maître du film de cape et d’épée. Lesquels tiennent en quelques mots : un preux héros au service de son roi, combattant des méchants avec force chevauchées et duels à l’épée.

 

 

L’autre avantage de ces films est qu’ils s’adressent à tous les publics, adultes et enfants. Dans les deux, Bourvil (avec une scène de soûlerie répétée à sept ans d’intervalle) est là pour apporter la note comique et l’on peut ajouter que dans Les trois mousquetaires, grâce aux dialogues de Michel Audiard, le double sens rend le sujet, pourtant ultra connu, encore plus plaisant. Ainsi, quand il est question de la fidélité de d’Artagnan (sous-entendu au roi), la jolie Constance (Danielle Godet), chérie du brave mousquetaire, sait très bien à quoi s’attendre. N’a-t-il pas fait du gringue, un gringue très poussé même, à la charmante Ketty (Françoise Prévost) et à sa maîtresse, la fameuse Milady de Winter (Yvonne Sanson) ? Autre exemple de dialogue typiquement audiardien, avec Planchet, le valet de d’Artagnan joué par Bourvil, se plaignant au point de vouloir fonder « un syndicat de gens de maison ».

Racontée par Claude Dauphin, l’histoire des Trois mousquetaires s’attache surtout à l’héroïsme de son héros et aux valeurs comiques de son valet. Les autres mousquetaires, pourtant interprétés par Gino Cervi (Porthos), Jean Martinelli (Athos) et un tout jeune Jacques François (Aramis), sont un peu délaissés au profit de quelques autres personnages tirant eux aussi sur la corde comique : Jean-Marc Tennberg, incarnant un teigneux Rochefort, et le suave Jean Parédès en comte de Wardes, aussi couard que précieux. Ajoutons enfin que les curieux qui ont l’œil pourront distinguer, parmi les gardes du cardinal, les débutants Jean Poiret et Louis Velle.

 

 

 

Écrit par Jean Halain, le fils d’Hunebelle, et Pierre Foucaud, Le Capitan s’adresse davantage au jeune public. La scène la plus mémorable, celle qui s’est gravée dans les mémoires et qu’on retrouve avec grand plaisir aujourd’hui, est l’escalade par Jean Marais de la muraille d’un château à l’aide d’un couteau. La madeleine, je vous dis ! Dans le document d’époque proposé en bonus, l’acteur explique qu’il n’a pas été doublé, ce qui rend la séquence encore plus cinégénique.

Les deux sujets sont finalement proches. Dans l’adaptation d’Alexandre Dumas, d’Artagnan et ses potes mousquetaires se rangent auprès du roi Louis XIII contre son conseiller le perfide cardinal de Richelieu. Dans celle de Michel Zévaco, le Capitan se range aux côtés du jeune Louis XIII, encore adolescent, contre son perfide conseiller Concini. Ajoutons d’ailleurs que les deux acteurs qui incarnent les deux éminences grises (Renaud Mary dans le premier et Arnoldo Foà dans le second) jouent dans le même registre, celui de la traîtrise. Je dois avouer malgré tout ma préférence pour l’acteur italien qui endossa le rôle du méchant dans pas mal de péplums mais apparut aussi dans Le procès d’Orson Welles.

 

 

Il y a forcément dans Les trois mousquetaires et Le Capitan du Douglas Fairbanks et du Gene Kelly — deux des interprètes de d’Artagnan. Combats et poursuites tumultueuses, désinvolture, panache et humour : Georges Marchal et Jean Marais n’ont rien à jalouser de leurs fameux prédécesseurs.

Jean-Charles Lemeunier



Les trois mousquetaires et Le Capitan d’André Hunebelle, sortis en DVD et Blu-ray par Pathé le 22 novembre 2017.

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