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Chez plusieurs éditeurs, l’année 2017 est particulièrement féconde en matière de sorties DVD ou/et Blu-ray de films cultes ou/et rares. Causons ici de Movinside, avec l’apparition de pas moins trois collections sous l’égide de Jean-François Davy (oui, bande de schnocks, celui des films olé-olé) : Trésors du fantastique, Suspense & polar et Grands films de guerre. Cette dernière collection compte déjà neuf titres (le plus connu étant Le Baron rouge de Roger Corman), auxquels en octobre s’en ajouteront quatre autres. Ils sont originaires notamment d’Angleterre, des États-Unis et d’Allemagne. Le terme Grands sera laissé à l’appréciation de chacun. Ce qui est acquis, c’est l’intérêt de la plupart de ces séries B, ou qui en ont plus ou moins l’apparence.

Le film allemand Chiens, à vous de crever !, signé Frank Wisbar, daté de 1959, en est un excellent exemple. Considéré comme le premier long-métrage sur la défaite allemande de Stalingrad, et se voulant visiblement œuvre de mémoire, il réussit l’équilibre entre la vision du biffin de base et celle du haut-commandement, voix-off qui contextualise et stock-shots plutôt habilement insérés à l’appui de cette volonté d’instruire. Aussi a-t-on droit à quelques saynètes présentant les atermoiements d’Hitler et de son état-major rapproché, à quelques autres scènes présentant Paulus, le chef de la 6e armée encerclée, coincé entre son devoir d’obéissance et la conscience du tragique de la débandade en cours et, bien sur, la vision de la guerre au ras du sol, avec fraternité d’armes, démotivation, incompréhension en regard de nombreux ordres considérés comme stupides et incohérents, dégoût grandissant face aux supérieurs. Difficile, dans ces aspects là, de ne pas penser à trois films de guerre, deux d’entre eux lui étant postérieur : le Attack de Robert Aldrich (1956), notamment pour la mise en scène au cordeau cachant vaille que vaille un financement modeste ; le Croix de fer de Sam Peckinpah, en particulier pour la relation entre un sous-lieutenant pivot de l’histoire et l’officier qui va devenir son supérieur, évoquant celle entre les personnages de Coburn et Schell (sans compter quelques lignes de dialogues qui pourrait avoir inspirés le grand Sam ou ses scénaristes) ; le Stalingrad de Joseph Vilsmaier pour les décors (on a froid pour ces pauvres types) et plusieurs anecdotes du quotidien en rapport avec la recherche de la bouffe, les combats rapprochés, les lignes de démarcations floues parfois situées d’une pièce ou d’un étage à l’autre… Un DVD à ranger à côté d’un autre film choc de la même période également originaire de chez nos voisins teutons, Le Pont.

Première collection à avoir eu des titres parus (huit à l’heure d’écrire ces lignes, sept autres d’ici novembre), Trésors du fantastique est intégralement un régal pour les amateurs de fantastique, d’horreur et aussi d’anticipation en provenance d’outre-Manche et d’outre-Atlantique. Des œuvres années 50-60 avec Corridors of Blood, Monstres invisibles (aah, l’attaque finale des cerveaux prolongés d’une moelle épinière !) et ce classique enfin édité décemment, Le Cerveau d’acier, tourné en 1970 par Joseph Sargent. L’histoire ? Pour faire court, elle raconte la mise en service d’un super-ordinateur chargé de maintenir le statu quo entre grandes puissances, de surveiller les armements nucléaire, bref, un système informatique tellement pointu qu’il devient une IA décidant bientôt de se passer de ses concepteurs pour prendre de drastiques décisions. Il s’agit peut-être là du premier grand film d’anticipation abordant la problématique Homme-machine, une œuvre séminale qui connaîtra une longue descendance. Ce film impeccablement emballé et dirigé fait inévitablement penser à la saga Terminator mais aussi à Wargames et moult autres bobines chères à nos cœurs de cinéphages. N’ayez pas de honte à ranger le boîtier à côté de Ghost in the Shell.

Les titres suivants datent tous des années 70 et de l’aube des dirty eighties. Parmi les plus réputés de cette série, notons Nuits de cauchemar, que propose en 1980 Kevin Connor, cinéaste anglais venant faire des siennes aux USA. La chose, dont une photo eu l’honneur de faire la couverture d’un ouvrage d’utilité publique (le Redneck Movies de Maxime Lachaud, paru chez Rouge Profond en 2014) est un slasher caustique qui, sur une trame classique du genre (des quidams se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment), présente une famille de frappadingues assez atypique mettant en pratique une idée démente puisque leurs victimes sont enterrées vivantes jusqu’au cou dans un grand potager, ainsi nourries et engraissées jusqu’à l’heure d’être occises, débitées et servies incognito à qui passant par là aurait une petite fringale. En quelque sorte des écolos bien conscients de produire local.

Ce met de choix est suivi de La Nuit des vers géants, datant de 1977, qui malgré quelques effets gore d’excellentes tenus (Rick Baker est au fourneau, pardon, aux FX) reste plus faiblard que deux autres titres du réalisateur Jeff Lieberman, à savoir Survivance et Le Rayon bleu, le premier étant toujours inédit en DVD par chez nous. Autre inédit jusqu’alors dans l’Hexagone et aussi célèbre pour les amateurs que Nuits de cauchemar, le foufou Soudain… les monstres ! fourbi urbi et orbi en 1976 par Bert I. Gordon (votre serviteur rêvant depuis des décennies devant une VHS abîmée de voir sortir Le Détraqué, avec Chuck Connors, autre œuvre culte du bonhomme). Notoirement obsédé par le gigantisme, le réalisateur propose ici une sorte de thriller écologique, sous-genre très à la mode dans les 70’s. Un héros sans peur et sans reproche y est super-vénère de voir toutes sortes de bestioles hypertrophiées, en particulier des rats, s’attaquer à la population locale d’un coin perdu et forestier. L’ensemble à certes un aspect un peu cheap, étroitesse du budget oblige et système D obligatoire, mais la réalisation est cependant au-dessus de tout soupçon. Une série B aussi surprenante que morale et drôle (notamment parce que le 1er degré prime, surtout chez l’acteur principal). Bien barrée également, et presque aussi culte, Ssssnake (Bernard Kowalski, 1972), est une autre perle présentant des bestioles vindicatives. Si l’énormité des créatures du Gordon était due à une aberration naturelle (mais dont un salopard entendait profiter), les serpents présentés ici, de taille plus réaliste, sont les cobayes peu amènes des expériences d’un savant fou obsédé par son rêve de créer un hybride homme-serpent. N’importe quoi ? Oui, n’importe quoi. Le film, décalquage bis de L’Île du docteur Moreau, bien qu’à la réalisation et à la photo sans grand intérêt, est cependant un divertissement d’autant plus agréable que l’idée est dingue, que l’on y voit un Dirk Benedict pas encore vedette télévisuelle (cela viendra avec Galactica et L’Agence tout risques) être le jouet tragique de l’expérience et que le savant fou est interprété par le formidable Strother Martin, second et troisième couteau du cinéma US des années 60-70 notamment vu dans une bonne partie des films de Sam Peckinpah.

Finissons-en avec cette appétissante série en causant du Doomwatch de Peter Sasdy, production made in England de 1972. À l’instar du rarissime et virulent Panique du canadien Jean-Claude Lord en 1977 et d’autres suspenses pro-écologiques décennaux (voire plus si affinités) jouant la carte du réalisme, Doomwatch dénonce les pollueurs industriels. Chargé par une organisation à la Greenpeace de relever les traces d’une marée noire sur une petite île, un scientifique (Ian Bannen) est confronté à l’hostilité des habitants et s’aperçoit peu à peu que nombres d’entre eux semblent atteint d’un mal mystérieux déformant leurs traits, les rendant agressifs et les faisant mourir prématurément. Au fil de son enquête, il découvrira qu’un des sites côtier de l’île sert de dépotoir à des industriels peu scrupuleux y coulant notamment des bidons d’hormones de croissance et autres additifs alimentaires en surplus ou devenus invendables ou les déchets issus de ces confections douteuses. Il découvre même auparavant que le site incriminé est également utilisé par la marine anglaise pour enfouir des déchets radioactifs. Une formule dévastatrice. La dernière partie, dans une atmosphère de siège, voit s’aligner les révélations et la présentation impressionnante de victimes déformées. Si ce pamphlet est avare en action, il n’en est pas moins prenant et semblera en bonne partie aux spectateurs lorgner du côté du cinéma fantastique, notamment de par son ambiance. On pourrait croire à une folie du type de The Wicker Man (Robin Hardy, 1974) alors que l’on est plus proche du The Crazies du regretté George Romero. Cette œuvre rugueuse, pessimiste et quasiment sans humour, signée d’un affidé de la Hammer Films, a donc son importance.
À signaler que tous ces titres disposent d’un petit bonus, une présentation instructive du journaliste spécialisé Marc Toullec.

Venons-en maintenant au polar. Passons rapidement sur The Hit, fort honorable suspense et road-movie du milieu des années 80, puisque ce long-métrage anglo-espagnol signé Stephen Frears avec Terence Stamp, John Hurt, Tim Roth et Laura del Sol a déjà été édité à plusieurs reprises en DVD (y compris sous le titre Les Nouveaux tueurs). Attachons-nous (pas trop serré quand même, j’ai la couenne sensible) aux deux autres titres disponibles dans la collection Suspense & polar (quatre autres sont prévus pour novembre). Des inédits mais pas des inconnus pour l’amateur, au moins de réputation. Don Angelo est mort, daté de 1973, est un des premiers sous Parrain engendrés par le succès du monument de Francis Ford Coppola. Si les sévères crêpages de chignons entre familles mafieuses et héritiers à un trône ne sont pas des plus originaux, cette production pragmatique de commande mérite néanmoins le détour pour plusieurs raisons. À commencer pour les fiches technique et artistique : produite par Hal Wallis, réalisée par Richard Fleisher, mise en musique par Jerry Goldsmith, jouée, entre autres, par Frederic Forrest, Robert Forster, Anthony Quinn et Al Lettieri, Victor Argo. Mazette. Le scénario et son traitement (qui a lui seul mérite le détour, comme tant de films de Fleischer) ensuite, réservent également et heureusement quelques surprises : loin d’être fascinés par les mafieux et refusant les accents de tragédie et de lyrisme de maître Coppola, le réalisateur et le scénariste Marvin Albert font de Don Angelo est mort une œuvre sèche et mortifère sans aucune empathie pour les protagonistes. Enfin, la primauté accordée aux personnages de deux jeunes loups indépendants considérés comme de simples hommes de mains mais ruant de plus en plus dans les brancards est rendue d’autant plus efficace que Forrest (un ami de Coppola) et Forster (dans un de ses meilleurs rôles) brillent de tout leur éclat.

Achevons cette chronique par Le Flic se rebiffe, un « petit » film, qui a tout de même l’heur d’être interprété, coécrit et coréalisé par Burt Lancaster en 1974. Également présent cette année-là dans le glacial Scorpio de Michael Winner, lui-même signataire à la même période de son mythique Le Justicier dans la ville, Lancaster est ici un ex-flic vieillissant passé gardien de nuit sur un campus. Un boulot banal, ingrat, celui d’un invisible. Jusqu’à ce que l’effraction d’un bureau et le vol de cassettes sur lesquelles des étudiants font des confidences à un psychologue puis le meurtre de l’une de ces étudiantes (la magnifique Catherine Bach) ne réveille ses instincts de policier. Ce qui ne va pas plaire à tous. Considérée comme une œuvre mineure et ayant laissée dubitatifs des critiques se demandant les raisons d’une telle implication de Lancaster dans ce projet, ce Flic se rebiffe (un titre bateau auquel on aurait préféré une traduction du titre original, The Midnight Man) ne démérite pourtant pas. L’histoire est tordue et glauque à souhait, telle qu’en ont pondues tous les grands écrivains de polars, dont, toute proportion gardée, Raymond Chandler, à qui il est permis de penser à la vision de cette affaire et au comportement très détective privé du personnage de Lancaster. L’acteur principal est entouré notamment de Susan Clark, Cameron Mitchell, Harris Yulin, Ed Lauter et cette trogne pas possible de Charles Tyner. La mise en scène de Roland Kibee et Lancaster (mais surtout le premier, a priori), les deux hommes étant de surcroît associés à la production, n’est peut-être que fonctionnelle mais est rehaussée par la qualité de la photo. Un coup d’œil à cette enquête apparemment lente mais durant laquelle il se passe pourtant pleins de choses (dont deux très bonnes scènes d’action) ne fera de mal à personne, bien au contraire.

Laurent Hellebé

 

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