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Classique est sans doute un qualificatif qui convient bien au cinéaste Henry Hathaway, dont Artus Films vient de sortir en DVD Sundown (Crépuscule), film rare tourné en 1941 pour Walter Wanger et distribué par United Artists. Cette précision n’est pas inutile car, après la Paramount où Hathaway a tourné plusieurs chefs-d’œuvre (Peter Ibbetson, Les trois lanciers du Bengale), le cinéaste se retrouve à la Fox dès 1940, une compagnie où travaille également Gene Tierney, première raison de voir Crépuscule. Mais là, tous deux se retrouvent donc sous une autre bannière.

Classique, donc, le petit père Hathaway ? Finalement, pas tant que cela. En 1941, l’Amérique n’est pas encore entrée en guerre, ce qui n’empêche pas Hollywood de pousser ses cinéastes à tourner des films de propagande. Tout le monde s’y colle, des moins illustres aux plus grands noms : Hitchcock signe Correspondant 17 en 1940, Borzage The Mortal Storm la même année, Lang Manhunt en 1941, Ford et Capra s’y mettront dès l’année suivante. Crépuscule est donc un film de propagande dont les principaux protagonistes sont anglais, forcément déjà en guerre. Ou, mieux, disons que Crépuscule pourrait passer pour un film de propagande. Il ne l’est tellement pas que Hathaway, parvenu à la fin de son histoire, se croit obligé de rajouter un laïus inutile sur l’Armée et l’Église, totalement hors de propos. Car le scénario, qui se déroule au Kenya, est finalement très peu propagandiste, qui propose un personnage de combattant italien — et donc ennemi des héros britanniques — sympathique, incarné par Joseph Calleia —, un Hollandais (joué par l’acteur d’origine autrichienne Carl Esmond) douteux — alors qu’allié — et un officier britannique (George Sanders) présenté d’abord comme un empêcheur de tourner en rond. Film d’aventures africaines, Crépuscule est curieusement tourné en noir et blanc — n’oublions pas que, chez les Anglais, Les quatre plumes blanches (1939) sont dans un chatoyant Technicolor. Enfin, l’ouverture du film avec l’arrivée en avion de Gene Tierney, séquence très étrange et bourrée de détails qui le sont tout autant (elle est accueillie par des Masaïs qui lui ôtent ses chaussures pour lui en mettre d’autres qui conviennent mieux à la marche dans le désert), ne correspond pas vraiment à ce qui va suivre, une histoire de trafiquant qui arme une tribu africaine contre les Anglais. Un début qui signifie que le spectateur n’est pas au bout de ses surprises puisque que la vedette que l’on suit dès les premières minutes ne réapparaîtra qu’au bout d’une demi-heure.

 

Carl Esmond, Joseph Calleia, George Sander et Reginald Gardiner

Partant d’un histoire originale de Barré Lyndon, adaptée par Charles G. Booth (Lyndon, Booth et Hathaway retravailleront ensemble sur The House on 92nd Street en 1945), Crépuscule est intéressant pour toutes les parenthèses qu’il ouvre, comme si l’histoire du trafic d’armes n’était pas ce qui intéressait le plus Hathaway. Rien que le titre. Pourquoi Crépuscule ? Toute simplement à cause d’une conversation tenue entre deux gentlemen britanniques perdus au fin fond de l’Afrique. « Le crépuscule, annonce Reginald Gardiner à Bruce Cabot, est le meilleur moment de la journée où il n’y a rien à faire, dans un pays où il n’y a rien à faire. » Le crépuscule, apprend-on plus tard dans un autre dialogue, est aussi inscrit dans la devise du père de Gene Tierney, un commerçant arabe qui aimait ce moment de la journée « pour les fêtes, pour les rencontres, pour la gloire d’Allah ».

 

Bruce Cabot et Gene Tierney

Autre originalité pour l’époque, celle de s’intéresser aux Africains. Il est question ici d’un mariage — occasion de découvrir la magnifique Dorothy Dandridge, pas encore devenue vedette —, d’un enterrement, preuves que l’intérêt que porte dans le film le personnage joué par Bruce Cabot  pour les Africains est partagé par Hathaway. Le message est clairement antiraciste, non seulement souligné par les prises de position de Cabot mais aussi par le scénario lui-même qui, par exemple, prend très au sérieux l’habari, ce rendez-vous avec la mort qui se propage au son des djembés.

Le film est tourné principalement en extérieurs, habitude prise par Hathaway dès ses premiers westerns des années trente et qui donnera une puissance documentaire à ses polars d’après-guerre produits par la Fox. Le cinéaste parvient à nous faire croire que ses plans pris dans le désert du Mojave, en Californie, ou du Crater Lake, dans l’Oregon, proviennent réellement d’Afrique.

 

Un des autres plaisirs du film vient bien sûr de ses interprètes. Huit ans après King Kong, on retrouve un Bruce Cabot à peine plus empâté, toujours aussi héroïque. Souvent réduit aux rôles de méchants, Joseph Calleia incarne ici un gars sympathique qui fuit la guerre et lui préfère la cuisine. On prend également plaisir à retrouver Harry Carey, prototype du héros d’aventures africaines avec Trader Horn (1931), et of course George Sanders, toujours juste même s’il est ici quelque peu en retrait. Inutile de préciser que le grand attrait du film tient dans la présence de Gene Tierney, belle d’entre les belles. Gene Tierney magnifique lorsqu’elle se présente vêtue en Arabe, lorsqu’elle est nonchalamment allongée sur son lit, lorsqu’elle semble trahir, lorsqu’elle défit son interlocuteur, lorsqu’elle est tout simplement face à la caméra. Cette actrice, Hathaway aimait la filmer. Dans l’interview donnée à Ronald L. Davis pour le livre Just Making Movies, le cinéaste évoque la profondeur du regard de Gene Tierney, qui exprimait toujours un sentiment. Gene Tierney toujours splendide et dont Hathaway se sert comme d’un atout : l’actrice ouvre Crépuscule d’une manière on l’a dit étonnante, se fait ensuite attendre, suscite des questions quant à son personnage et focalise tout le temps l’attention du spectateur. Vous savez quoi ? Cet article ne devrait être qu’une déclaration envers cette belle brune adorée depuis si longtemps.

Jean-Charles Lemeunier

Crépuscule
Titre original : Sundown
Origine : États-Unis
Année : 1941
Réal. : Henry Hathaway
Scén. : Charles G. Booth et Barré Lyndon d’après Barré Lyndon
Photo : Charles Lang
Musique : Miklos Rosza
Montage : Dorothy Spencer
Prod. : Walter Wanger Productions
Distribution : United Artists
Durée : 90 mn
Avec Gene Tierney, Bruce Cabot, George Sanders, Harry Carey, Joseph Calleia, Reginald Gariner, Carl Esmond, Marc Lawrence, Cedric Hardwicke, Dorothy Dandridge…

Sortie en DVD chez Artus Films le 7 mars 2017.

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