Home


Au dix-septième siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage en terre hostile, les deux hommes mènent dans la clandestinité une quête périlleuse qui va confronter leur foi à de nombreuses épreuves…
Moyennement accueilli par une presse et un public surpris par la lenteur et l’aridité du film, Silence de Martin Scorsese n’en reste pourtant pas moins une œuvre essentielle et l’un des meilleurs longs-métrages de ce début d’année 2017. Sans atteindre les sommets de Les Infiltrés voire de Casino, la dernière production du cinéaste new-yorkais comporte néanmoins suffisamment de points d’intérêt pour en faire un opus majeur dans le désert de la production mondiale contemporaine.

La réussite de Silence provient, dans un premier temps, de deux facteurs immédiatement identifiables, à savoir, ses décors et son interprétation. Placé dans le paysage montagneux d’un Japon du dix-septième siècle, le long-métrage de Scorsese bénéficie, à plein, de décors naturels qui viennent amplifier le discours latent de ce drame historique austère et réflexif. Des décors bruts et sauvages, remplis de dangers, dans lesquels évoluent deux « étrangers », deux prêtes jésuites interprétés par des acteurs pour le moins inattendus.
Andrew Garfield partage avec Tobey Mc Guire non seulement le rôle, au cinéma, de Spiderman et de son alter-ego Peter Parker mais également la faculté d’avoir un faciès à la Dorian Gray, soit un visage éternellement jeune pouvant difficilement s’adapter à toutes les situations. Mais la capacité à transformer un comédien présentant de telles caractéristiques en un acteur adulte crédible devient, semble-t-il, l’une des nombreuses qualités du cinéaste américain. Après avoir métamorphosé l’éternel adolescent Leonardo di Caprio en un acteur mature, Scorsese tente le même pari – réussi – avec Garfield et, à un degré moindre, avec le moins connu Adam Driver. Accompagné par de vieux briscards comme Liam Neeson ou encore, côté japonais, Shinya Tsukamoto (le créateur de Tetsuo entre autres), les deux jeunes comédiens américains sont parfaitement plausibles dans le rôle de deux prêtres venus enquêter sur la disparition d’un autre homme d’Église.

Attention toutefois : réduire la réussite du film à ces deux seules composantes serait injuste ! Inspiré par les grands auteurs nippons comme Kenji Mizoguchi et, bien évidemment, Akira Kurosawa, Martin Scorsese délivre également une œuvre techniquement irréprochable et volontairement référencée aux maîtres du cinéma japonais. Prenant le temps d’installer son histoire, le cinéaste septuagénaire atteint un degré de calme (de zen?) dans son cinéma qui risque d’étonner le fan des premières heures. Mais s’il surprend par cette approche austère et un rythme volontairement apaisé, Silence ne doit en rien être dissocié, par ses thèmes principaux et connexes, des autres grands films de son géniteur. La foi, le doute intérieur, la dualité de l’Homme, sont en effet des notions que le réalisateur, tenté par la prêtrise dans sa jeunesse, a souvent mis en image.
Concernant la dualité de l’Homme, Les Infiltrés synthétise parfaitement la pensée du réalisateur : immense film de gangsters, ce long-métrage datant de 2006 montre l’initiation de figures humaines évoluant dans un monde de mensonges et de trahison. Exemple le plus frappant de la lucidité de son auteur sur le caractère humain, ce film anticipe les actes de certains des protagonistes de Silence. De plus, oscillant en permanence entre dévotion à l’ordre religieux et trahison opportuniste, le personnage de Kichijiro symbolise parfaitement l’image, ultra-présente dans le cinéma du cinéaste new-yorkais, des perdants, voire des paumés, qui s’accrochent par tous les moyens aux rêves d’un avenir meilleur ou, tout simplement, d’une survie immédiate.

Pour les autres thèmes abordés dans Silence, il semble bon de revenir sur deux œuvres décriées du maître. Controversé lors de sa sortie en 1988, La Dernière tentation du Christ affirmait clairement la foi d’un cinéaste élevé dans la religion catholique. Jugé blasphématoire par les autorités religieuses, ce film (exagérément?) artistique n’en reste pas moins la preuve la plus évidente de l’intérêt de l’homme et du cinéaste pour la liturgie. Un intérêt que l’on retrouve dans A Tombeau ouvert réalisé quelques années plus tard. Dans ce film clairement à réévaluer, Scorsese décrit l’Odyssée d’un ambulancier en quête de vie à sauver et qui entreprend, la nuit, un chemin de croix à la façon d’un prêtre convaincu de sa foi et désireux de sauver les âmes égarés. Suivant les lignes tracées par ces deux films, la dernière réalisation de Scorsese porte sur la foi et sur ceux qui la véhiculent, un regard plein d’interrogation et de doute que la vision de cette œuvre essentielle ne suffit pas à lever.
Leçon de cinéma où pointe toute absence de prosélytisme et de réponse, Silence décide au final de laisser le spectateur avec ses incertitudes mais avec l’intime conviction qu’il vient d’assister au nouveau grand film d’un cinéaste en plein état de grâce et, par la même, à son œuvre la plus personnelle.

Fabrice Simon

SILENCE
Réalisateur : Martin Scorsese
Scénario : Jay Cocks & Martin Scorsese d’après le roman de Shûsaku Endô
Production : Irwin Winkler, David Webb, Michelle Verdi, Martin Scorsese …
Photo : Rodrigo Prieto
Montage : Thelma Shoonmaker
Bande originale : Kathryn & Kim Allen Kluge
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h41
Sortie française : 02 février 2017

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s