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La nouvelle coqueluche dont tout le monde se repaît se nomme Damien Chazelle, réalisateur qui vient rien moins que de livrer le meilleur film de l’année. Du moins si l’on croit les critiques élogieuses qui se sont abattues dans la presse et internet depuis plus d’un mois. Le talent de Chazelle est indéniable mais peut être les différentes assertions peuvent-elles être tempérées. Et puis décréter dès janvier que La La Land est le sommet cinématographique indépassable de 2017 est sans doute un brin abusif.
Une fois n’est pas coutume, le public et la critique semblent sur la même longueur d’ondes et se répandent en dithyrambes. A tel point qu’émettre certaines réserves à l’encontre du film peut apparaître comme une agression. Une tournure que parodie avec brio un sketch du Saturday Night Live.

Il est compréhensible qu’un tel film aux couleurs chatoyantes et aux airs guillerets et entraînants soit une bulle rafraîchissante dans le contexte morose actuel mais l’engouement disproportionné qu’il suscite demeure étonnant.
Pour exemple, Sophie Avon déclare dans sa chronique pour le quotidien Sud-Ouest « Film vertige, « La la land » rend hommage à ses aînés tout en dépassant ses modèles, de « Chantons sous la pluie » à « Tous en scène » ou « Un Américain à Paris ». »
Si l’on considère les souvenirs que l’on a de ses authentiques chefs-d’œuvre peut être mais La La Land ne tient pas une seconde la comparaison après un examen plus approfondi. Effectivement, le film de Chazelle paie son tribut aux plus grands, bardant ses images de multiples références, c’est joli mais pas très enthousiasmant.
Cette dépréciation, cette déception voire même cette résistance face à cet aimant à récompenses et favori des Oscar 2017 peut autant s’expliquer par des défauts inhérents au métrage que par une promotion omniprésente et surtout qui vire presque à l’injonction d’aimer le film.

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La mise en scène est assez intéressante dans son découpage et son utilisation des couleurs du décor et des costumes pour signifier l’évolution de la relation du couple vedette et leur humeur mais on est très loin du chef-d’œuvre claironné un peu partout.
Pourtant le récit chapitré selon les quatre saisons est plutôt bien construit dans la progression de ses enjeux, le réalisateur utilisant les codes de la comédie musicale pour digresser, comme ses précédents films Guy And Madeline On A Park Bench et Whiplash, sur la volonté de réussir et l’amour inconditionnel de la musique jazz, mais le film ne convainc pas totalement. Notamment dans ses numéros chantés et dansés par Ryan Gosling et Emma Stone. Les deux acteurs font des efforts, Gosling ayant même pris à cœur d’apprendre suffisamment le piano pour ne pas être doublé lors des séquences où il en joue, mais leurs limites empêchent d’être vraiment transporté. On ne leur demande pas d’être les meilleurs danseurs et chanteurs du monde mais leurs performances ne sont guère élégantes et leur manque de charisme empêche toute empathie pour leur duo.

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La séquence inaugurale où un embouteillage monstre à l’entrée de Los Angeles se transforme en plan séquence rythmé semblait lancer le film sur de bons rails. Un premier numéro bien exécuté et qui formalise alors les espoirs de rêves de réussite pour une multitude d’aspirants artistes. Entre alors en scène Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling), elle rêve de devenir une actrice capable d’écrire ses propres rôles et lui d’ouvrir son club de jazz pour préserver la pureté de ce type de musique mise à mal. Deux destins qui vont s’entrecroiser et finalement se lier, les deux apprentis se nourrissant de leurs passions pour maintenir le cap de leurs attentes. Le temps qu’ils s’apprivoisent et tombent amoureux est ainsi cadencé par différents interludes musicaux.
L’aspect feel good inhérent au genre de la comédie musicale prend fin peu après que les deux tourtereaux se soient enfin embrassés sous les étoiles du planétarium rendu célèbre par le film La Fureur de Vivre. Une fin signifiée à l’écran par la fermeture en iris du plan. La romance va désormais faire face à la réalité d’une relation contrariée par les contingences et les rêves mis en sourdine pour subsister. La cassure irrémédiable sera même soulignée par l’arrêt du disque de jazz qui rythmait jusque là les échanges houleux de Mia et Sebastian au cours du dîner dans l’appartement de cette dernière. Dès lors, toute forme musicale sera absente le temps que chacun poursuive sa voie en solo.

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On remarquera que la plupart des hommages aux comédies musicales d’antan se retrouvent concentrés au moment de la conclusion lors de la séquence fantasmée dans la boîte de jazz tenue par Sébastien (à partir d’1mn29 du montage vidéo de Sara Preciado).

Une séquence revisitant l’histoire de Mia et Sebastian via le prisme des inspirations et des aspirations de Chazelle. Narrativement c’est plutôt habile puisque leur histoire d’amour est ainsi reléguée au fantasme et au conte de fée au moment où ils se retrouvent après avoir emprunté des voies différentes, pour autant, la scène tombe à plat car il ne se dégage aucune empathie particulière pour des personnages desservis par l’absence d’alchimie entre leurs interprètes. Comme tout au long du film, on observe un spectacle plaisant mais pas transcendant et peinant à impliquer émotionnellement. C’est vraiment problématique lorsque les émotions reposent sur les plans censés les formaliser.
Sur ce point, on peut effectivement opposer une divergence de sensibilité. Mais puisque certains critiques n’hésitent pas à se référer favorablement à d’authentiques réussites du genre, La La Land est à mille lieues de susciter autant de sentiments que ses glorieux aînés.

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Néanmoins, La La Land réussit à faire éclore un sentiment de mélancolie, qui infuse la seconde partie du métrage et imprègne plus encore la conclusion. Whiplash traduisait avec énergie que le talent seul ne suffit pas et que l’excellence nécessite certains sacrifices. Ici, Damien Chazelle trace clairement le même sillon et se montre intéressant dans sa manière de compléter ce questionnement. Le batteur de Whiplash se séparait brutalement de sa petite amie au prétexte qu’au final elle serait un frein à son ascension et accomplissement. La La Land implique deux amoureux en quête de reconnaissance individuelle qu’ils ne parviendront à atteindre qu’en mettant de côté leur amour. Une séparation définitive qui intervient sur un banc dans un parc au pied de l’observatoire où il se sont unis pour la première fois. Comme avec Whiplash, Chazelle conclut son propos d’un regard ambigu, ici l’échange entre ceux de Mia et Sebastian flottant entre amertume et gratitude. C’est en tout cas l’intention qui habitait le réalisateur :« Je suis ému par l’idée que l’on peut rencontrer quelqu’un au cours de notre vie qui nous transforme, nous guide vers un chemin qui nous permettre de devenir la personne que l’on a toujours voulu devenir, même si au final, on a besoin d’emprunter ce chemin seul. On peut avoir une relation qui va changer le reste de notre vie mais pas durer le reste de notre vie. J’ai trouvé ça à la fois beau, déchirant et merveilleux. Je voulais que le film soit à propos de ça ».

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Mais sont-ils vraiment devenus ce qu’ils désiraient ? Ces regards ne traduisent-ils pas plutôt un constat d’échec de leurs rêves et d’être passé à côté de ce qui était vraiment important ? Parce que si l’on examine de plus près, le club de jazz de Sebastian semble assez huppé et donc plutôt éloigné des racines populaires qu’il désirait ardemment raviver. Quant à Mia, elle est certes devenue une actrice mais elle est finalement seulement parvenue de l’autre côté du comptoir du café où elle officiait et a une vie bien rangée et chic avec mari et enfant. Remisant ses velléités d’auteur pour une reconnaissance limitée à se faire offrir ses consommations.
Une réussite professionnelle toute relative qui supplante non seulement son rêve mais un accomplissement personnel plus profond. C’était exactement le propos du brillant Joy de David O’Russell sorti en 2015 dans l’indifférence générale et qui adaptait l’histoire de cette ménagère qui inventa dans les années 90 le balai-serpillière auto-essorant et qui devint une véritable femme d’affaires. Elle est interprétée dans le film par Jennifer Lawrence et David O’Russell caviarde avec subtilité cette success story au ton enjoué d’une franche remise en cause de ce parcours qui l’aura vu renoncer à l’amour et à son désir de gamine de créer des choses.
Attention donc à ce que l’on célèbre.

Nicolas Zugasti

LA LA LAND
Réalisation : Damien Chazelle
Scénario :  Damien Chazelle
Production : Fred Berger, Jordan Horowitz, Gary Gilbert, Marc Platt, John Legend…
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Tom Cross
Direction artistique : Austin Gorg
Musique : Justin Hurwitz, Marius De Vries, Steven Gizicki et Benj Pasek, Justin Paul (paroliers)
Durée: 2h08
Origine : USA
Sortie française : 25 janvier 2017

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