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Walter Hill à Lyon (Photo JCL)

Walter Hill à Lyon
(Photo JCL)

Ce 10 octobre à Lyon, Walter Hill était l’invité du festival Lumière, organisé par l’Institut du même nom. Jusqu’au 16 octobre, la manifestation présente six films du cinéaste américain dont son dernier, (re)Assignment, qui ne sortira en France qu’au mois d’avril prochain. Également au programme un documentaire signé par Jean-Pierre Lavoignat, Christophe d’Yvoire et Nicolas Marki et une master class, discussion en public à laquelle s’est livré très gentiment Walter Hill. L’occasion pour lui de répondre aux questions d’Yves Bongarçon et d’aborder, devant une salle pleine — et chacun de ses films présentés au festival a connu le même engouement — des généralités et quelques-uns de ses films un peu plus en profondeur.

Commençons par les généralités. « Aucun réalisateur n’est modeste. On est une engeance à l’ego développé. On le déguise de différentes façons. » Ou : « J’ai toujours aimé les films mais je pensais pas en faire mon métier. Je suis le dernier cinéaste à n’avoir jamais fait d’école de cinéma. C’est par une série d’accidents que je suis arrivé à Hollywood. J’ai adoré ça et j’ai gagné ma vie ! » Cette série d’accidents, il la détaille un peu. Enfant asthmatique et bien que se jugeant en pleine forme une fois arrivé à l’âge adulte, il est réformé par l’armée. « Je savais que je voulais écrire. Le faire demandait une certaine arrogance. Il m’a fallu quatre ou cinq films pour en apprendre davantage sur l’écriture et le milieu. »

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Sam Peckinpah et The Getaway
Walter Hill fait ses classes de scénariste auprès de Sam Peckinpah, avec The Getaway (1972, Guet-apens), une adaptation de Jim Thompson. « Je l’avais écrite pour Peter Bogdanovich, qui devait la diriger. Il a abandonné le projet et Sam est monté à bord. Il arrivait d’Angleterre où il venait d’achever Straw Dogs (Les chiens de paille). On a ramené le récit à l’époque contemporaine. Sam parlait comme un cowboy et était beaucoup plus cultivé qu’il ne le laissait paraître. Il connaissait bien le cinéma. Il avait des problèmes médicaux et ce n’est pas briser un tabou de dire qu’il était alcoolique. Quand vous travaillez avec un alcoolique — il y en avait beaucoup dans ma famille — , vous devez faire attention. C’est gueule de bois… puis il boit… puis il est saoul et ça recommence. Et ce n’était pas facile de lui parler, surtout en tant que jeune scénariste. Dans le même temps, il était en pleine possession de ses moyens.  Je me souviens d’un jour où il était vraiment très en colère. Un article de Newsweek affirmait qu’il avait volé ses ralentis à Arthur Penn. Sam n’aimait pas du tout cette comparaison. Je lui ai dit que ce qu’il avait volé, c’était plutôt à Kurosawa. Il m’a rendu la vie dure pendant un jour ou deux !

Steve McQueen et sa carabine : "The Getaway" de Sam Peckinpah

Steve McQueen et sa carabine : « The Getaway » de Sam Peckinpah

« The Getaway n’est pas son chef-d’œuvre mais c’est un bon film. C’est en tout cas le dernier sur lequel il a eu vraiment le contrôle. Et ce fut son plus gros succès commercial. De lui, mon film préféré est Ride the High Country (Coups de feu dans la sierra). Et j’admire énormément The Wild Bunch (La horde sauvage). »

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L’assistanat et la première réalisation
Auparavant, Walter Hill avait été second assistant en 1968 sur Bullitt de Peter Yates et The Thomas Crown Affair (L’affaire Thomas Crown) de Norman Jewison. Pour Hard Times (Le bagarreur), son premier film en tant que metteur en scène en 1975, il dirige Charles Bronson et James Coburn, « deux big stars ». « J’avais été second assistant et j’avais travaillé sur des publicités et des séries TV comme Gunsmoke mais c’était ma première réalisation. J’ai ainsi appris la différence entre la bonne photographie et la photographie tape-à-l’œil. Malgré tout, j’étais à l’aise sur le plateau, je connaissais les techniciens et leur travail et j’avais de bonnes relations avec le chef-op, Philip Lathrop. On ne peut pas se préparer à être réalisateur. On peut ou on ne peut pas. Reste à trouver sa propre manière de raconter une histoire. On est naked and alone, tout nu et tout seul. Quand on commence à réaliser, faut y aller ! Ma grosse erreur au départ a été de ne pas me couvrir avec assez de rushes. J’ai ensuite travaillé (NDA : à l’occasion des Guerriers de la nuit, de 48 heures et d’Extrême préjudice) avec Billy Weber, le monteur de Terrence Malick, qui m’a fait comprendre que le film naissait véritablement dans la salle de montage.« 

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John Wayne
En 1976, après la sortie du Bagarreur, on propose à Walter Hill de travailler avec John Wayne sur The Shootist (Le dernier des géants). « On m’a passé le script, une histoire où le personnage principal mourait d’un cancer. Or, John Wayne lui-même était alors en train de mourir de cette maladie. Je ne voulais pas tourner cela. J’aurais préféré faire La rivière rouge. Don Siegel a finalement fait The Shootist. Le film est bien mais je n’ai pas regretté. Et ce n’est pas le meilleur film de Siegel ni de Wayne. Il a une valeur sentimentale et, vous l’avez compris, je ne suis pas un sentimental ! »

(re)Assignment
Après diverses questions sur 48 heures, Brewster’s Millions (Comment claquer un million de dollars par jour ?), Southern Comfort (Sans retour — « J’aime énormément ce film ») ou l’influence possible de Jean-Pierre Melville sur son cinéma — une question que, dit-il, « on aime me poser en France » —, il en arrive à son dernier film, (re)Assignment. Un thriller qui oscille entre le film noir post-moderne — Walter Hill préfère parler de « style post-néo-noir » —, proche de Sin City dans le sens où, souvent, les images se figent en dessins mais sans ce graphisme éminemment glauque et alléchant de Frank Miller, et la réflexion philosophique.

Michelle Rodriguez dans "(re)Assignment"

Michelle Rodriguez dans « (re)Assignment »

Sans en dévoiler trop, disons simplement qu’un médecin rayé de l’ordre et qui pratique des opérations clandestines (Sigourney Weaver), va transformer un tueur à gages… en tueuse fortement armée. Un double rôle duquel Michelle Rodriguez se tire à merveille. Dans le film, Sigourney est une artiste dont l’œuvre lui échappe. Ses citations de Shakespeare ou Edgar Allan Poe sur la moralité de l’art donnent évidemment de la profondeur à ce récit violent qui, sans cela, pourrait rester un peu creux quoique formidablement rythmé et mis en scène.

À propos de cette citation de l’auteur du Chat noir, Walter Hill explique que « le style et la présentation peuvent devenir une véritable forme d’art. Mais si ça ne marche pas, on n’a pas à être désolé pour le réalisateur. Il vaut mieux l’être pour ceux qui vivent en Syrie actuellement. » Tourné en 25 jours, (re)Assignment s’intitulait au départ Tomboy, A Revenger’s Tale. Parti d’un scénario de Denis Hamill datant de 1978, Hill fait appel à Matz, scénariste de bandes dessinées, avec qui il avait travaillé sur Bullet to the Head (2012, Du plomb dans la tête). Avec le dessinateur Jef, Matz et Walter Hill sortent la bédé Corps et âme chez Rue de Sèvres, qui deviendra au cinéma Tomboy puis (re)Assignment. « Et peut-être, prévient Walter Hill, le titre changera encore. »

Jean-Charles Lemeunier

Un des plus gros succès de Walter Hill, Streets of Fire (1984, Les rues de feu).

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