Home

charley-3d

 

Le western britannique existe et Artus Films le prouve en sortant en DVD l’étonnant Charley One-Eyed (Charley le borgne) que réalise à Almeria Don Chaffey en 1973. Étonnant parce que rarement film de cette époque traite ainsi le problème du racisme et de la hiérarchie des couleurs de peau.

 

 

CHARLEY ONE-EYE, Richard Roundtree, 1973

CHARLEY ONE-EYE, Richard Roundtree, 1973

Charley le borgne s’ouvre sur un homme qui court. Il est Noir et, en cette époque de Black Panthers (les historiens affirment qu’entre 1971 et 1973, un millier de Noirs furent abattus par la police américaine), on pense naturellement qu’il fuit des violences racistes. Dans l’esprit des spectateurs de 1971, un homme noir qui court éperdument est à la recherche de la liberté. Et celui-ci, incarné par Richard Roundtree, qui sort juste du succès de Shaft, l’est, libre. Un flashback nous explique que ce soldat — l’action doit se dérouler aux alentours de la guerre de Sécession — a eu la fâcheuse idée de coucher avec une Blanche, qui plus est la femme d’un gradé. La sympathie du spectateur se range donc immédiatement du côté de cet homme en quête de liberté. Lequel tombe sur un étrange Indien, silencieux comme les pierres, estropié et au regard bleu pénétrant, très beau rôle — son meilleur affirme même Alain Petit dans le bonus, ce en quoi on lui donne totalement raison — pour Roy Thinnes (« David Vincent les a vus », c’est lui, dans Les envahisseurs). Et voilà notre Black qui, face à l’homme rouge, devient odieux, raciste.

 

charley-02

 

Voici donc la première équation posée. Le Blanc est supérieur au Noir, lui-même supérieur à l’Indien. Cette traversée du désert va imposer au pauvre Thinnes une série d’humiliations, d’insultes, autant d’ignominies qui montrent qu’un homme lui-même victime du racisme va à son tour se transformer en salaud. Puis, arrivent successivement des Mexicains et un chasseur de primes blanc (Nigel Davenport), qui vont renforcer la précédente formule mathématique et redistribuer quelques cartes. Dans l’ordre du meilleur au moins bon — c’est du moins la hiérarchie que semblent admettre la plupart des protagonistes —, nous allons désormais avoir le Blanc, le Noir, le Mexicain et l’Indien.

 

charley-01

 

Toutes ces tensions, fortement mises en scène et sacrément bien jouées, nourrissent un récit westernien épuré, à la limite du symbolisme : un homme, puis deux puis plusieurs au milieu du désert, se déplaçant dans une seule direction et illustrant les travers d’une société raciste à haute dose. Visuellement, le film est proche des westerns européens et de leur lot de crasse, de violence et de cynisme.

Connu pour Jason and the Argonauts (1963, Jason et les Argonautes), One Million Years BC (1966, Un million d’années avant J.-C.), The Viking Queen (1967, La reine des Vikings) et Pete’s Dragon (1977, Peter et Elliott le dragon), Don Chaffey change ici complètement de registre et quitte l’honnête film d’aventures — et les Argonautes, Raquel Welch en peau de bête et Carita harnachée en armure sexy du meilleur effet nous ont laissé d’excellents souvenirs — pour aborder des rivages plus abstraits, beaucoup plus méditatifs et fortement politiques. Tout est ici chargé de symbole, telle cette ouverture où le fuyard, profitant d’un combat entre un chien noir et un chien blanc, se jette avidement sur la charogne qu’ils se disputent.

 

one-million-years-bc

 

Connaissant parfaitement son métier, Chaffey réserve à ses personnages, et du coup aux spectateurs, une parenthèse enchantée qu’il situe dans une église en ruines. L’humain, quand il se pose et n’est plus ni affamé ni assoiffé, peut enfin baisser les armes et mettre en veilleuse son besoin de supériorité. Le Noir et l’Indien se rapprochent, sympathisent et l’on se dit alors que, hors société, l’humanité n’est peut-être pas si mauvaise.

 

CHARLEY ONE-EYE, Richard Roundtree, Roy Thinnes, 1973

CHARLEY ONE-EYE, Richard Roundtree, Roy Thinnes, 1973

 

Et ce Charley qui est borgne, alors ? Il s’agit d’un poulet mais s’il fallait parler du récit éponyme, on dirait qu’il n’a qu’un seul œil mais le bon ! Les quelques chanceux qui avaient pu voir le film à l’époque de sa sortie ne s’y étaient d’ailleurs pas trompés et Charley le borgne jouissait d’une petite réputation culte qu’il nous était jusqu’à présent impossible de vérifier. On dit merci à qui ? À un éditeur qui a du flair et nous en fait profiter.

Jean-Charles Lemeunier

Charley le borgne

Titre original : Charley One-Eye

Année : 1973

Pays : Angleterre

Réalisateur : Don Chaffey

Scénario : Keith Leonard

Photo : Kenneth Talbot

Musique : John Cameron

Montage : Mike Campbell

Avec Richard Roundtree, Roy Thinnes, Nigel Davenport, Jill Pearson, Aldo Sambrell…

Sorti chez Artus Films en DVD le 6 septembre 2016.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s