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Difficile, lorsque l’on prend en marche le train d’une sélection, s’accrochant ici et là à quelques-uns des derniers wagons, de donner une vue précise de l’ensemble. Alors que le palmarès de la sélection officielle du 69e festival n’est pas encore tombé, que retiendra-t-on de l’édition 2016 de la manifestation cannoise ? Sans doute que le corps y fut à l’honneur, plus que jamais. Vivant, malade, malmené, subversif, vieillissant, ectoplasmique ou réduit en cendres, il s’est souvent retrouvé plein cadre.

Le corps vivant, inutile de le préciser, sera présent dans chacun des films projetés sur la Croisette. Avec une préférence pour Le cancre de Paul Vecchiali où, octogénaire, le corps est quasiment omniprésent, élégamment vêtu et à la recherche des émois qu’il a connus par le passé. Dans ce joli film attendrissant que l’absence de moyens n’affaiblit aucunement, le cinéaste revient sur toutes les femmes qui ont jalonné son parcours. Darrieux est bien sûr de la partie, son nom inscrit sur une plaque qui trône dans la villa de Vecchiali, mais d’autres encore que, malicieusement, le réalisateur devenu ici son propre acteur, convoque devant sa caméra : Françoise Lebrun, Édith Scob, Françoise Arnoul, Annie Cordy, Catherine Deneuve et Marianne Basler.

 

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La séance spéciale de « La mort de Louis XIV » : Jean-Pierre Léaud et Albert Serra dans la salle du Soixantième (Photo Christian Delvoye)

 

Le grand corps malade du festival a une double appartenance : il est à la fois celui du Roi-Soleil, dont Albert Serra filme formidablement l’extinction dans La mort de Louis XIV, et celui de son interprète, Jean-Pierre Léaud, dont ce grand retour sur écran est salué aujourd’hui par la remise d’une Palme d’or d’honneur amplement justifiée. La caméra de Serra reste au plus près de ce visage couronné d’une perruque gigantesque, de ces jambes meurtries et de ces pieds gonflés que gagne inexorablement la gangrène et qui noircissent lentement. Un vrai film d’auteur, avec un parti pris évident !

 

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Isabelle Huppert dans « Elle » de Paul Verhoeven

 

Le corps malmené sera forcément celui d’Isabelle Huppert dans Elle de Paul Verhoeven, dont on attendait avec curiosité et quelque crainte le retour au travail sous bannière tricolore. Nous n’aurons pas à désespérer : Verhoeven est égal à lui-même : violent, dérangeant, manipulateur, enthousiasmant. Malmenée, Huppert l’est dès les premières minutes avec une dure séquence de viol. Tout au long du film, son corps va subir beaucoup de coups et quelques caresses, des humiliations jusque par images virtuelles, des blessures et l’actrice, formidable comme à son habitude, va prendre cette distance, ce recul qui lui feraient mériter un prix d’interprétation si cela ne dépendait que de moi.

 

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L’équipe de « Captain Fantastic » le soir de la présentation à Un Certain Regard (Photo : Christian Delvoye)

 

Côté subversion, c’est le corps de Viggo Mortensen dans Captain Fantastic — prix de la mise en scène Un Certain Regard — qui remporte le pompon : sauvage, complètement dérangeant à force d’être sain, offert à la vue de tous, il réussit tout ce que Sean Penn rate avec The Last Face : comment dire merde à l’establishment sans pathos ni bons sentiments au rabais. Autant dire que la platitude de The Last Face ne fait pas le poids devant Captain Fantastic — sur deux sujets qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre, si ce n’est que l’image de rébellion qui colle à Penn n’est pas du tout illustrée dans son film, contrairement à celui de Matt Ross.

 

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Kristen Stewart dans « Personal Shopper » d’Olivier Assayas, un autre choix possible pour un prix d’interprétation

 

Et puisque l’issue du corps est la mort, au moins par trois fois dans ce festival il fut question de cendres funéraires dont on doit se débarrasser, dans des toilettes (selon la volonté de la défunte dans Captain Fantastic) ou ailleurs (Julieta, Elle), et d’un enterrement dont on veut absolument s’occuper (La fille inconnue). Sans oublier les ectoplasmes de Personal Shopper d’Olivier Assayas, dont les apparitions en ont fait frissonner plus d’un. Assayas qui, décidément, confie à Kristen Stewart, après Sils Maria, de très beaux rôles, beaucoup plus riches émotionnellement que celui confié par Woody Allen dans Café Society.

Comme les films pour Truffaut, le festival est ce train qui roule dans la nuit et poursuit ensuite son parcours longtemps dans les têtes. Ensuite, quand à savoir lequel des wagons va se détacher et prendre la tête du convoi, c’est une autre histoire que nous laissons cette année aux spécialistes guidés par George Miller.

 

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L’arrivée du jury : ici George Miller, le président, suivi de Valeria Golino (Photo Christian Delvoye)

 

Allez, encore quelques heures et on saura tout du palmarès 2016.

Jean-Charles Lemeunier

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