Home

Ave cesar affiche

Hail Caesar (Avé César) avait tout pour plaire : la signature des frères Coen, le sujet (Hollywood des années cinquante), le casting mené par George Clooney, Josh Brolin, Scarlet Johansson et Tilda Swinton. Il faut malgré tout se rendre à l’évidence : ceux qui vont mourir d’ennui ne saluent même plus.

Entendons-nous bien : destiné tout à la fois au grand public et aux cinéphiles purs et durs, ces fameux moviegoers, le film est constellé de clins d’oeil pour happy few comme autant de moustiques écrasés sur le pare-brise d’une voiture en bord de mer, l’été. Alors, oui, on peut s’amuser à faire le malin et à relever à tour de bras ces grandes allusions : la première séquence sort tout droit de The Big Sleep (1946, Le grand sommeil, Howard Hawks) ; Scarlet Johansson est une Esther Williams chorégraphiée par Busby Berkeley ; Channing Tatum est tout à la fois Gene Kelly lorsqu’il danse et Lénine lorsque, sur sa barque, il part au devant de son destin. Le scandale dont tout le monde parle à propos d’une vedette renvoie à Clark Gable qui, une fois célèbre, fit virer du plateau d’Autant en emporte le vent le réalisateur George Cukor qui en savait un peu trop sur son passé. Et on parierait volontiers que, dans son double rôle de jumelles, Tilda Swinton est à la fois Louella Parsons et Hedda Hopper, les deux plus fameuses columnists, c’est-à-dire pêcheuses de ragots de l’époque. D’ailleurs, à ce propos, les frangins Coen n’ont pas même eu l’idée d’opposer, à travers les deux sœurs, les deux types de presse qui touchent à Hollywood : celle des cancans et celle, plus intellectuelle, qui fait de la critique sérieuse ? Ils pouvaient y ajouter encore la presse économique style Variety. Non, ils pensent faire rire avec Thora et Thessaly jouées par la même actrice, de la même façon.

Ave cesar josh brolin

Bon, une fois que l’on a compris que les Coen connaissaient le cinéma sur le bout des ongles et étaient capables de nous recycler à l’identique une comédie musicale, un ballet nautique, un western de série B, un drame romantique ou un péplum, que reste-t-il de Avé César ? Une ambiance et, malheureusement, rien que cela. Certes, voir Josh Brolin dans le rôle d’un fixer (quelqu’un qui règle les problèmes de tournage), à la solde des Capitol Films, déambuler d’un studio à l’autre et trouver des solutions à des dilemmes plus ou moins sordides met l’eau à la bouche. Et puis ? Et puis rien. Le film dans le film avec Clooney, un péplum qui oscille entre Ben Hur et La tunique, ne nous amène chronomètre en main qu’un seul gag, avec le discours final au pied de la croix. C’est peu ! Quant à la bande de scénaristes communistes, réunis autour d’un professeur qui porte le même nom que le grand philosophe marxiste américain Herbert Marcuse, elle est prétexte à de longs tunnels verbeux pas du tout drôles. Parfaitement ridicules, ces écrivains communistes se vantent dans Avé César d’avoir pu écrire dans des films totalement anodins une ou deux phrases de dialogue pro-soviétiques sans que personne ne s’en rende compte. C’est vrai mais, sans vouloir jouer les vierges effarouchées, il serait quand même bon de rappeler que, dans ces mêmes années cinquante, ces scénaristes étaient en prison ou interdits de travailler. Comme quoi, la réalité est beaucoup moins marrante qu’une fiction qui prend des virages réactionnaires sous prétexte de faire rire. Et qui n’y parvient pas. Lubitsch avait mieux réussi à se moquer des Russkofs dans Ninotchka.

Ave cesar clooney

Le problème, avec Avé César, est qu’on s’y ennuie ferme. Et qu’on se demande à quel moment le récit va vraiment démarrer. Quand enfin on a compris qui en voulait à Clooney, il est trop tard. Et l’explication, comme un pétard mouillé, est navrante.

Qu’est-il arrivé aux auteurs de Fargo, de The Big Lebowski et de Barton Fink ? De leurs personnages riches en couleurs qui peuplaient tous ces films ? Les Frances McDormand, John Goodman, John Turturro, Julianne Moore, Steve Buscemi, Peter Stormare ? Ici, les différentes apparitions de Scarlet Johansson (la Esther Williams de service dont toutes les séquences finissent en queue de poisson), d’Alden Ehrenreich en cowboy ridicule, de Ralph Fiennes en cinéaste mondain, des déjà citées Tilda Swanton, de Jonah Hill, de Christophe Lambert, de Frances McDormand dans une séquence totalement dénuée d’humour où elle incarne une monteuse qui s’étrangle, bref de tous ces gens connus qui font un petit tour devant la caméra, n’amènent strictement rien et c’est tout juste si, en sortant de la salle, on a envie de se remémorer leur présence.

Ave-Cesar Scarlet

Quand à la morale de l’histoire, qui montre à grands coups d’avertisseur que le cinéma ne vaut rien mais que rien ne vaut le cinéma, on a envie de secouer les Coen. Oh, les Brothers, réveillez-vous ! Un milieu où il y a du bon et du moche ? Du bad et du beautiful ? Les ensorcelés de Minnelli, ça vous parle ?

Jean-Charles Lemeunier

Avé César

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Réalisation, scénario et montage : Joel et Ethan Coen

Photo :Roger Deakins

Musique : Carter Burwell

Avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Jonah Hill, Tilda Swinton, Channing Tatum, Frances McDormand, Christophe Lambert…

Sorti le 17 février 2016.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s