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jaquette le tueur

Seize ! Vous avez bien lu : c’est bien seize films de SF américains des années cinquante qui sortent chez Bach Films, dans des DVD comportant deux titres. Produits par les studios chicos, telle la Columbia, ou fauchés — Allied Artists —, ces films peuvent être de véritables petits bijoux, comme Rocketship X-M (1950, Vingt-quatre heures chez les Martiens) de Kurt Neumann, Flight to Mars (1951, Destination Mars) de Lesley Selander qui lui ressemble sur bien des points, Creature with the Atom Brain (1955, Le tueur au cerveau atomique) d’Edward L. Cahn ou Not of This Earth (1957, Pas de cette terre) de Roger Corman. D’autres, comme The Astounding She-Monster (1957, L’incroyable créature de l’espace) de Ronald Ashcroft sont tellement minimalistes qu’un tel degré de nanaritude est à marquer sur les curseurs de notre intérêt. Certains rapprochent même Ashcroft du mythique Ed Wood Jr : il a, en effet, été son assistant sur Night of the Ghouls et il utilise un acteur, Kenne Duncan, qui est apparu dans trois ou quatre films avec lesquels Wood a quelque chose à voir.

Puisque produits en pleine guerre froide, ces films ont toujours eu la sale réputation d’être anticommunistes. D’autant plus que Mars étant surnommée « Red Planet« , le Rouge allait très bien aux Soviétiques. L’anticommunisme est bien réel pour certains mais, dans l’ensemble et contrairement aux idées reçues, beaucoup de ces films de SF américains des années cinquante présentent les extra-terrestres comme des gens tout à fait fréquentables.  Ainsi, dans Flight to Mars, non seulement ils sont comme vous et moi et parlent même un meilleur anglais — en tout cas que moi, vous, je ne sais pas — mais ils sont en outre très accueillants. Bon, on s’apercevra que, comme chez les humains, Bons et Méchants se côtoient mais, finalement, quoi de plus naturel. Dans The Cosmic Man (1959, L’homme cosmique, Herbert S. Greene), l’alien est beaucoup plus en avance que l’humain, tant d’un point de vue technique qu’intellectuel. Et dans Red Planet (1952, La planète rouge, Harry Horner), même si la compétition est effective entre les États-Unis et l’Union soviétique — d’autant plus que les Russes ont eu le mauvais goût de faire appel à un savant nazi, beurk —, les nations belligérantes peuvent faire ce qu’elles veulent, les peuples se rangent sous la bannière (étoilée) de Dieu. Car, roulements de tambours, le message qui vient de Mars vient de Lui itou.

invaders from mars

Bon, soyons honnêtes, parfois tout ne se déroule pas dans le meilleur des mondes possibles. Les pires sont sans doute Les Envahisseurs de la planète rouge parce que, non seulement ils ne sont pas gentils, mais ils prennent l’apparence de Monsieur et Madame Tout-le-Monde pour mieux pouvoir nous berner. Eux, ce sont les vrais communistes vus par les maccarthystes, de méchantes gens qui ressemblent à n’importe quel Américain mais sont là pour nuire. Dans le même genre, on pourra préférer l’incontournable Invasion of the Body Snatchers (1956, L’invasion des profanateurs de sépultures) de Don Siegel. D’autant plus que le réalisateur des Envahisseurs de la planète rouge n’est autre que William Cameron Menzies, un des plus grands décorateurs du cinéma hollywoodien, déjà auteur de Things to Come (1936, La vie future) d’après H.G. Wells. Mais qui, ici, ne parvient pas à sauver du ridicule ses créatures de l’espace.

the astounding-she-monster

La plus rigolote de ces extra-terrestres encombrants est l’Incroyable créature de l’espace, une nana plutôt gironde engoncée dans une tenue super moulante et qui, toute seule, veut faire la peau au genre humain, c’est-à-dire à quatre personnes. Bon, allez, et à un chien aussi. Il y a ici beaucoup moins d’argent que dans un compte de campagne des Républicains mais le film en devient fascinant, beaucoup plus qu’un tract des mêmes. Ne sachant trop quoi faire, vu le manque de décors à leur portée, les acteurs font des allers-retours entre une maison et ses alentours.

hideous-sun-demon

Dans L’incroyable créature de l’espace, le principal rôle masculin est tenu par Robert Clarke, également présent dans Hideous Sun Demon, qu’en plus il réalise. Pas très connu chez nous, le Robert est beaucoup plus culte chez nos cousins d’outre-Atlantique et la meilleure des preuves est qu’il est présent dans The Naked Monster (2005), film hommage à la grande période SF du cinéma américain dans lequel il côtoie Kenneth Tobey et Robert Cornthwaite (dont les personnages portent les mêmes noms que les acteurs avaient dans La chose d’un autre monde), John Agar (même nom que dans Tarantula) et deux scream queens des années quatre-vingt, Brinke Stevens et Michelle Bauer. Quant à Robert Clarke, il incarne dans The Naked Monster le major Allison, d’après le pilote qu’il jouait dans Beyond Time Barrier (1960) d’Edgar G. Ulmer. Mais revenons à Hideous Sun Demon. Robert Clarke, acteur pas désagréable du tout, est un scientifique qui, atteint par la radio-activité au cours d’une expérience, va se transformer en monstre hideux au soleil. Comme pour Jekyll et Hyde, la transformation ne dure qu’un temps. Vêtu d’une combinaison en caoutchouc qui lui donne l’aspect de la créature du lac noir ayant un peu forcé sur le hamburger, Clarke joue au yoyo entre le savant paniqué et le bibendum irritable. Curieusement, le film n’est pas si mal foutu que cela et montre la dépendance du personnage à l’alcool et à la liberté, comme cette jolie chanteuse avec laquelle il couche alors qu’il a une amoureuse au labo. En tant que cinéaste — et c’est dommage car c’est le seul film qu’il a réalisé —, Clarke prouve que lui aussi est accro à la liberté, se permettant des séquences qui semblent impensables à l’époque. Autre avantage, il tourne la quasi totalité de son film en décors naturels et se paie même un finale à la White Heat (1949, L’enfer est à lui, Raoul Walsh) dans une raffinerie.

cosmic man

Si ce n’est quelques-uns, dont le déjà cité L’incroyable créature de l’espace, tous ces films sont finalement plutôt bien ficelés et joués par des acteurs qui ont fait leurs preuves ici et là : citons John Carradine, Cameron Mitchell, Albert Dekker, Lloyd Bridges, Peter Graves, Gene Barry, Rod Taylor et le quasi-omniprésent Morris Ankrum, que l’on retrouve dans pas moins de six des films présents dans la collection. Sur un scénario écrit par Curt Siodmak, le frère de Robert, Le tueur au cerveau atomique mêle toutes les terreurs de l’époque : péril atomique, nazis rescapés de la guerre, ennemis qui ressemblent à des citoyens normaux, etc. Edward Cahn, le cinéaste, connaît son affaire et le look de ses tueurs, au regard figé et à la démarche de zombie, est irréprochable. On pourra d’ailleurs rapprocher ces derniers de l’inquiétant extra-terrestre de Not of This Earth, avec ses lunettes noires. En quelques plans bien mitonnés, Corman nous sert un bon film qui ne sent pas du tout le réchauffé. C’est indéniable, Corman est aussi bon producteur que réalisateur. Là où le producteur compte ses sous et donne au cinéaste trois dollars et quelques jours pour boucler le métrage, le cinéaste fait des merveilles et l’économie rend parfois meilleurs des sujets qui auraient pu être tournés avec une abondance de moyens. En tout cas, chez Corman, c’est vrai.

Enfin, puisque Kurt Neumann signe trois films de la collection, un petit arrêt sur image sur la carrière de ce monsieur ne sera pas de trop. Connu essentiellement pour ses Tarzan produits par Sol Lesser, avec Johnny Weissmuller puis Lex Barker, et ses films de science-fiction — le plus réputé étant The Fly (1958, La mouche noire) qui servit de point de départ à Cronenberg près de trente ans plus tard, ce cinéaste d’origine allemande et arrivé aux États-Unis au début du parlant a appris son solide métier dans les départements B d’Universal, de Paramount, des studios Hal Roach, de la MGM et de la Fox. Ce qui ne l’a pas empêché de travailler pour des compagnies beaucoup plus petites, telles que King Brothers ou Lippert Pictures. C’est justement cette dernière maison qui distribue Vingt-quatre heures chez les Martiens. Là encore, l’économie de moyens donne des ailes à Neumann, qui transforme le compte à rebours du lancement de la fusée en un véritable suspense. Le film donne en outre plusieurs indications sur l’époque à laquelle il a été tourné. Il en va ainsi de la misogynie flagrante : une femme fait partie de l’équipage de la fusée. « Que fait une femme comme vous ici, avec quatre hommes ? » s’inquiète Lloyd Bridges. Osa Massen répond par une interrogation : « Vous pensez que les femmes sont faites uniquement pour cuisiner et élever les enfants ? » Et Bridges, qui ne se démonte pas : « C’est déjà pas si mal ! » L’échange ne serait pas dramatique en soi s’il n’était suivi de ce petit sourire de l’actrice qui en dit long sur la manière de penser de l’époque. La guerre nucléaire flotte aussi sur le scénario, témoin des angoisses des années cinquante. Ici, la bonne humeur est de mise, d’autant plus que Noah Beery Jr en rajoute sur le côté Texan de son personnage. On assiste également à un joli atterrissage sur la planète rouge — et le noir et blanc prend une teinte adéquate —, fait à la main, comme pour un créneau. Si, d’après ce qu’indique le générique, le film est écrit par Neumann lui-même avec des dialogues additionnels d’Orville Hampton, il semble que le grand scénariste Dalton Trumbo ait apporté également sa patte. N’oublions pas qu’à l’époque, il est en prison avec les Dix d’Hollywood pour ses idées communistes et qu’il sera ensuite placé sur une liste noire. On est loin bien sûr de la réunion de crétins soviétisants que filment les frères Coen dans le très décevant Hail Caesar (Avé César).

kronos

Poursuivons avec Neumann. Cette bonne surprise que constitue Vingt-quatre heures chez les Martiens a dû être partagée puisque, l’année suivante avec Destination Mars, Lesley Selander reprend plusieurs des éléments du premier film : la cabine de la fusée, l’équipement des pionniers de l’espace, leurs couchettes, tout semble à l’identique. Avec She Devil et Kronos, tous deux tournés en 1957, Neumann explore deux genres différents de la science-fiction. Dans le premier, pour sauver une femme (Mari Blanchard), deux médecins (Jack Kelly et Albert Dekker) lui injectent un sérum qui va la rendre immortelle et diabolique. Dans le second, ce sont les aliens qui dépêchent sur Terre une machine qui va pomper toute l’énergie de notre planète. Dans les trois films présents dans cette collection, Neumann maîtrise parfaitement son sujet.

Jean-Charles Lemeunier

Seize films en huit DVD sortis chez Bach Films le 4 janvier 2016

24h chez les Martiens (Kurt Neumann)/Destination Mars (Lesley Selander)
Hideous Sun Demon (Robert Clarke)/She Devil (Kurt Neumann)
L’incroyable créature de l’espace (Ronald Ashcroft)/Pas de cette terre (Roger Corman)
Le tueur au cerveau atomique (Edward L. Cahn)/L’homme cosmique (Herbert S. Greene)
Les envahisseurs de la planète rouge (Menzies)/La planète rouge (Harry Horner)
La serre géante (Fred Sears)/La montagne mystérieuse (Edward Nassour)
Kronos (Kurt Neumann)/Le 27e jour (William Asher)
Le sous-marin atomique (SG Bennet)/Un monde sans fin (Edward Bernds)

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