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Son nom a beau être Bond, James Bond, il n’en est pas moins un ringard. C’est du moins ce qu’affirme le bien nommé C — comme connard, mais il préfère qu’on l’appelle par son prénom, Max — dans 007 Spectre, la toute nouvelle aventure de l’immortel héros de Ian Fleming. Déjà riche en nouvelles têtes, Ralph Fiennes remplaçant Judi Dench dans le rôle de M et le geek Ben Wishaw nous faisant de plus en plus regretter le bon vieux Q de notre enfance qu’était Desmond Llewelyn, voilà donc que les services secrets britanniques s’octroient un nouveau chef, incarné par Andrew Scott. Un nouveau chef qui, surfant sur le jeunisme ambiant, classe définitivement les 00 — et donc notre Jimmy Bond, septième dans cette catégorie — au même rang que les dinosaures qui sont la clef de voute du musée d’histoire naturelle londonien, vous savez, à droite sur Cromwell Road, face au lycée français Charles-de-Gaulle. Bond un reptile du crétacé ? C’est en tout cas ce qu’affirme C, qui préfèrerait le remplacer par un drone.

Nous voilà donc avec 007 Spectre au cœur d’une nouvelle querelle des modernes et des anciens. Et comme Sam Mendes, le réalisateur, se place du côté de Bond, il décide de pratiquer le cahier des charges à la manière de ces épisodes de séries familiales qui, la fin de l’année venant, proposent un pot-pourri de tout ce qui s’est passé auparavant. N’avez-vous jamais vu, dans Friends ou Malcolm ou Une nounou d’enfer ou How I Met Your Mother, ces épisodes digest qui lient plusieurs séquences déjà vues par un fil très ténu ? Style : te souviens-tu quand… ?

Ainsi, dans 007, James entend reparler de ses anciens ennemis, ceux qu’il a dégommés par le passé. Ainsi doit-il subir, mais en raccourci, les passages obligés : la bad girl (Monica Bellucci, cinq minutes montre en main), la base cachée (on s’en débarrasse vraiment très rapidement), le méchant costaud façon Jaws/Richard Kiel ou Robert Shaw dans Bons baisers de Russie — il meurt d’ailleurs de la même manière —,  la good girl (Léa Seydoux) et l’amourette très culcul la praline, etc.

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Bon, tout démarre à fond les manettes avec une séquence digne des films précédents : la fête des morts de Mexico vaut la course en Afrique de Casino Royale, la poursuite italienne de Quantum of Solace et celle stambouliote de Skyfall. Tout est formidablement orchestré jusqu’à l’arrivée de l’hélico qui, avouons-le, pousse le bouchon un peu loin. Que retenir de ce qui est annoncé comme l’ultime participation de Daniel Craig à la série ? Que Bond a perdu l’intériorité et la noirceur qui faisaient tout le panache de Skyfall — alors que les scénaristes sont les mêmes dans les deux films. Que le très méchant incarné par Christoph Waltz qui, dans une scène, semble quasiment être le frère jumeau de Bond (ce que nous rabâchent les dialogues), est nettement en dessous du personnage diabolisé par Javier Bardem dans l’opus précédent. Que la scène de torture est réussie quoiqu’elle devienne, elle aussi, une figure imposée de la saga. Que la séquence où Bond atterrit dans l’antre romain du Spectre, quoiqu’improbable, vaut le coup d’œil sans doute grâce à l’attitude de Waltz. Et que celle qui suit, folle chasse à l’homme dans les rues de Rome, si pleines de décombres ainsi que le chantait Dylan, est agréable à suivre.

Et puisqu’on apprécie les successives aventures de l’espion britannique, que reste-t-il de nos amours à la fin de 007 Spectre ? Un sentiment de frustration, d’autant que le climax final qui rappelle fortement Casino Royale est assez bâclé comme l’a été, je l’ai déjà mentionné, la destruction de la base de Waltz — et ce n’est pas spoiler que de l’écrire, cela arrive à chaque fois. Quant à la fin, qui signifie clairement le départ de Craig de la série, elle est trop sommaire pour convaincre.

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Alors ringard, Bond ? Sam Mendes affirme que C n’est pas parvenu à la prouver mais tendrait à dire le contraire. Comme si ces méchants cinématographiques sortis de nulle part ne faisaient plus le poids dans notre monde, ce monde où un Spectre sanguinaire s’est autoproclamé d’une manière autrement plus féroce. Comme si Bond sortait du siècle passé, impuissant face à de nouveaux héros de la trempe du (à mon goût) surclassé Jason Bourne. Comme si la saga avait besoin d’un souffle nouveau. Ce qui ne saurait tarder.

Jean-Charles Lemeunier

007 Spectre
Titre original : Spectre
Pays : Royaume uni – États-Unis
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : John Logan, Neal Purvis, Robert Wade, Jez Butterworth
D’après Ian Fleming
Photo : Hoyte Van Hoytema
Musique : Thomas Newman
Montage : Lee Smith
Production : Barbara Broccoli, Michael G. Wilson, Daniel Craig…
Avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fiennes, Monica Bellucci, Andrew Scott, Ben Wishaw, Naomie Harris, Roy Kinnear, Jesper Christensen…
Sortie : 11 novembre 2015

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