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Le cinéma de genre des années 80 fait-il encore des émules crédibles ? Sorti la semaine dernière au Québec après avoir récolté de nombreux prix dans les festivals, Turbo Kid fournit une réjouissante réponse à cette question. Coproduction entre le Canada et la Nouvelle- Zélande – un pays, rappelons-le, grand pourvoyeur de pellicules azimutées (songeons seulement au travail de Peter Jackson ou d’Andrew Niccol) – cette série B, un poil zédifiante autant par volonté de distanciation que par économie de moyens, reconnecte les enjeux de l’industrie cinématographique d’aujourd’hui avec la liberté de la sous-culture filmique d’autrefois. On ne se le cachera pas, une partie du public comme des exploitants exposés à la chose ignorent qu’on leur parle-là, dans Turbo Kid, d’un temps que les moins de 35 ans et les lecteurs de critiques pépères et académiques ne peuvent pas comprendre. Pourtant, il est à parier que le film signé par François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell saura aussi convaincre ces spectateurs qui, à défaut de décoder les références alignées tout au long du métrage, apprécieront ce petit air de déjà-vu (« mais où ? », se demanderont-ils) assumé par le projet. Nostalgique, oui, mais non, donc ! C’est sans doute dans cette antinomie volontaire que réside le véritable intérêt de Turbo Kid. Car, en soi, l’histoire ne révolutionne rien (futur hypothéqué, planète ruinée, rareté de l’eau, gangs de voyous au look sado-maso-motorisé, tout ça, tout ça) et se contente même de reprendre les grandes lignes de classiques du genre fantastique / post-apocalyptique : Mad Max en tête, mais aussi certains aspects des Terminator de Cameron, pour ne citer que les plus évidents. Seul ajout qui circonscrit plus encore le film dans un territoire de chasse gardée : les décapitations, démembrements, énucléations, éviscérations et on en passe, qui rejoignent les premiers délires de Peter Jackson et de Sam Raimi tout en payant leur (lourd) tribut au bon gros bis italien – y compris la veine western spaghetti – qui tache. On a vu moins roboratif.

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Plus qu’une production à louanger pour son originalité (inexistante en fait) ou son ingéniosité (réelle mais pas fondamentale), Turbo Kid reste à saluer pour la vibrante authenticité de son hommage à une cinématographie qui n’est plus distribuée dans les circuits officiels. Un vrai coup de boule aux programmateurs, à la bien-pensance générale et à l’uniformité visuelle qui a cours dans les multiplexes. Tout comme Hobo with a Shotgun il y a quelques années (dont le réalisateur Jason Eisener fait ici une apparition ), Turbo Kid se fiche de caresser le spectateur dans le sens du pop-corn. À noter, pour la petite histoire, qu’il s’agissait au départ d’un court-métrage intitulé T is for Turbo, remarqué par Ant Timpson, producteur du film d’horreur à sketches ABCs of death… Si à l’arrivée, son résultat en version longue, OFNI aussi mal élevé que bien bouclé (avec un sens réel du raccord et une photographie soignée), mérite amplement un détour critique, c’est en fait pour l’ironie avec laquelle il oscille à tout bout de champ (et de contrechamps) entre pastiche et parodie, conscient des tensions intérieures – et formellement intéressantes – qu’induisent cette démarche. Entre une façon de dépeindre les méchants bigarrés « à la manière de » George Miller et une musique singeant John Carpenter et/ou le thème « terminatoresque » de Brad Fiedel ; entre un filmage au ras de l’asphalte (ou ce qu’il en reste) hurlante et la substitution de bolides par… des vélos de bicross (!), les trois auteurs-réalisateurs s’amusent autant qu’ils font œuvre de thuriféraires du culte de la série B, égratignant aussi au passage leurs modèles entre autres issus des Goonies (un personnage s’appellel Bagou), des comic-books, des Super sentai, de l’univers de Sergio Leone, de Robocop ou d’Evil Dead 3 (quand on vous dit que cette pellicule bouffe, avec gourmandise assumée, à tous les rateliers…).

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Avec Turbo Kid, Simard et les Whissell alignent les morceaux de bravoure, sortes de clins d’œil et mini-remakes des fleurons du genre, pour mieux les déjouer puis les dynamiter de l’intérieur. Tout est dit dans cette première phrase énoncée en off par le cow boy Frederick (Aaron Jeffery, vu dans XMen OriginsWolverine) : « Voici le futur… Voici 1997 ! » Doit-on y voir une échappatoire esthétique pour un film qui, sans originaux à honorer en même temps qu’à reproduire à humble échelle, ne trouverait point de légitimité ? Peut-être. Chose certaine, la position anti-héroïque du protagoniste principal (le Kid, joué par Munro Chambers), de même que le choix de confier le rôle du grand méchant Zeus caricatural au très iconique Michael Ironside épaissit le trait destiné à souligner la nature ludique et définitivement paradoxale du projet. En clair : à ne pas prendre au pied de la lettre, quand bien même celle-ci, tantôt B tantôt Z, voudrait redonner sa noblesse à des références souvent moquées par la doxa.

Stéphane Ledien

Canada / Nouvelle-Zélande, 2014
Réalisation & scénario: Anouk Whissell, François Simard & Yoann-Karl Whissell (The RKSS Collective)
Production: Anne-Marie Gélinas, Ant Timpson, Benoit Beaulieu, Tim Riley pour EMAfilms (QC), T&A Films (New Zealand) et Epic Pictures Group (CA), avec la participation de Téléfilm Canada, New Zealand Film Commission & Super Channel
Costumes : Éric Poirier
Direction artistique: Sylvain Lemaitre
Effets visuels: Jean-François Ferland, Luke Haigh
Montage : Luke Haigh
Musique : Le Matos
Photographie : Jean-Philippe Bernier
Interprètes : Munro Chambers, Laurence Lebœuf, Michael Ironside, Aaron Jeffery, Edwin Wright, Romano Orzari…
Durée : 1h33
Date de sortie au Québec : 14 août 2015
Date de sortie au Canada et aux Etats-Unis : 28 août 2015

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