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Lorsque le premier Mad Max débarqua enfin sur les écrans français, après que la censure de l’époque ait différé sa sortie, ce fut un sacré choc tant au point de vue de l’univers créé avec une économie de moyen que dans la mise en scène épurée et énergique et son personnage principal dont Miller nous faisait les témoins de son basculement définitif dans la folie vengeresse. Une sorte de punisher post-apocalyptique dont le charisme du jeune Mel Gibson rend l’identification particulièrement troublante. Une expérience cinégénique peu conventionnelle que Miller portera à son paroxysme avec la sensationnelle suite Mad Max 2, Le Défi.
Doté de moyens financiers plus importants, le réalisateur australien ne foncera pas forcément dans la surenchère extatique (bien que les poursuites soient plus nombreuses et impressionnantes) mais préfèrera développer son univers iconoclaste, donnant suffisamment d’informations visuelles pour comprendre le fonctionnement de chaque groupe rencontré tout en demeurant évasif sur les origines de leurs formations afin de laisser une grande marge de manœuvre à l’imagination des spectateurs. De fait, cette séquelle deviendra non seulement un jalon du 7ème Art mais surtout la pierre angulaire du genre post-apocalyptique qui se développera par la suite, notamment sous l’impulsion de bisseries italiennes.
Ainsi, d’une descente aux enfers limite intimiste dans le premier, Miller élargira son horizon pour proposer un spectacle épique où tout est démultiplié, que ce soit la violence intrinsèque à la situation désespérée, l’outrance des costumes, les cadres encore plus élaborés pour profiter à plein d’un cinémascope de toute beauté. Cette volonté d’enrichir sa création s’affiche d’emblée lorsque dès la première séquence on passe d’un format carré où défilent des images d’actualité et du premier film pour recontextualiser l’histoire (pénurie de pétrole, effondrement économique qui a précipité la chute de l’humanité et de tout humanisme) à une image plein cadre en 2.35 pour la première apparition de Max.

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Ce dernier est encore plus archétypal et iconique que dans le premier film, ressenti renforcé par la voix-off racontant les événements ayant mené le narrateur à rencontrer ce guerrier de la route mutique et individualiste. Nous sommes dans le registre du récit légendaire puisque rapporté et transmis. Pourtant, Miller n’élude aucunement les défauts de Max qui est loin d’être un parangon de justice. Porté par l’interprétation de Gibson au charme animal, le personnage suscite une grande fascination. Dans ce monde chaotique, l’enjeu est la survie et elle passe par une éternelle fuite en avant pour oublier un passé traumatique ou espérer trouver un lieu propice à la refondation d’une humanité en perdition. Et forcément pour avancer, il faut du carburant. Qu’il soit sous forme d’espoir ou d’essence.
La quête de ce précieux liquide rythme donc les actions de Max comme celles du gang de barbares emmené par Lord Humungus ou de la communauté ayant trouvé refuge dans une ancienne raffinerie. Cette dernière est ainsi l’objet de l’assaut perpétuel des troupes d’Humungus afin d’en prendre possession. Max débarque en plein milieu de ce conflit et prendra parti pour les assiégés seulement pour servir ses propres intérêts (acquérir toute l’essence qu’il peut transporter dans son Interceptor). Tandis que le premier film s’apparentait à un vigilante movie dans un milieu désertique, The Road Warrior renvoie plus généreusement à l’esprit du magazine français Metal Hurlant mâtiné de western, ce dernier point étant largement accentué par la disposition de la raffinerie assiégée par une horde de sauvages à crêtes et par le comportement de Max, véritable homme sans nom à la Eastwood de par son attitude en retrait, intervenant par pragmatisme plus que par bonté d’âme.

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Cependant, l’évolution du personnage est un enjeu narratif primordial puisque concomitant de la préservation de la dernière parcelle d’humanité de ce monde dévasté et que symbolise le groupe tout de blanc vêtu. Solitaire avec pour seul compagnon son chien, Max va peu à peu regagner le territoire des vivants et retrouver quelques sentiments sans pour autant faire preuve de sentimentalisme. Avec ce conteur hors pair de Miller, cela passera par les images plus que par des dialogues lourdement explicatifs. Au départ, il passera le plus clair de son temps à se cacher et sera même envisagé comme un pendant moins sauvage d’Humungus. Ce dernier maintient en chaîne à son véhicule son plus fidèle lieutenant et Max entravera de la même manière le Gyro Captain rencontré plus tôt. Certes, s’il finit par aider les réfugiés à s’échapper en prenant le volant du camion citerne c’est parce que sa propre tentative isolée s’est soldée par un cuisant échec (et la destruction de son véhicule). Néanmoins, il ne reste plus en marge (du cadre, des autres) et s’active parmi eux, montrant même une certaine forme de compassion à l’égard du Captain et du Feral Kid.

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Sans se transformer radicalement en vengeur des opprimés, Max acceptera d’endosser le rôle de sauveur providentiel que ses aptitudes lui confèrent.
Outre cet anti-héros magnifique, l’intérêt du film réside dans sa galerie de bad guys motorisés et notamment leur leader Humungus, géant bodybuildé portant un masque de hockey, sorte de gladiateur SM particulièrement intriguant. Un personnage à l’aura remarquable et qui symbolisera à l’écran la maîtrise de Miller pour échafauder un récit au background que l’on devine (et que Miller nous suggère) fourni et dont on en saura finalement assez peu.

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Et puis évidemment, il y a la poursuite finale concluant le métrage, une débauche de tôles froissées, de fureur mécanique et organique qui aura marqué durablement les esprits. C’est bien simple, même la surenchère nawak et friquée des trois derniers Fast And Foirous ne lui arriveront pas à la cheville et il aura fallu que Miller reprenne les rênes de sa franchise pour la surpasser avec le renversant Fury Road.
Mais l’image la plus étonnante et peut être la plus marquante est sans doute celle de cette terre s’écoulant de la citerne renversée en lieu et place de l’essence qu’elle était censée contenir. Malgré tout, Max aura réussi sa mission qui était d’être un leurre pour permettre aux autres véhicules, dans lesquels était répartie la précieuse essence, de tailler la route sans encombre. Une fin étonnante qui ramène brutalement à la réalité de ce monde où aucun destin glorieux n’est possible quand la survie est en jeu.

Nicolas Zugasti

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MAD MAX : THE ROAD WARRIOR
Réalisateur : George Miller
Scénario : George Miller, Terry Hayes, Brian Hannant
Interprètes : Mel Gibson, Bruce Spence, Michael Preston, Max Phipps, Vernon Wells, Kjell Nilson, Emil Minty…
Photo : Dean Semler
Montage : Michael Balson, David Stiven, Tim Wellburn
Bande originale : Brian May
Origine : Australie
Durée : 1h35
Sortie française : 11 août 1982

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Une réflexion sur “« Mad Max 2 – Le Défi » de George Miller : Taillader la route

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