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L’histoire débute banalement : un couple se donne rendez-vous dans un hôtel pour faire l’amour. Jusque là, rien de bien nouveau sous le soleil. Sauf que Masaan, petite perle signée Neeraj Ghaywan projetée à Cannes dans la sélection d’Un Certain Regard, bat pavillon indien et que là-bas, les amours clandestines sont interdites.

Dans son essence même, on pourra remarquer que Masaan  présente un aspect lelouchien : les aventures d’un jeune homme et d’une jeune femme se croisent sans interférer jusqu’aux dernières séquences où ils se rencontrent enfin. Le gros avantage de Masaan sur Lelouch, sans parler de caméra obstinément plus volatile que l’alcali et de propos creux du second, c’est que le film indien, à travers son scénario, décrit une société terriblement archaïque avec, malgré tout, une dose d’optimisme.

Reprenons du début : le couple clandestin se retrouve à l’hôtel et commence à s’embrasser, d’abord timidement, avant de se retrouver dans les draps. Les coups frappés à la porte sortent le jeune homme du lit : la police pénètre en force dans la chambre, malmène les deux amoureux jusqu’au moment où le garçon parvient à s’enfermer dans la salle de bains. Devant les menaces policières de tout révéler à son père, il préfère se suicider.

Avec une entrée en matière aussi forte, Masaan pose les premiers jalons d’un terrible engrenage. Car le drame ne s’arrête pas avec la mort d’un des protagonistes mais, au contraire, va plonger de nombreuses personnes dans le tourment. Car la justice, qui considère le suicide comme un crime, est prête ) condamner la jeune femme pour complicité de meurtre. Un des policiers propose alors, moyennant un très fort bakchich, d’étouffer l’affaire. Reste alors à la victime du chantage et à son père à réunir les nombreuses roupies nécessaires.

 

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Parallèlement à cette première histoire, Neeraj Ghaywan décrit une seconde rencontre amoureuse entre un jeune homme issu d’une famille dont le travail consiste à incinérer les morts – nous sommes à Bénarès et la description du métier fait froid dans le dos, avec l’obligation de fracasser les crânes à coups de bâtons afin qu’ils se consument mieux – et une fille d’une caste supérieure à la sienne. Là encore, le cinéaste montre du doigt des individus qui se veulent modernes et doivent obéir à des contraintes d’une autre époque. Il filme les maisons délabrées, les trains bondés aux fenêtres étroites, la pauvreté, les enfants obligés de plonger dans le Gange pour ramener les pièces qu’on y a lancées, objets de paris plus ou moins rentables. Il décrit surtout la violence de la société indienne envers ses jeunes, avec la corruption et le système de castes.

On connaît du cinéma indien contemporain, outre les froufrouteries chantantes de Bollywood, les films violents d’Anurag Kashyap qui, avec Ugly ou Gangs of Wasseypur, nous a réservé d’heureuses surprises (Kashyap est, avec les Français de Pathé, l’un des producteurs du film). Masaan est plus classique dans la forme mais la force de son sujet et la qualité de l’interprétation font qu’on ne peut qu’apprécier un tel film. Présidé par Isabella Rossellini, le jury d’Un Certain Regard ne s’y est d’ailleurs pas trompé qui vient de décerner à l’œuvre le Prix de l’Avenir.

Jean-Charles Lemeunier

Masaan

Inde

Année : 2015

Réalisateur : Neeraj Ghaywan

Scénario : Varun Grover

Adaptation : Gilles Taurand

Photographie : Avinash Arun Daware

Avec : Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra…

Distributeur : Pathé

 

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