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 Benicio Perfect Day

Arriver sur la Croisette au début de la seconde semaine du festival, c’est un peu prendre un train en marche(s). Vos connaissances, qui ont eu la chance d’être là depuis le début, parlent de films que vous n’avez pas vus et les journaux du matin, Le Film français en tête, alignent les petites Palmes d’or sur le Nanni Moretti (jugements à chaud d’un panel de critiques). Soit.

Sans chercher à vous prendre pour un héros de Proust, vous essayez donc de taper tous azimuts, à la recherche du temps perdu. Est-ce parce que vous n’êtes pas tout à fait dans la course ? Mais ce que vous voyez, toutes sections confondues, vous semble quelque peu inabouti. Il manque à chaque film quelque chose. Des exemples ?

 

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Les cowboys de Thomas Bidegain, l’habituel scénariste de Jacques Audiard, pourrait s’arrêter à mi-chemin. Dans cette recherche effrénée d’une jeune femme qui s’est radicalisée, d’abord par son père (François Damiens), puis par son frère (Finnegan Oldfield), la deuxième partie est complètement de trop. Pourtant, le film, sorte de démarquage de La prisonnière du désert, démarrait avec tous les honneurs. La communauté française au sein de laquelle débute le film est complètement entichée de cowboys et de musique country. Tous les passages obligés du western se retrouvent donc tout au long du film, de la balade country joliment chantée par François Damiens au campement gitan qui fait figure de camp indien, en passant par les tapis syriens sur lesquels se fume l’équivalent d’un calumet de la paix.

 

Lindon

Le démarrage réussi vaut aussi pour Sicario de Denis Villeneuve. Mais la fin est totalement bidon et explose le film en plein vol. Pourtant, Benicio Del Toro et Josh Brolin y sont très bien, le personnage joué par Emily Blunt étant en revanche plutôt ridicule. Et que dire de La loi du marché de Stéphane Brizé, au déjà beau bouche-à-oreille ? L’actualité du sujet – le chômage et ses conséquences – excite les gens, d’autant plus que la première apparition de Vincent Lindon face à un conseiller du Pôle Emploi force l’admiration. Puis le film se met à traîner et Lindon, devenu entre temps vigile d’un supermarché, à prendre la décision qui s’impose. Tout se passe comme si l’on opposait de plus en plus un cinéma de genre, populaire par essence, à un cinéma d’auteur plus sociologique. Et ce qui devient acceptable chez les uns – un héros part seul et arrive à vaincre une armada de méchants – devient impossible chez les seconds. N’allez pas croire que je voudrais voir Vincent Lindon se mettre à dégommer le patronat français à l’arme automatique. On se demande juste pourquoi le cinéma dit sociologique se refuse à montrer un héros du quotidien, capable de dire « Non » à qui cherche à l’humilier.Si Brizé filme la colère de Lindon au Pôle Emploi, il ne dit rien du combat des syndicalistes de l’entreprise d’où il a été viré et dont il se désolidarise assez rapidement. Cela n’est sans doute pas dans l’air du temps ! Quant à la question du « rouage », elle a son importance Le vigile qui dénonce une collègue devient responsable de son suicide, question que Brizé ne se risque à aborder que de trop loin.

Certains cherchent à rallier les deux pôles, sociologique (on aurait pu aussi citer l’intéressant Fatima de Philippe Faucon) et fictionnel. C’est ce que font Jacques Audiard et ses deux scénaristes, Noé Debré et le déjà cité Thomas Bidegain, avec Dheepan. Ils mêlent au quotidien d’une banlieue française des éléments de polars extrêmes, voire de westerns – Bidegain doit vraiment les aimer. Cela semble totalement irréaliste et lorsque le héros, un Sri Lankais fuyant son pays en guerre, s’énerve, Terminator n’a qu’à aller se rhabiller. Quant à la dernière séquence, elle est extrêmement déplaisante et ce n’est pas être chauvin que de l’écrire. Le héros et sa famille quittent l’enfer français pour trouver le paradis britannique. Où tout semble se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes, musique angélique à l’appui.

 

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Fatima et La vie en grand de Mathieu Vadepied – un sympathique film joué par deux gamins craquants – exceptés, rien ne tient bien la route. Aussi, quel souffle d’air à la vision de A Perfect Day de l’Espagnol Fernando Leon de Aranoa. Certes, cette épopée d’humanitaires en pleine guerre de Bosnie montre les qualités et les défauts des films américains, qui ont tendance à présenter ces derniers comme les sauveurs du monde. Malgré tout, on n’est parfois pas si loin de Ionesco dans ce monde absurde dans lequel sont plongés les héros. Il y a au départ ce cadavre dans un puits dont il faut, comme dans Amédée, se débarrasser. Ajoutons à cela l’humour constant, en particulier grâce au personnage incarné par Tim Robbins, la présence forte de Benicio Del Toro, égal à lui-même, le charme d’Olga Kurylenko et de Mélanie Thierry et une excellente b.o. et vous comprendrez combien un petit film – avec malgré tout un fond dans le propos – peut créer un grand plaisir.

Jean-Charles Lemeunier

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