Le film d’animation Marcel et Monsieur Pagnol, que Wild Side sort en DVD/Blu-ray, est né d’un curieux projet. Nicolas Pagnol, le petit-fils de l’écrivain-cinéaste-académicien, rêvait d’un documentaire original sur Marcel Pagnol, qui comprendrait quelques séquences animées. Il contacte Sylvain Chomet, l’auteur des très applaudies Triplettes de Belleville mais aussi de la scène d’ouverture de Joker : Folie à deux de Todd Phillips.
Dans un supplément du DVD, Chomet avoue qu’il n’apprécie pas les personnages animés qui surgissent au milieu d’un film joué par des acteurs, alors que le genre a ses réussites, que ce soit avec Escale à Hollywood (1945), dans lequel Gene Kelly danse avec la petite souris de Tom et Jerry, ou dans Mary Poppins, lorsque Dick Van Dyke — qui vient de fêter 100 ans le 13 décembre dernier — fait un pas de deux avec des pingouins animés. Quoi qu’il en soit, Sylvain Chomet préfère consacrer à Pagnol un film qui soit totalement d’animation. Ce sera donc cet attachant Marcel et Monsieur Pagnol dans lequel le vieil écrivain, qui a promis à un magazine un texte qu’il ne parvient pas à écrire, va être secoué par les souvenirs de son passé.
Le film passe ainsi en revue l’enfance provençale de l’écrivain, ses premiers succès au théâtre, puis au cinéma, son amitié avec Raimu et Fernandel, ses amours, ses ambitions, ses rapports à sa famille… De très belles idées viennent émailler Marcel et Monsieur Pagnol : ainsi, les poèmes que le jeune Marcel offre à sa mère sont, dit cette dernière, « un champ de fleurs » qui, hélas, se transforment en couronne mortuaire.

Le film n’est jamais démonstratif et comporte de nombreuses ellipses. Qui connaît bien l’œuvre du grand auteur et grand cinéaste reconnaîtra un épisode d’un film, un souvenir raconté dans ses mémoires, et fera le lien entre deux séquences séparées par le temps. Qui le connaît moins en apprendra beaucoup sur sa carrière et aura envie de découvrir tout ce que le film ne dévoile pas. On appréciera également l’humour omniprésent, de ce couple de provinciaux qui, se rendant à la capitale, ne sort pas du train en voyant qu’ils sont à la gare de Lyon. Ils attendent, bien sûr, la gare de Paris. Ou ce producteur américain de la Paramount qui, après le succès de Marius, décrète à Pagnol qui désire poursuivre les aventures de ses héros marseillais : « Jamais de suite, c’est une loi gravée sur le fronton de Hollywood ! »
Au moment de la guerre, alors que les avions de Mussolini bombardent Marseille en 1940, Pagnol est contacté par le producteur allemand Alfred Greven pour diriger les studios de la Continental, que les nazis créent à Paris. Non seulement Marcel refuse mais il détruira les bobines de son film La Prière aux étoiles pour qu’elles ne tombent pas aux mains de l’occupant. Ce qui va précipiter sa rupture avec l’actrice du film, Josette Day. « Je me suis perdu, confie Marcel Pagnol par la voix de Laurent Lafitte, au milieu d’une guerre qui ne finissait pas. »

On apprend ainsi, qu’après la Libération, Pagnol se bat pour que le cinéma français renaisse en demandant la taxation des films américains qui envahissent le marché. C’est aussi à lui que l’on doit cette superbe citation, entendue dans le film lorsque le cinéaste apprend la mort de Raimu : « Aujourd’hui, je peux mesurer la reconnaissance que nous devons à la lampe magique qui rallume les génies éteints, qui fait danser les danseuses mortes et qui rend à notre tendresse le sourire des amis perdus. »
Marcel et Monsieur Pagnol est un film plein de tendresse, pour Pagnol lui-même mais aussi ceux qui l’entouraient et ont créé des œuvres ancrées à jamais dans les mémoires. Et, comme dans chacun d’elles, Sylvain Chomet a tenu à mêler l’émotion et la comédie. On apprend ainsi quelques-uns des secrets de l’écrivain, des drames qui ont traversé sa vie et on ne pourra plus, désormais, regarder la trilogie marseillaise, Angèle ou Manon des sources sans penser à certaines séquences de Marcel. En quelque sorte un film qui nous rend un ami perdu !
Jean-Charles Lemeunier
Marcel et Monsieur Pagnol
Année : 2025
Origine : France, Belgique, Luxembourg
Réal., scén. : Sylvain Chomet d’après Marcel Pagnol
Photo : Elric Lefeuvre
Musique : Stefano Bollani
Montage : Samuel Denou, Mario Houles, Julie Salon
Durée : 90 min
Avec les voix de Laurent Lafitte, Noa Staes, Géraldine Pailhas, Anaïs Petit, Thierry Garcia, Vincent Fernandel…
Sortie par Wild Side en DVD et BRD le 15 mai 2026.