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L'impitoyable jaquette

Bien qu’édité par Sidonis Calysta dans une collection Perles Noires, en même temps que Le passé se venge de Robert Florey et L’orchidée blanche d’André De Toth – les trois titres sont disponibles séparément ou dans un coffret qui les regroupe -, Ruthless (1948, L’impitoyable) n’appartient pas à proprement parler entièrement au genre. Il n’est ici question ni de gangsters ni de policiers, aucune enquête n’est menée et aucun personnage de détective n’apparaît. Pas même une femme fatale, aussi attirante que vénale. Pourtant, Edgar G. Ulmer plonge L’impitoyable dans une ambiance très noire.

Invité à une réception par son ami d’enfance devenu richissime, Vic Lambdin (Louis Hayward) y va à reculons, seulement soucieux de prouver à sa fiancée (Diana Lynn) combien l’homme en qui il a tellement cru est perfide. Cet hôte, Horace Vendig (Zachary Scott), se révèle être tout à la fois séduisant et, c’est normal vu le titre, impitoyable. Plusieurs flashbacks retracent des épisodes de la vie de Vendig. Même si, à la différence de Citizen Kane, ils sont présentés dans l’ordre chronologique, Vendig partage avec le personnage d’Orson Welles une blessure d’enfance. Point de Rosebud ici mais plutôt une souffrance finement décrite par Ulmer, sans outrance ni pathos.

L'impitoyable hayward-lynn-and-scott

Signé par S.K. Lauren et Gordon Kahn, le scénario a également reçu l’apport d’Alvah Bessie, un écrivain mis sur liste noire par les chasseurs de sorcières maccathystes et donc retiré des crédits – la capitale du cinéma était alors en plein procès de ceux que l’on a appelés les Dix d’Hollywood, dont faisait partie Bessie. Est-ce à lui que l’on doit cette vision sombre du capitalisme et du monde des affaires ? Sans aucun doute ! En ce sens, toutes les séquences mettant en scène Sydney Greenstreet, l’inoubliable Kasper Gutman, alias le Fat Man du Faucon maltais de Huston, ici dans le rôle d’un capitaine d’industrie cynique laminé par Vendig, gardent une force incroyable. Greenstreet est impressionnant, quel que soit le registre dans lequel il opère. Fort ou abattu, amoureux comblé ou mortellement trahi, il donne à son personnage une épaisseur formidable, d’un geste ou d’une moue, d’un regard impérieusement dédaigneux ou avide de réconfort.

L'impitoyable greenstreet

Face à lui, Zachary Scott donne le meilleur de lui-même. Hautain, il peut soudain acquérir une vraie humanité, aussitôt dissipée. Comme tout homme dur et intraitable, Vendig a un talon d’Achille. Sans insister, Ulmer et son interprète montrent l’importance d’une relation amoureuse de jeunesse, sans cesse en butte contre l’arrivisme et le besoin absolu d’enrichissement.

Jean-Charles Lemeunier

L’impitoyable

Titre original : Ruthless

Année : 1948

Réalisateur : Edgar G. Ulmer

Scénario : S.K. Lauren, Gordon Kahn et Alvah Bessie d’après Dayton Stoddart

Photo : Bert Glennon

Musique : Werner Janssen

Montage : Francis D. Lyon

Production : Eagle-Lion Films

Avec Zachary Scott, Louis Hayward, Diana Lynn, Sydney Greenstreet, Lucille Bremer, Martha Vickers, Raymond Burr…

Distribué en DVD par Sidonis Calysta depuis le 6 janvier 2015

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