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Un nouvel Astérix animé, c’est toujours un plaisir. Contrairement aux cafouillages scénaristiques et esthétiques des adaptations en chair et en os, les déclinaisons en 2D (et plus…) des aventures du célèbre guerrier Gaulois ne déçoivent jamais le public. En tout cas sur le plan de l’humour et du divertissement, au premier comme au second degré. Maintenant que toute la planète « dessin animé » semble être passée à l’ère de la haute, la grande, la pure, technologie, il fallait s’attendre à un ravalement de façade numérique que, pour le coup, tout un chacun pouvait redouter. Sans parler de l’obligatoire 3D avec « relief », un gadget calamiteux inventé pour justifier l’augmentation du prix en billet sous couvert de moment « expérientiel » à vivre dans son fauteuil. Et si la magie des aventures créées par Goscinny et Uderzo tenait justement à leurs traits – et traité – traditionnels ? La question méritait d’être posée à l’aune de la sortie du « tout nouveau, tout beau » Astérix cinématographique. Les membres de la rédaction française n’avaient pas eu l’occasion de couvrir l’événement dans son pays d’origine, en novembre dernier. L’agréable tâche en revient donc au chroniqueur expatrié au Québec, à un jour de l’exploitation du film en salles dans la Belle Province.

Verdict ? Tout simplement étonnant et réjouissant. Mais l’apport 3D/relief reste de l’ordre du luxe dispensable. Un comble quand on sait que l’histoire racontée fustige le consumérisme à outrance ! Mais ne boudons pas notre plaisir. Visuellement digne des grandes productions de studios américains dans le domaine de l’animation (le coréalisateur Louis Clichy a travaillé sur les perles Wall-E et Là-haut, et ça se voit) Astérix – Le Domaine des Dieux (d’après un album publié en 1971) surprend d’emblée par la qualité technique de sa formalisation. Il désarçonne aussi du même coup le spectateur habitué aux gauloiseries d’antan sur celluloïd car, immanquablement, la mise en scène, les trouvailles dynamiques et les gags visuels semblent contaminés, non seulement par la culture « Pixar » (elle-même nourrie de cartoons à la Chuck Jones), mais aussi par la dynamique du « blockbuster » animé en général.

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Entre écrasante – mais impressionnante –somme de détails graphiques et déploiement spectaculaire des décors (effet « wow » de l’aigle royale dans l’antre de César), entre vivacité des actions enchaînées voire superposées et comique de répétition typique de l’univers original volontiers plus « posé », le métrage tient ses promesses, parfois paradoxales ou à tout le moins ambiguës (à cause du rapport entre son ostentation numérique et sa dérision du décorum chargé), de sensations et de divertissement surprenant. C’est la moindre des choses, diront les plus exigeants. Sans doute, mais à l’heure de ce que l’on pourrait appeler « la surenchère de l’envolée » – que certaines scènes comme celles du déchaînement d’Obélix après qu’il a avalé une tonne de bouffe illustrent sans complexe – il reste appréciable de noter la satisfaction qu’on éprouve malgré tout à se laisser distraire, le sourire aux lèvres, par le premier avatar en trois dimensions d’Astérix et son village d’irréductibles Gaulois. Cela n’empêche pas de regretter un brin que Louis Clichy et son équipe se sentent, par moments, obligés de faire virevolter la caméra et d’exploser littéralement les angles de vue pour en mettre plein les yeux. Car si les albums papier donnaient eux aussi le tournis par la précision du trait (et de la caricature) et le même foisonnement du dessin, ils ne proposaient pas tel découpage azimuté, survolté – surchargé au final. Mais c’est peut-être là la malédiction technique et plastique du dessin animé (sinon du film de genre dans son entièreté) du XXIe siècle, condamné à valoriser l’effet plutôt qu’à s’en servir judicieusement…

Et l’esprit original de la bande-dessinée dans tout ça ? Avec la critique de la lourdeur administrative (dont les Romains sont les inventeurs officiels, rappelons-le), le jeu des revendications des ouvriers et des soldats faisant écho aux tractations modernes des syndicats, ainsi que les malversations des notables acoquinés aux magnats de la construction – à rapprocher des scandales de corruption dans ce secteur récemment au Québec ? – Astérix – Le Domaine des Dieux stimule le rire et l’œil tout en interpellant le sens civique de chacun. Considérant la pauvreté discursive de nombreuses productions animées récentes, voilà ce qui s’appelle une véritable et bonne exception culturelle. Irréductibles, même en 3D !

Stéphane Ledien

France / Belgique – 2014
Réalisation : Alexandre Astier & Louis Clichy
Scénario : Alexandre Astier, d’après Le Domaine des dieux de René Goscinny & Albert Uderzo
Direction artistique : Thierry Fournier
Direction animation : Patrick Delage
Interprètes (voix) : Roger Carel, Guillaume Briat, Lorant Deutsch, Philippe Morier-Genoud, Alexandre Astier, Alain Chabat, Élie Semoun, Artus de Penguern…
Son : Raphaël Seydoux
Montage : Soline Guyonneau
Musique : Philippe Rombi
Production : Alexandre Astier & Louis Clichy
Sociétés de production : M6 Studio, Mikros Image Animation Paris, Dreamwall et Nozon
Distribution : SND
Durée : 85 minutes
Date de sortie en France : 26 novembre 2014
Date de sortie au Québec : 20 février 2015

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