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L’histoire pourrait être classique. La fille d’un acteur enlevée dans sa voiture pendant qu’il est allé chercher un scénario. La mère de l’enfant, l’ex de l’acteur, remariée au chef de la police. L’enquête et ses piétinements, les rapports tendus entre le nouveau mari et l’ancien, entre le flic et sa femme. Une rançon demandée qui augmente au fur et à mesure… Tout cela pourrait être classique mais, car il y a un mais, le récit se déroule à Mumbai aujourd’hui.

Anurag Kashyap, le talentueux cinéaste à qui l’on doit cet étonnant Ugly, filme une Inde contemporaine asservie aux téléphones portables et aux ordinateurs, aux écoutes téléphoniques, une Inde aux rues toujours encombrées de piétons, de rickshaws, d’une circulation intense, une Inde dont le pseudo-modernisme ne fait pas illusion et qui a du mal à cacher la misère. Misère que Kashyap exploite non pas comme un élément folklorique mais parce qu’elle est présente et qu’elle gangrène la société indienne.

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Et il n’escamote rien, Kashyap, ni les allusions au trafic d’enfants, ni la pauvreté de la majorité de la population, ni les bâtiments délabrés, ni la violence. Les séquences d’interrogatoire sont ainsi particulièrement éprouvantes et révoltantes. Si le scénario de polar qui sous-tend Ugly pourrait être américain ou issu de n’importe quel pays, le fait qu’il soit filmé en Inde donne à l’ensemble une allure de témoignage et de dénonciation. Dénonciation d’une société que le cinéaste, dans l’interview livrée en bonus, qualifie de « patriarcale« , avec « des rapports de pouvoir malsains ». Il ajoute : « On peut parler de n’importe quelle société en utilisant le film de genre (…) Ça évite d’aborder frontalement un problème de société (…) Je ne donne pas de réponses toutes faites mais je pose des questions. » En début de l’entretien, il annonce même : « J’aime regarder sous le tapis avec mes films ! »

Sous le tapis, on trouve forcément des choses pas très propres. Revenons au récit. Classique, disions-nous. Oui, mais avec combien de surprises. Nous avons beau être dans un film policier, avec des flics, des suspects, une victime, rien ne se passe vraiment comme on s’y attend. Prenons le pauvre père, incarné par Rahul Bhat, qui découvre la disparition de sa fille et va tout de suite en informer la police. Dans le commissariat, les flics n’ont pas vraiment l’attitude que l’on attend d’eux. Ils écoutent le plaignant avec un sourire, prennent leur temps, épluchent ses papiers, lui demandent ses nom, adresse et profession. Et là, ils se rendent compte que le nom marqué sur ses papiers n’est pas celui qu’il décline. Forcément, le pauvre bougre est acteur (enfin, il cherche à le devenir) et il a adopté un pseudonyme. S’en suit une scène assez incroyable, une parenthèse digne de Tarantino, quand tous les policiers regroupés autour de leur chef se mettent à citer les stars du cinéma indien et leurs patronymes réels.

Tout est ainsi sujet à étonnement, rien n’est tracé sur une ligne droite. Le scénario peut prendre des détours hallucinants, style passages à tabac, des accélérations, des ralentissements, avec des personnages qui prennent des trains en marche et tentent de profiter de certaines occasions. Tel le beau-frère (Siddhant Kapoor) dans l’une des nombreuses séquences à retenir, dansant en slip dans sa chambre.

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Bien rythmé, avec une réelle tension tout au long du métrage, Ugly n’a bien entendu rien à voir avec Bollywood. Comme le remarque Anurag Kashyap, les films bollywoodiens s’arrêtent le temps d’une musique, d’une danse ou d’une chanson. Chez lui, rien de tel, la musique est intégrée à l’histoire, elle n’est pas là pour faire joli. Si les prestations des acteurs sont remarquables dans l’ensemble, on notera toutefois l’exceptionnelle présence de Ronit Roy, qui  interprète le mari policier.

Ungly a été présenté au festival de Cannes 2013, à la Quinzaine des Réalisateurs. C’est dans cette même sélection que l’on avait déjà remarqué Anurag Kashyap avec Gangs of Wasseypur, l’année précédente.

Jean-Charles Lemeunier

Ugly
d’Anurag Kashyap
2013, Inde
Scénario : Anurag Kashyap
Photo : Nikos Andritsakis
Musique : G.V. Prakash Kumar, Brian McOmber
Montage : Aarti Bajaj
Avec Rahul Bhat, Alia Bhatt, Surveen Chawla, Ronit Roy, Siddhant Kapoor…
DVD et Blu-ray édités par Blaq Out le 3 février 2015

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