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Plutôt que les traditionnels top et flop faisant le bilan de l’année ciné écoulée, nous avons opté pour un retour sur ce qui nous a marqué en termes cinématographique au sens très large ainsi que d’un point de vue culturel. Série, film, émission, acteur, VOD, une rétro loin d’être exhaustive mais variée et significative.
Avant tout, commençons par une tragique disparition pour tous les cinéphiles, celle de l’indispensable émission radiophonique de France Inter animée par Jean-Baptiste Thoret et Stéphane Bou, Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert. Un non renouvellement insensé décidé par Laurence Bloch, la successeur de Philippe Val, afin d’apporter un certain renouveau libertaire, faire de la station un bastion de l’audace et du tempérament, d’être « un peu punk ». Des paroles détonantes suivit par les actes de la nouvelle responasable qui pour refléter ce côté punk revendiqué s’empresse donc de faire de la place dans la grille des programmes pour accueillir le mirifique Nagui. Nagui. Punk. No comment.
Revenons plutôt sur feu Pendant les travaux,… Initialement programmée quotidiennement pendant les étés 2012 et 2013, elle intégra dès la rentrée 2013 la grille des programmes et devint hebdomadaire (diffusion le vendredi).

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Très rapidement, elle devint incontournable de par les thématiques analysées, la verve développée, l’intelligence du propos qui informe, éclaire et passionne, les duettistes Thoret et Bou s’entourant à chaque émission d’un ou deux intervenants spécialisés sur la question du jour. Pêle-mêle, l’émission aura abordé le paradoxe Dirty Harry/Clint Eastwood (Dirty Harry est-il devenu démocrate ?), Scarface (Pourquoi Scarface est-il devenu un mythe contemporain ?), Jean-Pierre Melville (Pourquoi Melville rêvait-il de faire un film où il ne se passe rien ?), les génériques, Bruce Lee (Et si Chaplin avait eu des muscles ?), la nouvelle cinéphilie, la série télé comme avenir du cinéma, John McTiernan, les années de plomb (Comment le cinéma italien a rendu compte des années de plomb ?), Big John (Avons-nous oublié John Carpenter ?), John Milius, King Vidor, Rob Zombie, Dino Risi, l’enseignement du cinéma, Godzilla, l’esclavage ou la dernière en date du 20 juin 2014 consacrée à Buster Keaton et John Frankenheimer. Un vaste panel de sujets fut exploré avec enthousiasme, chaque émission n’apportant pas un point de vue définitif mais ouvrant à la réflexion et au questionnement. Une telle qualité était devenue tellement rare sur le service public que sa perte n’en est que plus grande. Heureusement, restent les podcast de l’émission que vous pouvez écoutez et réécoutez en suivant ce lien : http://www.franceinter.fr/reecouter-diffusions/652794

A contrario, l’émission geeko-culturelle BITS créée par Rafik Djoumi et diffusée sur le site internet d’Arte a été reconduite. On triche un peu car elle a débuté sa programmatin hebdomadaire en octobre 2013 mais la majeure partie de la saison 1 de cette émission a rythmé chaque mercredi de 2014. D’une durée légèrement inférieure à dix minutes, BITS propose d’explorer un sujet d’actualité par le prisme de la culture populaire dite également geek, pour proposer une autre perspective sur un sujet plus général et démontrer finalement comment cette culture de passionnés infuse la société. Un condensé de bouillon de cultures que Rafik Djoumi défini ainsi : « Elle se situe au croisement de l’imaginaire et de la technologie. Les geeks bidouillent des choses qui les font rêver et leurs rêves nourrissent leur bidouille technologique. Quand, par exemple dans l’épisode 2, nous citons le florentin du XIVème siècle Filippo Brunelleschi, c’est parce qu’il a une pure démarche de geek en mêlant aussi étroitement la science et la peinture. Les fondements de cette culture ne sont pas nouveaux. Dans chaque épisode, il y a un retour en arrière. Nous revenons sur ces fondements pour mieux montrer comment ils se sont immiscés au sein de la culture populaire. Car la culture geek n’est pas spontanée, ce qui la compose a traversé l’histoire. »

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Partant donc d’un événement ludique, BITS explore alors un panorama élargi. Par exemple, le premier numéro s’appuyait sur la sortie du très attendu jeu vidéo GTA V pour discourir sur les jeux vidéos à narration non linéaire dits bac à sable et leur univers étendu propice à l’exploration, la divagation voire la méditation du joueur. La sortie de Gravity permit de s’attarder sur le cinéma virtuel défriché par Robert Zemeckis et son Pôle Express puis développé par Cameron et son Avatar ; la japanexpo d’enchaîner sur le transmedia ; la sortie du film Labyrinthe d’évoquer le Bildungsroman, la littérature pour jeunes adultes ; le revival eighties d’envisager autrement les héros bodybuildés de notre jeunesse, etc.
Découpé en trois parties, chaque épisode illustre les réflexions des intervenants et de Rafik Djoumi en voix-off par des extraits d’oeuvres diverses (films cultes ou oubliés, mashups, parodies, dessins-animés…), donnant à l’ensemble une excellente dynamique ludique. Même si chaque numéro réussi l’exploit de parfaitement synthétiser chaque thème abordé, ce format court est tout de même frustrant. Pour y remédier, les nombreux bonus à débloquer après visionnage (ou disponibles quelques jours plus tard sur la chaîne youtube de l’émission) permettent d’étancher la curiosité et le désir d’approfondissement du sujet.

BITS, c’est énorme et surtout foncièrement indispensable !

Nicolas Zugasti

 

Quelques pellicules
2014 aura été, pour votre chroniqueur détaché, l’année du renoncement à une grande partie du cinéma américain « à grand spectacle ». La formule est un peu englobante et manque de finesse, mais le spectateur un tantinet cinéphile comprendra. On parle là d’une tendance au sein de laquelle s’expriment davantage d’aptitudes pyrotechniques et logistiques que de bonnes idées de mise en scène. Où est passé le simple gros bon sens scénaristique et esthétique ? Les majors n’essaient même plus de nous faire croire qu’elles ne tombent pas dans le principe du « on prend les mêmes et on recommence » : elles assument la redite éculée et lui collent l’étiquette marketing de « reboot » et autres âneries du genre, enrobées d’infantilisme. Face à un énième film de super-héros, l’on peut certes encore éprouver un certain plaisir premier degré et s’amuser, disons avec un œil un chouïa plus intellectuel, à déceler des thématiques ou les traces d’une politique – d’une idéologie ? – de divertissement particulière. Mais las ! Même l’étude des pratiques culturelles que représentent les blockbusters décérébrés de Sony, Marvel Studios, la Warner et compagnie, a fini par lasser. Effet de répétition et de surenchère dont le moule de reproduction, d’un studio à l’autre, saute franchement aux yeux, jusqu’à l’écœurement total…

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Mais concentrons-nous sur les belles surprises et les moments forts du cinéma de l’année 2014. Déjà, sur les six titres retenus par votre serviteur, trois sont québécois : inutile de revenir en détail sur l’excellent, poétique, à la fois suave, aérien, aquatique et absurde Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur. Tout a été dit (ou presque) dans la chronique parue sur le blog au moment de la sortie du film en salles au Canada l’été dernier. C’est, sans doute, le coup de cœur à retenir dans ce billet. Autres bonnes séances de cinéma « local » : le 1987 de Ricardo Trogi, comédie jouant à la fois sur le registre toujours gagnant de la nostalgie et des désagréments tragicomiques du passage à l’âge adulte. Autant de souvenirs d’une jeunesse spectaculairement drôle passés au tamis d’une cinématographie qui a retenu les leçons de John Hughes tout en sachant rester elle-même. Et n’oublions pas le Mommy de Xavier Dolan, largement chroniqué dans nos colonnes suite à sa projection cannoise. On le sait, Dolan peut être très agaçant – et il en joue. Mais l’énergie qui traverse son film, les cadres à géométries variables à l’unisson de l’humeur de son protagoniste colérique ne nous laissent pas d’autre choix que de saluer l’audace du projet. Dolan ira loin, quoiqu’on pense de son maniérisme parfois exacerbé. Le bonhomme a du style et de la gueule ; et s’il faut bien que jeunesse se passe, il faut aussi savoir reconnaître un prodige quand on en voit un. Le reste, ce ne sont que des histoires.

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Quels autres films à retenir à part ceux-là ? L’hexagonal Hippocrate de Thomas Lilti, drôle de drame et fine incursion, socialement concernée, dans l’univers hospitalier. Un beau métrage documenté qui n’oublie pas de divertir et d’ausculter à la fois. Le jeune Vincent Lacoste y confirme par ailleurs tout le bien qu’on pensait de lui depuis Les Beaux gosses.
Et du côté des Etats-Unis ? Plastiquement superbe, Gone Girl (titré Les Apparences au Québec) tient ses promesses de sens et d’esthétique. L’histoire ne manque pas d’incohérences ou de rebondissements abracadabrantesques, mais Fincher, comme toujours lorsqu’il est aux commandes de la mise en images d’un script très formaté, trouble le jeu et explore, voire éclate, plusieurs genres dans un seul et même long métrage : le film romantique, le thriller psychologique, le slasher sanglant, le polar sulfureux, le road movie et même la comédie sentimentale grinçante. Formidable film sur la manipulation des images, Gone Girl explore aussi une certaine idée du mirage hollywoodien.

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Citons, pour finir ce tour de table, l’extravagant The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. On dira ce qu’on veut, l’univers théatral et ludique d’Anderson, que beaucoup considèrent comme une limite de forme, apporte toujours autant d’oxygène à un cinéma américain plombé par la surenchère technique. Simulacre et faux-vrai carton-pâte qui tourne en dérision la folie des grandeurs des blockbusters, le bijou d’Anderson flirte avec les contes ancestraux, les drames européens (avec une veine Polanski, sans qu’on ne sache comment exactement…) et la comédie d’aventure. Récit polymorphe – et polyphonique – The Grand Budapest Hotel c’est un peu Méliès rencontre Le Locataire. Définitivement, l’un des plus beaux voyages ciné de l’année passée.

Bande-annonce 1987 :

Bande-annonce Hippocrate :

Bande-annonce The Grand Budapest Hotel :

Stéphane Ledien

 
Générique de début de la série True Detective (saison 1)
Au cinéma, ceux du génial et légendaire Saul Bass sont devenus mythiques : Sueurs froides, Psychose, La Mort aux trousses du grand Alfred Hitchcock ; Les Nerfs à vif et Casino de Martin Scorsese ; Spartacus de Stanley Kubrick ; et un paquet de métrages – une bonne dizaine – d’Otto Preminger. Trop attachés à la patte qu’impriment les réalisateurs sur leurs longs métrages, le cinéphile oublie souvent que le générique de début (souvent crucial tant il annonce le ton du film voire même certains des motifs et thématiques qui vont y être développés) est souvent l’œuvre d’artisans de l’ombre dont le nom ne passe pas à la postérité. Car, soyons honnêtes, même lorsque un générique nous a fasciné ou ému, très peu d’entre nous font la démarche de chercher qui est celui qui se cache derrière ces images mises en musique qui nous ont interpellés d’une manière ou d’une autre. D’ailleurs, Saul Bass est bien le seul nom de créateur de génériques qu’un « cinéphile lambda » est capable de citer lorsqu’on l’interroge. Le talent du monsieur était tel qu’il eut l’opportunité de réaliser lui-même un long métrage – Phase IV – très réussi cinématographiquement parlant, malgré son échec commercial lors de sa sortie en 1974.

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Depuis le nouvel « âge d’or » de la série télévisée, nombre de créations peuvent se targuer de bénéficier de génériques magnifiques (quelquefois bien plus intéressants que la série elle-même), des génériques qui méritent donc une attention toute particulière. Les récentes séries The Leftovers ou Fargo, chaudement recommandées par votre humble serviteur, en font partie. Mais la série qui, à mon sens, a réussi le mieux à créer une ouverture en phase avec ses enjeux narratifs et esthétiques est la création de Nic Pizzolatto pour la chaine de télé HBO (une mine de séries cultes cette chaine) : True Detective. Diffusée aux Etats-Unis et en France en janvier 2014, la première saison (qui, à l’instar de Fargo, sera totalement indépendante des suivantes), True Detective est un succès immédiat des deux côtés de l’Atlantique.
Comme souvent, je ne découvre les nouvelles séries du moment qu’avec trois ou quatre mois de retard, voire davantage. La surproduction d’œuvres télévisuelles (qui atteste sans doute d’une réelle attente des téléspectateurs et de la rentabilité escomptée desdites œuvres, mais bon… Si je raisonnais en termes financiers je n’hésiterais pas à dire que nous sommes en pleine « bulle sériesque ») et le caractère chronophage de leur visionnage rend de plus en plus difficile la sélection, devenue indispensable, de séries TV, au risque sinon de devenir totalement asocial et ne plus sortir de chez soi. Et cette nécessaire sélection peut s’effectuer de différentes manières : le « bouche-à-oreille » d’amis au bon goût ; la présence au générique de noms nous semblant un gage de qualité (David Simon, J.J. Abrams, Tom Fontana, Chris Carter pour les plus vieux d’entre nous, etc.) ; voire même, pourquoi pas, le générique lui-même.

Nic Pizzolatto, le créateur de True Detective.

Nic Pizzolatto, le créateur de True Detective.

Alors que tout le monde autour de moi ne tarissait pas d’éloges sur True Detective (une unanimité qui a souvent tendance, a priori, à ne pas m’inciter à suivre la masse), je me décidai quand même à visionner cette œuvre qui avait au moins une qualité certaine, ne contenir que huit épisodes. Une fois récupéré l’ensemble de la saison 1 (comme beaucoup, du moins je l’imagine, je déteste devoir attendre pour visionner le prochain épisode d’une série que je suis avec attention et impatience), je lance le premier épisode. Logo HBO. Pas de séquence pré-générique. La musique commence, les images défilent, et je me sens totalement et irrémédiablement happé par l’ensemble. J’ai beau essayé, une minute trente et quelques plus tard, de me rappeler ces images, des personnages qui y sont représentés, de la musique, entre folk et country, qui les accompagne si parfaitement, je n’y arrive pas. Je ressens comme une perte totale de repères, comme si je m’étais noyé dans ces images et la mélodie qui y est associée. De même, toute tentative rationnelle d’analyse de ce générique (un de nos gros défauts, à nous qui essayons modestement de coucher sur papier des analyses cinématographiques) m’est absolument impossible. Pire, je me sens totalement incapable de pousser plus loin le visionnage de la série.
Après avoir regardé compulsivement et mécaniquement une bonne vingtaine de fois le générique, je préfère éteindre mon ordinateur, sortir prendre l’air. Je me sens vidé. Un peu comme lorsque j’avais lu, il y a de nombreuses années, le premier chapitre des Watchmen d’Alan Moore, et que j’avais été incapable de tourner la page et de poursuivre la lecture. Il y a de telles œuvres qui, sans que l’on sache pourquoi, provoquent des émotions qui nous dépassent. Qui nous bouleversent. Après l’avoir découvert dans le film éponyme du grand Dario Argento, je me suis dit que je venais d’expérimenter – esseulé derrière mon petit écran de 15,4 pouces, un casque sur les oreilles – ce que certains appellent le « Syndrome de Stendhal ». Une expérience déroutante, mais aussi fascinante.

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Difficile donc de verbaliser et d’écrire sur ce qui relève de l’émotion pure, d’exprimer ce qui ne peut que se ressentir. Toute tentative d’analyse froide et distanciée, dépassionnée et rationnelle, est sans doute vouée à l’échec. Malgré tout, il peut sembler utile de chercher à comprendre comment de telles images en mouvement peuvent être capables de susciter des émotions si fortes chez le téléspectateur.
Ici, le choix de jouer constamment sur une « double exposition » d’images semble être l’un des éléments clefs de l’efficacité émotionnelle du générique : sur une même image, deux représentations sont associées, le plus souvent un personnage de la série et un lieu symptomatique de l’environnement dans lequel baignent les protagonistes de l’histoire (les routes sur lesquelles déambulent les flics héros de l’intrigue, des églises, les bars et leur parking sordide, les logements préfabriqués où l’on cantonne les membres de la Lower Class* rurale américaine, etc.). Cette association – affichée comme un principe capital et moteur de ce générique – semble témoigner de personnages (pas seulement les protagonistes principaux d’ailleurs, mais aussi les personnages secondaires, voire même certains qui n’apportent rien au niveau de l’intrigue et de son déroulement) ancrés – voire prisonniers ? – dans leur environnement, topographique mais également social. A ce titre, le fait que chaque image ne soit jamais constituée de plans fixes, mais bénéficie de très légers mouvements de caméra panoramiques (verticaux ou horizontaux) ou de discrets zooms avant et arrière, mais des mouvements qui maintiennent dans le même plan personnages et contexte géographique et/ou social, atteste de cet enracinement des protagonistes dans cet environnement qui les conditionne irrémédiablement.

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Le choix des motifs dépeints dans le générique (qui font partie des nombreuses thématiques abordées par True Detective) participent également au choc émotionnel subi par le téléspectateur : la religion ; le sexe, y compris dans ses variantes les plus troubles et déviantes ; le solitude et la misère sociale sous toutes ses formes ; etc. Si ces images reflètent les travers de la société US, sa part d’ombre, ses ténèbres, il en ressort cependant – et paradoxalement – une beauté picturale saisissante. Une beauté certes désespérante, mais ô combien éblouissante pour les yeux.
Le caractère quasi monochrome de ces images – travail sur les nuances de gris, des couleurs ternes et sans éclat, ressemblant quelquefois à du N&B tellement elles sont effacées – renforce également cette sensation de mélancolie et de grisaille qui berce l’ensemble des huit épisodes de la série. Seules quelques fulgurances de couleurs vives viennent de temps à autre irradier ces images sombres et délavées : du rouge sur une croix chrétienne lumineuse, le Stars and Stripes apparaissant sur la tenue sexy d’une stripteaseuse, les nombreuses flammes qui dévorent l’écran et peuvent symboliser tout autant la destruction et la mort que la purification – des corps et des âmes des personnages.

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Enfin, le miracle du générique de True Detective n’aurait pas eu lieu sans la formidable musique choisie pour accompagner les images décrites plus haut. Tiré de leur album Singing Bones, le titre Far From Any Road du groupe The Handsome Family est tout simplement en osmose parfaite avec ce que les yeux du téléspectateur observent à l’écran. Profondément mélancolique mais d’une beauté inestimable, le morceau marie une simplicité mélodique désarmante et une richesse musicale étonnante, notamment à travers son utilisation très réussie de cuivres et d’un banjo. Des textes sombres et violents finissent de faire de ce Far From Any Road un chant funèbre, annonçant un arc narratif tout aussi sépulcral et sinistre au cours des épisodes de la série.

A strange hunger haunted me
The looming shadows danced
I fell down to the thorny brush
And felt a trembling hand

When the last light warms the rocks
And the rattlesnakes unfold
Mountain cats will come
To drag away your bones

Heureux les téléspectateurs qui n’ont encore jamais vu ce générique fabuleux. Chair de poule et frissons garantis, pour une expérience sensorielle grandiose et incomparable. Le tout en une minute et trente secondes. Une efficience émotionnelle rare, c’est peu de le dire.

* Pour reprendre la terminologie en vigueur dans la tradition sociologique étasunienne, notamment les travaux fondateurs de W.L. Warner.

PS : le créateur de ce générique est Patrick Clair. Mes reconnaissances à jamais.
Pour une analyse plus technique du générique, voir son interview sur le site Art Of The Title. Pour anglophones avertis : http://www.artofthetitle.com/title/true-detective/

Générique de la série True Detective :

Fabien Le Duigou

 

La renaissance de Matthew McConaughey
Depuis presque une décennie, à l’heure d’effectuer un bilan rétrospectif de l’année écoulée, le sentiment général se confirme voire s’amplifie : les productions cinématographiques produites aux Etats-Unis déçoivent énormément et le véritable lieu de création artistique est, outre-Atlantique, la télévision ou plus exactement la télévision câblée. Longtemps considérées comme le parent pauvre de la culture, les œuvres télévisuelles ne cessent de prendre de l’importance au fur et à mesure des années, au point de supplanter le grand écran dans le cœur d’aficionados de plus en plus nombreux.
Preuve de la suprématie affichée et de l’intérêt grandissant des spectateurs, les séries télés voient arriver de plus en plus des stars consacrées que ce soit des réalisateurs connus ou reconnus (comme Guillermo del Toro, Jane Campion, David Fincher ou Steven Soderbergh) ou des acteurs loin de leur fin de carrière. Ces stars confirmées viennent ainsi rechercher sur petit écran ce qu’il manque actuellement sur le grand, à savoir la créativité et la prise de risque mettant en lumière leur talent. Si les deux comparses de longue date, Ben Affleck et Matt Damon, travaillent actuellement à une série d’espionnage ou si David lynch prépare son retour sur Twin Peaks, un quart de siècle plus tard, c’est incontestablement dus aux effets novateurs et à la liberté d’écriture qu’offrent actuellement la petite lucarne.

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Ainsi, suivant une trajectoire opposée aux stars des années 90 que furent Will Smith, Johnny Depp ou encore Jennifer Anniston, de nombreux acteurs consacrés par le 7ème art, entamèrent ou confirmèrent une carrière télévisuelle des plus intéressante en 2014. Si, dans le cas de Kevin Spacey, héros de House of Cards, certains viennent redémarrer une carrière stagnante, de nombreux autres mènent avec succès les deux carrières en parallèle. Consacré par la trilogie du Hobbit sur grand écran, Martin Freeman continue néanmoins à fasciner, par son jeu tout en finesse et en flegme, dans le rôle de John Watson le double de Sherlock Holmes. Ce dernier, dans la série britannique homonyme, est interprété par Benedict Cumberbatch, le futur interprète du Docteur Strange chez Marvel.
Autre cas de figure des plus significatifs ; Clive Owen, acteur formidable notamment chez Alfonso Cuaron (Les fils de l’homme) interprète le personnage principal du drame hospitalier The Knick réalisé par Steven Soderbergh. Crue et violente, cette série brillante et passionnante est au domaine médical ce que Deadwood était aux westerns soit une œuvre indispensable !
Mais sans aucun doute, l’acteur qui aura le plus marqué 2014, par des rôles cinématographique et télévisuel de premier rang n’est autre que Matthew McConaughey.
Bénéficiant d’une palette de jeu impressionnante, l’acteur révélé au grand public par Le Droit de tuer de Joël Scumacher en 1996, livre des prestations hors norme sur grand écran dans Dallas Buyers Club puis Interstellar. Que ce soit dans le rôle d’un malade atteint du SIDA qui recherche dans des traitements alternatifs illégaux un moyen de s’en sortir ou dans celui d’un navigateur intergalactique, digne descendant de Christophe Colomb, tiraillé entre l’avenir de l’humanité et la perte de sa famille, McC impose son talent dans deux rôles qui semblent aux antipodes l’un de l’autre. Au jeu exagérément excessif du film de Jean-Marc Vallée (qui lui vaut tout de même un oscar), répond en effet comme en écho celui assez nuancé que l’acteur développe dans la dernière réalisation de Christopher Nolan.

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Mais c’est dans True Detective, diffusé en janvier dernier sur HBO, qu’il donne pleine mesure de son talent. Hypnotique et addictive, cette mini-série (huit épisodes d’une heure) fut le premier choc, la première claque de l ‘année écoulée. Cette histoire de deux flics qui remontent le temps afin de résoudre des meurtres perpétrés vingt ans plus tôt, est bien plus qu’un whodunit. Portés, entre autres, par un scénario ambitieux mais sans faille et les décors moites mais néanmoins somptueux de la Louisiane, True Detective doit pour beaucoup son succès aux talents de ses acteurs principaux.
Accompagné par le revenant Woody Harrelson, McConnaughey apporte à son personnage de flic mélancolique une incarnation hallucinée et possédée qui complémente idéalement celle plus en retenue de son partenaire. Série immense, True Detective sans révolutionner le genre apporte néanmoins une touche scandinave (The Killing ou Bron/Broen ne sont pas loin) magnifiée par la réalisation de Cary Fukunage qui apporte de véritable plans de cinéma, d’une beauté certes classique mais terriblement efficace.

Fabrice Simon

 

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, un livre de Christophe Donner publié chez Grasset
On entend souvent dire, lieu commun, que la réalité dépasse la fiction. Et sans doute que la vie du producteur Jean-Pierre Rassam avait de quoi inspirer un scénariste en berne. Dans Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive – quel beau titre, tiré d’une citation d’Orson Welles -, on croise Rassam, Claude Berri, Maurice Pialat, Jean Yanne, Jean-Luc Godard… Lesquels, grâce au talent de Christophe Donner, deviennent de réels personnages de fiction. Certes Donner a dû se plonger dans les différentes biographies et autobiographies de ces messieurs, dans les récits sur cette époque, tel le formidable Une année studieuse d’Anne Wiazemsky. Mais il va bien au-delà du simple récit journalistique. Il nous fait revivre une période marquée par mai 68 et ses différentes expériences : la drogue, la politique, la guérilla révolutionnaire et, surtout, le cinéma comme art de vivre… et de mourir. Car les morts sont nombreuses, souvent par suicides.

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Et c’est bien là que la fascination nous gagne : ces fantoches, ces personnages hauts en couleurs, ces mages et ces ratés, ces colériques, ces jaloux, ces humbles, ces silhouettes d’une comédie humaine dont on a repéré les qualités et les défauts bien avant Balzac, ces protagonistes d’une fiction échevelée ont tous existé. On peut les vénérer ou les détester en tant que cinéastes ou être complètement indifférents à leur filmographie, ils nous prennent ici par les tripes. Christophe Donner nous fait suivre leurs trajectoires avec beaucoup d’intérêt, au point qu’on sort du livre en ayant envie de se plonger dans tous les bouquins qui parlent d’eux. Histoire de connaître tous les détails de la vraie vie de Jean-Pierre Rassam ou de Raoul J. Lévy, suicidé par amour devant la porte d’une jeune femme.
Quiconque exerce ce métier stupide mérite peut-être tout ce qui lui arrive mais quiconque lit ce livre génial portera sur le cinéma des années soixante-dix un regard différent.

Jean-Charles Lemeunier

 

Le corbeau et la colombe
Puisque la culture brille de mille feux, elle attire parfois de drôles d’oiseaux – corbeaux ou colombes. Côté obscur, la culture européenne a, en 2014, servi de perchoir au pire des corvidés. En pleine migration depuis l’ancien pays magyar, Tibor Navracsics s’est emparé du portefeuille de commissaire européen à la culture, causant à l’Europe artistique et culturelle une vraie bonne gueule de bois des familles, du genre contre laquelle le mélange vitamine C et aspirine fait l’effet d’un placebo parfumé à la fraise. Tibor n’est autre qu’un ex-bras droit de l’actuel Premier ministre hongrois, Victor Orbán, personnage très antipathique digne des méchants de cartoons, dont les lois ne répondent pas tout à fait (c’est un euphémisme) aux idéaux démocratiques européens de liberté de la presse et d’indépendance des institutions juridiques. Regardez voir : en pleine période de crise économique, et alors que le bon peuple contestait régulièrement sa politique dirigiste, le roi Victor a trouvé le temps de mettre la main sur le Fonds national pour le film hongrois, sorte de CNC local dédié à la répartition des subventions pour les productions cinématographiques. Vous direz que ce n’est pas si grave, comparé aux lois liberticides et autres joyeusetés dictatoriales. Sauf que l’on sait, au moins depuis le cinéma de propagande américain ou nazi durant la Seconde Guerre mondiale, de quelle manière les films peuvent véhiculer le message idéologique formaté par les gouvernements – et le grand public s’y laisse prendre volontiers parce qu’il n’y voit, a priori, que du pur récit sans grande conséquence. Les régimes totalitaires l’ont toujours bien compris, et sans doute plus rapidement que les nations démocratiques. La Hongrie a déjà commencé son travail de sape en la matière. Le président du Fonds, le producteur Andrew G. Vajna (qui s’en était allé aux États-Unis produire, avec Mario Kassar, les très subversifs Rambo et Terminator), a choisi, depuis 2011, de mettre l’accent sur des films populaires et divertissants, s’octroyant le droit de refuser tout soutien à des œuvres qui ne donneraient pas de son pays une image favorable. Pendant ce temps, à Sarajevo, le réalisateur Béla Tarr, en exil officiel, ronge son frein : Dark Victor avait créé une orwellienne « Académie des cinéastes » pour contrer sa propre Association dédiée. Certainement pour l’emmerder sur le Tarr. Et c’est ce type, Orbán, qui a envoyé son bras droit au sourire impeccable s’occuper de culture pour toute l’Europe.

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Alors, c’est vrai que le niveau de responsabilités d’un commissaire européen à la culture ne casse pas trois pattes à un corbeau. Les sous sont attribués selon un programme en grande partie établi à l’avance et les objectifs sont figés. En l’état, Tibor aura essentiellement pour tâches de serrer des pognes devant les objectifs des photographes et de conduire les affaires courantes (comprendre : de rester confortablement avachi dans le fauteuil de son vaste bureau), surtout que dans l’intitulé de son portefeuille, la culture est panachée avec l’éducation, la jeunesse et le sport – le tout arrivant en queue de peloton dans l’organigramme européen. Son pouvoir de nuisance étant limité, il croassera plus qu’il ne mordra. Mais il n’empêche que ce sale oiseau, posé sur la branche Europe, fait ployer celle-ci dangereusement. Et l’Europe, culturelle ou pas, n’avait pas besoin de ce poids obscur supplémentaire pour risquer de se briser comme une brindille.

Pendant ce temps, une colombe s’est paisiblement fabriqué un nid douillet au sein de l’Hexagone. Et, une fois n’est pas coutume, la France s’est décidée à regarder vers l’avenir. Comment ? L’avenir ? Avec un président qui conduit sa politique à l’ombre du fantôme de Mitterrand ? Oui, monsieur. Oui, madame. Colombine est apparue sous les traits d’une quarantenaire raffinée, native de Séoul, répondant au doux nom de Fleur Pellerin, et c’est pile poil la semaine de son anniversaire que Manuel Valls l’a nommée, fin août, à la tête du ministère de la Culture et de la Communication. Exit la bécasse Aurélie Filippetti, partie rejoindre les Inséparables Montebourg & Hamon dans leur mutinerie anti-hollando-vallsiste. Filippetti, qui avait consciencieusement empêché sa collègue et rivale de monter les marches cannoises en mai dernier, alors que Pellerin était venue en tant que secrétaire d’État au Commerce Extérieur pour défendre l’exportation des films français, s’est retrouvée à son tour expulsée du tapis rouge gouvernemental au profit de cette dernière – et par la voix du même Valls qui lui avait permis d’envoyer la secrétaire d’État passer par l’entrée de service du Palais des festivals. Comme quoi, même en politique, il y a parfois une justice. Pour autant, Pellerin n’a rien d’un oiselet.

Fleur Pellerin, à Paris le 30 octobre 2011
Malgré son jeune âge (politiquement parlant), la dame s’est durci les pattes deux années durant comme ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie Numérique. Dans ce méli-mélo abscons, cher lecteur, c’est cette dernière proposition qu’il faut retenir : « économie numérique ». Comment ? (bis) Une ex-ministre déléguée aux tablettes tactiles, aux eBooks et aux vidéos Youtube pourrait prendre en charge le portefeuille si précieux, si sophistiqué – et si consensuel – de la culture française, que dis-je, de l’exception culturelle française ? Mais qu’aurait dit André Malraux ? (air indigné) Malraux, précisément, aurait sans doute applaudi, non pas qu’il eût imaginé le virage numérique pris par le monde en ce début de XXIe siècle, mais parce qu’il s’interrogeait publiquement sur la définition même de la culture : « Avant de préciser ce que nous voulons faire pour la culture dans notre pays, il convient de nous demander ce qu’elle peut être » (discours d’inauguration de la Maison de la Culture de Grenoble, 1968). Plus personne, depuis des décennies, ne se pose la question la plus importante d’un tel ministère : qu’est-ce que la culture aujourd’hui ? Quelles directions prend-elle ? Que peut-elle être ? Les choses ont beaucoup changé depuis Malraux, la planète est devenue le Village Global – bien que ses faubourgs cachent encore de vastes bidonvilles –, Internet a profondément modifié notre façon de communiquer et la numérisation de bibliothèques entières dans quelques millimètres de mémoire vive engrange quantité de questionnements éthiques et intellectuels sans commune mesure avec ce que l’Histoire nous a enseigné jusque là. La culture n’échappe à aucune des interrogations liées à l’émergence du numérique dans nos vies. Le « cousin d’Amérique » qui fournit depuis dix ans des films téléchargés à vos copains ou l’arrivée, en 2014, de la plate-forme Netflix en France ne sont que les tentacules les plus visibles d’une pieuvre cyclopéenne digne de l’imaginaire de Jules Verne. Fleur Pellerin n’a probablement pas les réponses à toutes ces questions et inquiétudes, mais de par son passage à l’Économie Numérique, elle sera plus à même d’accueillir les amis Google, Amazon, Netflix et, oserais-je ? – Torrent, avec les bras (plus ou moins) ouverts. À elle désormais de décider si la colombe doit roucouler à leur approche, ou leur chier sur la tête. Qui sait, la Fleur cache peut-être bien ses épines.

Eric Nuevo

 

Netflix
C’était annoncé : ce serait l’apocalypse, la fin du monde, le retour de l’obscurantisme.
Pourtant, tout le monde savait que ce jour arriverait. On en parlait dans les milieux autorisés, à voix basse, et si l’on se risquait à évoquer le sujet sur la place publique, ce n’était que pour minimiser l’impact et les conséquences supposées de la chose. Pas en France, pensez-vous ! Pas au pays de Beaumarchais, de Diderot et des Lumières !
Certains, conscients des enjeux qui se dessinaient dans l’ombre, prirent les devants et posèrent les bases de leurs contre-feux. Ainsi, pensaient-ils, ils auraient l’esprit tranquille et profiteraient de ce répit accordé pour creuser leur sillon, et couper l’herbe sous le pied des impétrants. Peut être même, durent-ils rêver, leurs précautions ne relevaient-elle que de la paranoïa, et que jamais leur dispositif de défense ne serait d’une quelconque façon mis à l’épreuve. En ce cas, autant ne pas trop investir dans un système dont déjà peu de monde voulait.
Las, c’est le 1er septembre que chacun a pu se rendre à l’évidence. Après avoir tournoyé plusieurs années autour de l’Hexagone, l’ogre Netflix débarquait pour de bon, au grand dam des nombreux acteurs de la vie culturelle audio-visuelle.

netflix_logo
Il suffit de relire le tombereau de fumier balancé sur la firme de Los Gatos pour se rendre compte à quel point « l’exception culturelle » française n’est plus qu’un concept creux (s’il a jamais vraiment été autre chose, ce dont l’on peut raisonnablement douter), au service d’une intelligentsia dominante qui a fait de la culture sa chasse gardée. En dispensant la bonne parole de financiers obtus, qui s’obstinent comme les maisons de disque en leur temps avec iTunes, à considérer les évolutions technologiques comme des hydres à débiter plutôt que comme de nouvelles opportunités, les médias dans leur ensemble, avec la bénédiction d’un Ministère de la Culture aux ordres, se sont lâchés sur le méchant diffuseur impérialiste qui veut du mal à nos productions bien à nous.
Haro sur l’insolent, il faut protéger Joséphine, Luc Besson et Dany Boon !
Mais que reproches-t-on vraiment à Netflix ?
De venir bousculer avant tout un système extrêmement bien rôdé qui oblige tout diffuseur à réinvestir une partie de ses gains dans la production made in France. Un bon procédé, unique au monde, qui a permis de sauver le cinéma tricolore quand ses voisins ibériques, transalpins et consorts sombraient sous les coups de la télévision. Relever que ce principe salvateur a depuis longtemps été perverti pour financer des comédies « henaurmes » et des films auteurisants prétentieux, les premiers comme les seconds ayant depuis longtemps oublié la notion même de cinématographie pour singer le pire de la production télévisuelle, ne peut dès lors qu’être une attaque contre la culture et le bon goût français.

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Netflix est une plateforme de VOD qui permet, pour une somme modique mensuelle, d’accéder à un catalogue conséquent de films, séries, spectacles, documentaires ou dessins animés. Une sorte de « licence globale » permettant à tout un chacun d’assouvir sa soif de consommation audiovisuelle sans sortir de chez soi. Cependant, pas question de découvrir sur son LCD la dernière grosse production qui débarque sur les écrans cinéma au même moment. La « chronologie des médias », règle absolue qui régente les conditions de diffusions dans les foyers des œuvres cinématographiques, ne laisse la place à aucune fantaisie. Un film, de quelque origine qu’il soit, ne peut être disponible sur les plateformes de VOD illimitées que trente-six mois après sa sortie en salles, pas avant.
En résulte un catalogue assez « ancien », dans le sens où Netflix se voit interdit purement et simplement de proposer en France des œuvres sorties après 2012. Une faiblesse évidente dans laquelle bon nombre de contempteur se sont engouffrés pour minimiser l’importance d’un compétiteur de taille mondiale, possédant une puissance de feu financière conséquente. Les séries proposées ? Vous les avez déjà vu ailleurs ! Les films ? De la vieillerie déjà dépassée ! Les gens veulent de la nou-veau-té !
Ces propos, certes grossièrement résumés, font montre d’un mépris étonnant pour des œuvres « anciennes » de la part de ceux-là même qui les ont faites ou sont censés les défendre : en quoi une série ou un film ayant cinq, dix ou quinze ans aurait-il perdu de son intérêt ?
A ce jour, si un service de VOD illimité ne peut prétendre à l’exhaustivité, il remplit avant tout une mission salutaire : permettre aux plus voraces d’entre nous de rattraper leur retard de visionnage. Vous avez loupé The killing, merveilleux polar suédois noir et déprimant, lors de son passage sur Arte ? Netflix est là. Envie de revoir un épisode de House ? Fringe ? Envie de découvrir enfin ce film que vous aviez raté au cinéma ? Netflix est là. Car si la VOD illimitée, de par la loi, ne peut prétendre à la nouveauté, elle est un outil formidable pour compléter facilement sa culture.
Un rôle que remplit depuis déjà quelques années Canal Play Infinity, le service concurrent made in France. Pensé comme une frappe préventive à l’arrivée du mastodonte américain, le service de Canal Plus possède pour l’utilisateur un petit plus appréciable : une éditoriallisation permettant de repérer plus facilement les nouveautés, ainsi qu’un classement par genre plus parlant que le fonctionnement de Netflix où, selon l’œuvre visionnée et la notation que vous lui avez accordée, un algorithme vous soumettra des propositions de visionnage parfois cocasses, souvent à propos.

netflixfrance
Là où Netflix se distingue véritablement, c’est sur l’expérience utilisateur. On sent que la société américaine a mis les moyens au service de son débarquement en France : la navigation est réactive, tous les programmes peuvent être visionnés en VO sous-titrée, sont parfois même disponibles dans d’autres langues européennes (une option permettant sans doute une gestion plus simple sur l’ensemble des territoires de l’Union, mais tout de même), le tout dans une haute définition irréprochable. Si certains abonnés semblent avoir connu quelques soucis de services lors du lancement, l’auteur de ces lignes n’en a jamais souffert, au contraire de Canal Play dont la navigation pénible n’était qu’un désagrément mineur comparé à la qualité plus que discutable des copies proposées, au plantage régulier du service et au mépris total des abonnés. Ce n’est déjà pas joli, joli de proposer une très grande série comme The West Wing en version française uniquement, mais quand en plus le client doit se farcir au début de chaque visionnage l’avertissement le menaçant des pires représailles en cas de piratage, le vase déborde.
S’il est peu probable que l’arrivée de Netflix change quoi que ce soit à la politique d’exploitation des œuvres en France, on ne peut que se réjouir que le service soit disponible par chez nous, et qu’enfin une véritable concurrence puisse s’établir sur un secteur très encadré. Un affrontement qui se fera autant sur les exclusivités que sur la consistance d’une expérience utilisateur de qualité, en permettant à tout un chacun de trouver son intérêt. Du cinéphile au sériephage, le spectre est large et les opportunités nombreuses. Le match ne fait que commencer, mais, indéniablement, il s’est passé quelque chose ce premier septembre 2014.

Le premier épisode de la saison 2 de l’épatante émission BITS synthétisait parfaitement les enjeux de l’arrivée de Netflix et le changement de paradigme induit

Julien Taillard

 

Ciné symphonie
La découverte de 2014 restera sans conteste l’émergence de Tony Zhou, un réalisateur et un monteur indépendant basé à San Francisco qui a travaillé essentiellement sur des courts-métrages et qui aura grandement attiré l’attention par ses essais vidéos réalisés durant son temps libre au gré de ses inspirations et qui analysent avec pertinence les choix de mise en scène d’un réalisateur, un style, un genre. Ses réflexions en voix-off sont ainsi illustrées par des extraits, des plans, renforçant visuellement ce qui est exprimé.
Son blog créé pour héberger ses vidéos se nomme Every Frame A Painting et sa visite est donc une priorité.
Ses essais traitent ainsi aussi bien de la maestria d’Edgar Wright pour formaliser ses comédies, que la gestion de l’espace et du temps par le regretté Satoshi Kon en passant par la patte inimitable de Michael Bay. L’intelligence et la sensation d’évidence qui se dégage de chacun de ses travaux font que chaque nouveau montage est attendu avec impatience.
En attendant une nouvelle livraison de Tony Zhou, vous pouvez voir et revoir ses essais vidéos ici :

Évidemment, on ne peut pas terminer cette rétrospective sans évoquer l’hommage qui fut rendu à John McTiernan avec la rétrospective consacrée par la Cinémathèque du 10 au 28 septembre 2014. Après son incarcération pendant près d’un an, McT fut libéré en février et il put donc goûter en France à la manifestation méritée d’une admiration sans borne pour l’homme et son œuvre. Et en attendant son retour aux affaires sur un plateau, on peut se replonger dans le dossier que nous lui avions consacré, voir le lien ci-après : https://blog.revueversus.com/category/mctiernan/

Ou bien vous pouvez télécharger le PDF de ce dossier, ici : http://www.revueversus.com/

Nicolas Zugasti

 

 

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